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VOS « ATTACHEMENTS »
Vos Vie Familiale / Affectivité
(Andro)Juvéniles
La famille est plus importante
Que les individus qui la constituent
M. Isegawa
Écrivain, Ouganda, Pays-Bas, 1963-
Chroniques abyssiniennes
Saga littéraire ethnologique, Pays-Bas, 1998
Une affection
Est une conviction
V. Hugo
Écrivain, France, 1802-1885
Les Misérables
Œuvre littéraire, sociophilosophique
Historique, France, 1862
Existe-t-il une famille « renouvelée » pour vous, jeune ? Les missions de l’institution familiale auprès de vous restent intangibles bien qu’exercées fort autrement que par le passé. Nous nous interrogerons également sur votre « destin familial » de junior. Seront aussi successivement abordées votre affectivité globale juvénile puis ses trois composantes que sont l’amitié, l’amour et la sexualité de jeunesse. Votre lien social sera étudié dans la sociologie.
En la seconde moitié du dix-huitième siècle une jeune fille, Suzanne est contrainte par ses parents d’entrer au couvent et d’y prononcer des vœux religieux. Étant une enfant naturelle illégitime, sa mère souhaite laver sa propre faute passée. Suzanne veut rompre ses vœux, intente à cet effet un procès à la communauté conventuelle. Elle subit en rétorsion les pires avanies et perd son procès. Elle est transférée en un autre monastère dont elle s’enfuit.
Elle vit fugitive dans la peur, espérant l’aide d’un protecteur. Telle est l’intrigue de La Religieuse, (France, 1796), le roman-mémoires littéraire de l’écrivain et philosophe français D. Diderot (1713-1784)-286. Son enseignement reste actuel. Tout jeune a droit à sa liberté et son libre arbitre, sa pleine latitude de conscience et de décider à sa guise de son sort. Les parents ne peuvent imposer mais doivent « éclairer » ! Leurs enfants sont souverains maîtres de leur corps, leur esprit et âme.
La jeunesse même mineure ne s’appartient qu’à elle-même, n’en déplaise aux adultes ! Les parents ont le droit et le devoir d’inculquer à leurs enfants des valeurs en une optique éducative, morale. Il revient aux jeunes de les faire leurs ou pas au plus profond de leur « for interne ». Outre la famille les juniors plébiscitent aussi l’amitié, valeur cardinale à son zénith à leur âge.
Au temps de « Mai-68 » quatre jeunes, Christian, Gérard, Michel, Thierry font connaissance et deviennent amis au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine. Ils mettront à profit leurs solide amitié et talents pour devenir depuis quatre décennies les acteurs de comédie parmi les plus populaires de ce pays. Créant avec d’autres la célèbre troupe du Splendid, café-théâtre créé en 1974. L’on aura reconnu C. Clavier, G. Jugnot, M. Blanc, T. Lhermitte. Ainsi la jeunesse sait transcender, sublimer les liens amicaux pour en livrer le meilleur durablement. Comme l’exceptionnel destin de la « bande du Splendid » en témoigne !
Ce qui importe n’est pas tant le fait que nous ayons vécu
C’est la différence que nous avons faite dans la vie des autres
Qui déterminera le sens de l’existence que nous avons menée
N. Mandela
Homme d’État, Afrique du Sud, 1918-2013
VOTRE INDISPENSABLE
[ « REFUGE LIGNAGER » DE JUNIOR ]
Entre les Trente Glorieuses prospères (1945-1975) et les Quarante Piteuses impécunieuses (1975-2020) vous, jeune, êtes passé de « famille je te hais » à « famille je t’adore ». Face à la crise économique une éducation moins autoritaire, plus respectueuse, il est plus intéressant pour vous, junior, de vous « éterniser à la maison ». Avec votre famille verticale. Plutôt que de « courir l’aventure, risquer l’inconnu, tirer le diable par la queue » avec tous les dangers que cela représente.
La prospérité rend hardi et favorise toujours l’indépendance. Le marasme paralyse, renforce les dépendances avec les aînés bien mieux lotis ! Le rôle familial auprès de vous, jeune, est affectif, éducatif, de socialisation, économique. Vous, junior, vous identifiez fort à votre famille, projetez pour la plupart d’en fonder une à votre tour. Pour votre néogénération l’on est passé d’une fort pesante famille « fardeau » à une libérale famille « réassurance ».
Laurent a dix-sept ans. Il est interne en une institution scolaire en Belgique. Nous sommes en 1955. Son père a disparu pendant un raid aérien lors du fort récent Second Conflit mondial (1939-1945). Le professeur de français du jeune est original, fascinant, énigmatique. Il donne alors à Laurent l’envie d’écrire. Ce dernier se demande même si son père qu’il croyait « perdu à tout jamais » et son enseignant si intrigant ne sont pas une seule et même personne. Avec un camarade le jeune garçon mène des investigations pour vérifier Son Hypothèse. Il cherche à faire éclater la vérité et « avouer » par son « père » la filiation soupçonnée. Telle est l’intrigue du film Sans Rancune ! (Y. Hanchar, comédie dramatique franco-belge, 2009)-287. La trame est intéressante puisqu’elle met l’accent sur le lien au père des garçons adolescents.
Le besoin d’identification paternelle masculine adulte. Le vide, manque du père absent. De plus en plus de jeunes mâles de treize à vingt-quatre ans souffrent de la carence paternelle. Par décès, abandon, départ ou même présence mais alors mutilante par excès de dureté ou au contraire d’inconsistance. En tous ces cas le jeune souffre alors de manque d’amour et de reconnaissance. Il cherche à tout prix des « modes de compensation et de substitution ». De même entre filles et mères. Moins entre enfants et parents de sexes opposés. Or, la jeunesse est avant tout « épiphyte ». Telles les espèces végétales éponymes croissant grâce au support d’autres plantes. De même le jeune requiert un soutien moral adulte notamment familial sans faille pour bien grandir.
– Jeune Occidental –
« Ataviquement Conditionné » Par Votre Famille
Famille est un terme qui date de 1337, qui vient du « latin familia, de famulus, serviteur. – Sens restreint – les personnes apparentées vivant « sous le même toit » et spécialement le père, la mère, les enfants. – Sens large – l’ensemble des personnes liées entre elles par le mariage, par la filiation ou exceptionnellement par l’adoption ».
(Dictionnaire de la langue française Robert, France, 2007)-288.
L’on peut aujourd’hui en France ajouter l’union libre, le Pacs, Pacte Civil de Solidarité (1999), le mariage de couples monosexe (2013), l’homoparentalité. La famille des jeunes est avant tout au sens nucléaire le tout « premier cercle » de leurs proches et d’eux-mêmes. Unis par les liens de la conjugalité, la parentalité, du sang, de l’ascendance-descendance. Depuis quarante ans une dépression sociale, économique, politique, comme morale frappe l’Occident. Il y a un net « assouplissement » des exigences éducatives parentales. L’on est alors passé chez tous les jeunes de la famille « repoussoir » à la famille « refuge ». Les avantages de pure « sauvegarde » l’emportent sur les inconvénients « dirigistes » réels ou supposés.
Lors des trois décennies prospères (1945-1975) suivant le Second Conflit mondial (1939-1945) il y a des rigidités structurelles familiales. Possibilités de prendre autonomie plus facilement, précocement. Cela mène la jeunesse à se « libérer » et plus vite d’un milieu familial perçu comme plutôt « normatif et oppressif »-289. Pour chaque jeune le passé historique familial était plus strict, autoritaire. Sa famille verticale est globalement aujourd’hui à tendance « libérale » et « protectrice », en situation de « distanciation ». Ce qui a des conséquences fort importantes pour son devenir.
Pour le jeune les rôles paternels tout comme maternels demeurent très différenciés. Certains rapprochements s’observent, les prérogatives maternelles progressent au détriment de celles des pères-290. La famille est libérale car la dominante éducative actuelle est moins de contrôler que de tenir compte des désirs de ses enfants. En accordant de larges libertés et compréhensions. L’affect l’emporte sur la norme. La famille est protectrice car en monde incertain elle est le dernier rempart. Qui permet le plus souvent de préserver les jeunes du pire en société plus inégalitaire et dure.
Entre ces derniers et les aléas agressifs du monde extérieur. La famille s’éloigne de ses membres car la vie moderne est bien moins à l’agrégation du groupe qu’à la totale liberté de mouvement individualiste de tout sujet. Il arrive que les jeunes ne fassent pas grande différence entre leurs parents en leur « lien quotidien » avec eux. Généralement toutefois la mère conserve son poids psychoaffectif, éducatif, scolaire, de gestion, d’intendance journalière. Le père est perçu comme plus lointain, détenteur de l’autorité, assurant l’ordre, la discipline. Voire le néant.
Sanctionnant à l’occasion toutes les dérives, en charge des « choses graves, capitales ». Nonobstant les deux types de prérogatives se sont très rapprochées. Du fait du travail professionnel des femmes, de l’égalité des sexes, des luttes du féminisme. Les pères ont perdu leur monopole financier et matériel, sont parfois affaiblis par le chômage. Il arrive aussi qu’ils soient « plus affectifs que coercitifs », que leur conjointe soit considérée comme plus autoritaire. Ils participent un peu plus aux tâches ménagères, quand leur compagne se livre au bricolage et jardinage. L’ « ordre ancien » est aussi entamé par la monoparentalité.
La plupart des mineurs de parents séparés vivant avec leur mère. Il l’est également en cas de biparentalité. Par un réel effacement, désengagement affectifs, éducatifs, de socialisation, voire économiques des pères. Ceux-ci conservant toutefois généralement leur plein rôle de soutien matériel et financier. Tels sont les effets d’une certaine « crise de la masculinité, la paternité » en Occident. Le modèle patriarcal perdure mais le système matriarcal gagne du terrain.
En 1979, sort un drame cinématographique américain de R. Benton, Kramer vs. Kramer, Kramer contre Kramer-291. Avec comme acteurs principaux D. Hoffman, M. Streep. D’après le roman psychosociologique éponyme de l’écrivain américain A. Corman. (États-Unis, 1977). Il évoque essentiellement de façon assez nouvelle l’atomisation de la cellule familiale et les souffrances qu’elle occasionne notamment pour les jeunes. Le contexte est un divorce, un petit garçon, Billy, la « garde » de l’enfant confié à son père Ted. Une mère, Joanna qui se bat pour le reprendre.
Cette fiction lucide, réaliste, prémonitoire annonce les très dures et nouvelles réalités « éclatées » de nombreuses familles occidentales des quatre décennies ultérieures-292. Les jeunes adhèrent massivement à l’institution familiale car elle leur assure aujourd’hui confort matériel, gratifications affectives. Sans trop limiter pour autant leurs libertés propres. Les avantages dépassent fort les inconvénients. Les contreparties exigées des parents en échange de leurs « bons offices » demeurent généralement acceptables pour les rejetons-293.
L’on s’attarde volontiers plus tardivement au cocon parental en syndrome Tanguy. Vingt-huit ans, encore au foyer familial et qui prolonge ses études. Bien plus qu’en phénomène Marc, plutôt antérieur à la crise des Quarante Piteuses. Qui quitte ses parents à l’âge de dix-sept ans pour s’engager dans la marine marchande. En la comédie cinématographique française d’É. Chatiliez, Tanguy (2001)-294. Contrairement à l’enfance la « vraie vie » du junior se passe pour l’essentiel ailleurs. Parents, fratrie sont « détrônés » par une vie sociale propre et autonome. Au profit des pairs monogénérationnels, amis, comme amants.
La réalité familiale nucléaire des parents et enfants n’est plus aussi monolithique, linéaire que dans un passé pas si lointain. Unions, désunions et réunions parentales et familiales se banalisent. Influent en avatars le plus souvent des plus malheureux sur les jeunes concernés. Ententes et mésententes entre les parents ont une influence psychoaffective capitale sur les juniors. De plus en plus de ces jeunes vivent au sein de familles monoparentales, le plus souvent avec leur mère. Ce qui n’est pas toujours très loin s’en faut des plus faciles à vivre. Généralement la mère travaille par nécessité matérielle, le jeune est chez lui assez seul. De plus en plus de juniors ont aussi des parents non mariés en union libre.
Le lien parents-enfants peut être biologique ou adoptif. Cela n’est jamais indifférent pour les protagonistes concernés. Les parents des jeunes, pères et mères peuvent être en activité professionnelle active, en recherche d’emploi ou inactifs et au foyer. Notamment concernant les mères ou déjà préretraités ou retraités. Cela a des incidences induites sur les jeunes et leur vie. Les relations familiales intergénérationnelles sont plus apaisées. La compréhension parfois trop complaisante à l’égard du junior l’emporte sur la « stigmatisation moralisatrice » d’antan. Or, ni le « terrorisme éducatif » ni le « laxisme didactique » ne servent la jeunesse mais lui nuisent.
Quand l’on vit plus « côte à côte » que véritablement ensemble il est plus facile de bien s’entendre. Les classiques conflits de jadis parents-enfants plus ou moins aigus n’en ont pas tous disparu pour autant. Ainsi l’on « se heurte » tout d’abord fort méchamment quant aux résultats des études. Aussi pour les sorties, l’usage informatique et téléphonique mobile. Plus que pour les autres domaines de la vie du jeune et de la famille ou sur tout autre sujet. L’institution du mariage est « quasi déclinante », révoquée et révocable à tout moment. De plus en plus remplacée par le Pacs, Pacte Civil de Solidarité (1999), l’union libre.
De même la famille nucléaire classique qui regroupe exclusivement les deux parents unis et les enfants depuis le dix-huitième siècle est « atomisée ». Recompositions familiales, homoparentalité progressent. Certes elle demeure un refuge affectif très sécurisant plébiscité comme tel. En réalité il ne s’agit déjà plus que d’une « presque coquille vidée de sa substance » à impact surtout utilitariste. « Outil quasi jetable » la famille se fait, défait, refait de plus en plus vite, « à tort et à travers ». Elle n’est plus en mesure d’aider véritablement le jeune à se re/structurer car elle est autant déstructurée, déstructurante et à « géométrie variable » que lui-même !
Il appartient aux parents adoptifs d’aider le jeune à « bien s’épanouir » dans le contexte de l’adoption. En la vérité des choses sans s’opposer à d’éventuels liens avec le pays d’origine et les parents biologiques. Si cela est possible et si le junior adopté le souhaite. Il incombe aux parents de ne jamais oublier l’intérêt de leurs enfants en privilégiant toujours trop avant tout leurs préoccupations de couple. Aux dépens de leurs rejetons. Il serait fort judicieux de développer les structures de médiation familiale, parentale, conjugale, éducative, affective propres à résoudre les conflits, crises domestiques.
Comme le fait par exemple l’École des Parents. Il s’agit d’apprendre aux couples à faire plus de concessions mutuelles. Ne plus se déchirer au moindre différend. Mieux prendre en compte l’intérêt de la progéniture. Des parents qui s’aiment et s’entendent manifestement sécurisent le jeune, l’encouragent en sa vie affective. Les parents en conflit perturbent fort le junior en « cassant » sa quiétude affectivo-familiale. Leur séparation peut être potentiel négatif pour le jeune-295.
Même si le conflit parental étant devenu insupportable il peut alors éprouver un sentiment temporaire de soulagement que la rupture y mette fin. Le fait que le père travaille et soit très satisfait, fier de son métier permet à tous ses enfants notamment ses garçons une certaine structuration identificatoire. De projection vers leur propre future vie adulte et professionnelle potentielle. Si cet emploi paternel prend une part excessive cela peut nuire aux descendants par sentiment d’absence, abandon et indifférence.
Le travail de la mère permet tout autant surtout pour ses filles d’opérer le même processus de consolidation, réassurance mentale. S’il épanouit leur mère cela aura aussi des effets bénéfiques sur les juniors. S’il prend trop de place les jeunes souffriront d’un manque excessif de présence affective maternelle. Si la profession parentale préoccupe négativement les ascendants, s’ils la vivent mal les enfants en souffriront aussi par capillarité bien compréhensible. Le chômage ou la mise à la retraite précoce, prématurée ou l’inactivité du père au foyer fragilisent les descendants. Surtout si les parents le ressentent eux-mêmes difficilement et comme une inique exclusion.
Cela peut générer des craintes notamment d’un point de vue financier, matériel. Les fils en particulier souffrent d’une image paternelle amoindrie par son inactivité. En une société où l’homme est évalué prioritairement à l’aune de sa position socioprofessionnelle. Cette exemplarité contre-productive peut les décourager à se battre pour bien réussir eux-mêmes. L’inactivité de la mère peut aussi retentir de la même façon sur ses filles. À une époque où l’émancipation, l’épanouissement des femmes passent bien plus par leur accomplissement professionnel que leur réussite affective.
Trop de présence parentale à la maison peut être ressentie par le jeune comme une surveillance. Une intrusion, un étouffement accrus dans son existence et ses libertés juvéniles. En revanche l’inactivité des parents peut aussi être perçue par les juniors comme une disponibilité relationnelle et d’aide accrue en leur faveur. Les liens familiaux sont souvent réduits au minimum nécessaire, même les repas sont de moins en moins pris en commun. La « vraie vie » des jeunes, comme des parents se passe ailleurs et autrement. L’essentiel ne s’y dit pas, les relations restent formelles, convenues-296.
Cela permet d’éviter les conflits aigus qui ont pu à ce prix se raréfier, diminuer d’intensité. Quand les sujets de « discorde » sont abordés, la confrontation frontale réapparaît. Ils sont généralement esquivés pour « avoir la paix ». La tranquillité d’évitement prévaut alors au détriment de la sincérité et l’authenticité. Les rapports familiaux sont faussés, « intéressés ». Les relations pères-fils sont bien trop souvent « ratées ». Elles sont basées sur la dureté, l’incompréhension, l’absence, l’indifférence alors le fils est affaibli. Soit sur la complaisance, le laxisme ou une fausse complicité de très mauvais aloi.
Ce qui donne des fils immatures et suffisants. Nos jeunes hommes sont bien trop peu confrontés à l’autorité masculine adulte. Notamment paternelle indispensable dont ils ont tant besoin pour se structurer. De plus en plus ils vivent sans leur père ou avec un père lointain. Les enseignants, juges et personnels soignants, médecins, psys… sont de plus en plus de sexe féminin. Ainsi seront fabriquées des générations entières de « garçons perdus » qui ne pourront jamais devenir des hommes pleinement accomplis faute d’idoine renfort. Le lien mère-fille n’est souvent guère meilleur.
Il va de la rivalité-jalousie avec des filles survoltées à une proximité possessive excessive tout aussi destructrice. Pour des filles peu autonomes et étouffées ou vaniteuses. La dualité père-fille est trop souvent vécue sur le mode de la sévérité et la « mise sous tutelle ». En méfiance notamment des possibilités d’approche par l’autre sexe avec des filles inhibées. Soit sur celui d’une « cajolerie séductrice » hors de propos pour filles se comportant comme des « vamps ». Quant au vécu mère-fils il s’égare bien trop souvent encore. Soit dans la manipulation autoritaire de pouvoir de la première sur le second qui devient inconsistant ou révolté.
Soit dans l’effacement « servile » au bénéfice abusif d’un fils « tyranneau intriguant caractériel ». Âges, milieux, parcours, personnalités, études, géographie résidentielle influent sur le pôle familial. L’équilibre relationnel parents-jeunes est bien plus rare. Quand l’on n’a rien à se dire ou presque l’on se fuit. Pater et mater familias n’ont plus fondamentalement de rôle assez clairement identifié et défini. La famille est devenue un « pauvre mille-feuille » disparate et dispensateur de gratifications matérielles. Le vrai partage oblatif est désormais et souvent remplacé par la satisfaction des seuls catégoriels intérêts individuels captatifs.
La famille n’est souvent plus un groupe uni mais un « agrégat » de volontés personnelles aveugles et divergentes. Elle peut être qualifiée de « firme », terme employé pour la famille régnante britannique. Il s’agit donc de recréer de vraies « solidarités morales » familiales. En encourageant le dialogue entre parents et entre parents et enfants-297. Que ce soit vis-à-vis de leur enfant du même sexe ou du sexe opposé. Individuellement ou par rapport à l’ensemble de la fratrie des rejetons. Il importe que les liens soient mieux équilibrés sans favoritismes ni défavoritismes, trop de distanciations ou pas assez.
À la jeunesse la fratrie conserve une importance, un enjeu utiles au mûrissement même si l’impact est très minoré par rapport à l’enfance-298. Que chacun puisse être à sa juste place, que la famille retrouve son âme. Après l’enfance les relations fraternelles sont plutôt éclipsées par celles des pairs, peuvent être conflictuelles ou indifférentes, inexistantes. Elles peuvent aussi être des plus harmonieuses, enrichissantes. Elles sont complémentaires d’autres types relationnels notamment amicaux.
Il est bon qu’elles perdurent en bonne intelligence pour l’équilibre de tous-299. De même les relations familiales « élargies » extérieures au cercle limité des parents, frères et sœurs perdent de leur intensité. Elles ont toutefois un « certain prix » aux yeux des juniors en particulier concernant les grands-parents. Comptent aussi malgré les éloignements de la vie moderne les oncles, tantes, cousins, cousines, neveux et nièces, parents des amis et amis des parents… Souvent ces liens sont assez distendus par la distance géographique. Or, ils peuvent appuyer, compléter positivement ceux qui seront entretenus avec les parents et la fratrie.
En particulier les cousins en sus des amis du même âge, surtout donc les grands-parents. Lesquels peuvent être une autorité morale, affective qui éclaire. Certains membres de la famille extranucléaire peuvent aussi utilement jouer le rôle de médiateurs, conseillers extérieurs neutres. En circonstances difficiles pour les juniors-300. Les beaux-parents parfois prédominent aux dépens de l’un des parents du sang. Du fait des recompositions familiales. Il s’agit pour eux de trouver un plus juste, très délicat équilibre entre l’intrusion abusive et l’indifférence ou l’hostilité marquées. En présence discrète mais attentive, en fonction aussi des attentes, souhaits des jeunes concernés à l’égard des nouveaux conjoints des parents.
La comédie dramatique et série de télévision française de Tf1 Une Famille formidable, (J. Santoni, réalisateur, France, 1943-2018) existe de 1992 à 2018. Elle dépeint l’histoire mouvementée, les péripéties de la famille en partie « recomposée » Beaumont. Parents et enfants puis petits-enfants. Les acteurs notamment principaux sont « épatants » de naturel, comme de pétulance. En particulier A. Duperey, B. Le Coq qui jouent les rôles centraux des parents puis grands-parents fort attachants. Jacques et Catherine Beaumont. Respectivement spécialiste gastronomique, restaurateur et médecin pédiatre puis « quasi retraités ».
Au total leurs enfants sont six. En particulier toute leur période tumultueuse et changeante d’adolescence et de jeunesse y est fort bien illustrée. En plus d’un quart de siècle de télédiffusion toutes les évolutions des adultes comme celles des jeunes sont disséquées. Scolaires comme professionnelles, psychoaffectives, domestiques, matérielles, comme des loisirs, valeurs. De façon fictionnelle certes, toutefois crédible, réaliste. Tout l’aspect foisonnant, aléatoire, remanié et difficile mais aussi chaleureux, réconfortant, pétillant de la plupart des familles occidentales contemporaines pour les juniors est démontré. Avec grands brio et sensibilité. Ce qui n’est pas toujours le cas des productions télévisuelles !
Au travers des joies et des peines, des réussites et revers, des conflits et solidarités, des ruptures et continuités. La fiction illustre très bien à quel point la famille demeure encore malgré ses vicissitudes contemporaines un havre de paix, de refuge et soutien irremplaçable. Tout particulièrement pour les jeunes de treize – vingt-cinq ans. Auquel aspirent tant, que plébiscitent la plupart d’entre eux, de toutes cultures et tous milieux-301. Le slogan juvénile vengeur des années 1960 : « Famille je te rejette » ! devient alors dans la décennie 2020 : « Famille je t’aime » !
Il y a un demi-siècle en un monde stable et rassurant la famille est perçue par les jeunes comme un affreux carcan insupportable. Qui brime leur liberté, leur originalité propre et leur nature même. Aujourd’hui en un univers très mouvant et fort inquiétant, délétère même la famille est aimée du jeune comme seul repère, réconfort inconditionnel. En un temps où plus rien ni personne n’apparaît « sûr et digne de confiance ou d’adhésion ». Aux adultes qui ont tant failli à faire en sorte que les juniors puissent plus croire et espérer ! De fait le devoir premier, le plus noble et sacré de l’humanité est depuis son origine de veiller à l’élévation et l’accomplissement axiologiques de sa descendance.
– Précieux Rôles de Vos Liens de Parenté –
Auprès de Votre Néogénération
Les parents contemporains accordent une « préférence » marquée à leur rôle affectif et économique. Au détriment de leur mission éducative et de socialisation. Face à un nouveau monde extérieur hostile et âpre votre famille est un cocon affectif fort prisé par vous, jeune, mais incertain. La concurrence avec vos partenaires sentimentaux d’élection, votre groupe des pairs est des plus vives. La conception de l’amour parental par l’adulte est souvent égocentrique et narcissique. Quoi qu’il arrive la complaisance pour vous est trop systématique par pure vanité de vos géniteurs. Ce qui est tout particulièrement des plus nocifs et antiéducatifs.
L’amour parental est souvent déstabilisant car il est perverti. Son caractère inconditionnel et irrévocable est trop méconnu. Les parents ont peur de perdre toute l’affection de leur enfant en s’opposant à lui ou en ne lui donnant pas gain de cause. Ils renoncent ainsi à leur pleine autorité naturelle pour subir le caprice illégitime du jeune. Ils en deviennent alors les « esclaves soumis », se perdant en processus sans fin ni issue de perpétuels, vains marchandages-tractations.
En ce contexte les jeunes savent fort bien user du chantage affectif sur leurs parents. Le comportement irresponsable et inconstant de nombre d’adultes les y incite puisque tout est négociable en permanence. Le junior n’est pas toujours aimé pour lui-même. L’affection est modulée, monnayée en fonction des seules attentes et intérêts propres égoïstes des parents. Lesquels veulent trop « conformer leur descendance à leur image ». Par pur orgueil personnel. La famille des années 2020 se replie surtout sur sa seule « fonction affective ». Pourtant elle est plus souvent pathogène pour les jeunes que réellement épanouissante. Ainsi bien des parents croient en toute bonne foi faire le bien, le bonheur, servir au mieux l’intérêt de leurs enfants en aimant « à distance ».
Le plus fréquemment en écrasant complètement le jeune de leur « dévouement » excessif. Ce dernier est instrumentalisé en devenant le « remède » affectif aux manques, vides de ses parents. Qui le surgratifient pour avoir un « retour narcissique ». Combler son enfant est favoriser sa « chose », sa « créature ». C’est se gratifier soi-même en égocentriques orgueils capricieux. De façon des plus illusoires et dommageables ! Sans priver d’amour ni « gaver » de sollicitude il convient d’aimer en mesure le junior. Pour lui-même, non pour soi ni son ego parental. Pour ce qu’il est, non ce qu’il représente en tant qu’humain. Non pour ce qu’il « pèse » en tant que rejeton. Nos enfants jeunes ne sont pas les simples prolongements de nous-mêmes, parents mais ont leur essence propre.
« Vos enfants ne sont pas vos enfants ! Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même ! Ils viennent à travers vous mais non de vous. Bien qu’ils soient avec vous ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées. Car ils ont leurs pensées propres. Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes. Car leurs âmes habitent la demeure de demain que vous ne pouvez visiter pas même en vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux mais ne tentez pas de les faire comme vous. Car la vie ne va pas en arrière ni ne s’attarde avec hier ! Vous êtes les arcs par qui vos enfants comme flèches vivantes sont projetés ! L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses traits puissent voler vite et loin. Lorsque Sa main vous ploie que ce soit alors pour la plus grande joie. Car de même qu’Il aime la flèche qui vole Il aime l’arc qui ne tremble pas ».
(G. K. Gibran, poète libanais, 1883-1931, The Prophet, Le Prophète, œuvre littéraire, poétique et philosophique, États-Unis, 1923)-302. Magnifique évocation familiale qui replace chacun à sa juste place. L’affectivité des parents pour le jeune ne saurait nullement être narcissique ni égocentrique mais fort désintéressée, oblative. Il ne s’agit pas de dresser et conformer à leur seule image. Ni d’atteindre un objectif propre à l’adulte au travers de la personne du jeune. Celui-ci a sa « pleine existence » autonome, particulière. Le but n’est pas de lui complaire mais de lui proposer un vrai cadre équilibrant, épanouissant pour bien mûrir. Cet objectif se doit d’être prioritaire.
Le jeune aimé ès qualité de façon équilibrée en famille est bien plus serein, épanoui. La tempérance, la constance affectives l’aident à se construire. Tout en prenant conscience de la relativité de son moi par rapport à autrui. Prenant toute confiance en lui et à l’aise avec son entourage le junior entre en pleine phase d’ouverture, de coopération. Cela lui évite replis, blocages, oppositions des plus dommageables en occurrence de désamour captatif. Il convient d’aimer le jeune « pour lui-même » en sa spécificité sans la nier ni l’exalter outre mesure.
Il s’agit de bien comprendre ses besoins, attentes, d’y répondre sans sollicitude excessive ni fatale raideur. Un bon équilibre peut être observé entre la coupable indulgence et l’hostilité manifeste. Les parents ne peuvent pas osciller entre des extrêmes. Il est fort important qu’ils sachent garder une ligne de conduite affective impavide, stable, juste. La sinuosité éducative est à proscrire. Divers types d’éducation existent, du plus autoritaire, coercitif au plus libéral et libertaire. L’on peut en citer trois principaux : « rigide », « souple » ou « adaptatif ».
Plus finement encore quatre grands styles éducatifs parentaux émergent. Autocratique, contrôle parental actif, sensibilité, soutien faibles à l’égard du jeune. Désengagé, sensibilité, soutien faibles, faible contrôle. Permissif, attention apportée aux besoins du junior avec une autorité parentale peu appuyée. Démocratique, contrôle actif, grande sensibilité, soutien. Ce dernier modèle équilibré est le plus favorable au bon épanouissement du jeune. Souvent l’éducation familiale est fonction de chacun des deux parents, des circonstances, domaines concernés. Du caractère des comportements, résultats du junior lui-même et de ses caractéristiques.
Alors un subtil mélange, une succession des quatre types éducatifs familiaux s’observent de façon conjoncturelle et structurelle. Même si aujourd’hui le seul mode libéral l’emporte très largement. Le milieu culturel, le niveau de vie socioéconomique influent toujours sur le mode éducatif parental. Le raisonnement, l’horizontalité participative, l’autonomie, la liberté l’emportent plutôt en milieux favorisés. La sanction et la verticalité autoritaire, la coercition et l’obéissance sont plutôt les marques des familles les moins « gratifiées ». D’un point de vue socioéconomique, comme culturel.
Le type éducatif parental autoritaire exige l’obéissance, attend beaucoup du jeune en éludant ses attentes. Discipline, coercition, sanction prévalent. En limitations, supervisions, vérifications. Le pouvoir vient d’en haut très discrétionnairement, sans contredit possible. Le junior n’est pas mené à l’autonomie ni la responsabilité, n’étant qu’exécutant passif. Tout est balisé. Le type négligent nie le jeune puisqu’il le laisse livré à lui-même. La parentalité est abdiquée. Le jeune est dépourvu de balises sûres puisque privé de toute « ligne de conduite » à tenir. Il demeure alors pour le restant de son existence des plus immatures et incertains-303.
Le type indulgent privilégie les besoins du junior aux dépens de l’autorité parentale. Le junior est laissé libre sans limites. La licence l’emporte sur la discipline. Le jeune risque d’être « socialement invertébré ». Le type libéral associe tout à la fois exigence et souplesse éducatives. Les règles à observer sont alors édictées explicitement et le junior accompagné. Autonomie, responsabilité, comme épanouissement sont à la clé pour les jeunes. Ce genre d’éducation est le plus équilibrant-304.
Le type éducatif parental consensuel devient la norme plutôt que le genre trop « inquisitorial » de jadis. Des différences persistent encore selon les milieux socioéconomiques et culturels, l’âge ou le sexe des juniors. La famille « oublie » trop souvent d’inculquer les valeurs éducatives et morales qui sont les siennes. Qu’elle estime primordiales pour la formation, l’avenir des jeunes. Le rôle d’éducateur est difficile. Par facilité les parents s’en désinvestissent souvent pour privilégier l’affectif. (Cloutier et al., 2008, 2015).
Ils se défaussent sur l’école dont la mission est autre. Ils se centrent plus sur eux-mêmes que sur le jeune. La parole médiatique l’emporte sur la voix parentale qui perd toute son aura. L’autorité des pères s’effrite par absence ou démission. Cela est nocif pour les jeunes en particulier les garçons car c’est le père qui « dit la loi ». La mère ne peut y pourvoir seule, a un autre rôle plus affectif. En un monde très incertain, les assurances pédagogiques sont mortes. En désarroi eux-mêmes les parents ne savent donc plus vraiment quoi transmettre ni comment. L’accélération de la vie périme, obère tout précepte préétabli.
La pleine vacuité éducative domine. L’éducation est ultra minimaliste : santé, diplôme et emploi. Elle n’est plus inculcations mais libérations des intuitions instinctives. Ce qui est aberrant pour le jeune inachevé. L’éducatif se fait attentiste. L’éducateur parental devient alors simple géniteur qui assure le seul quotidien vital essentiel en « kit survie de base ». Les jeunes sont livrés à l’ « abandon », n’existent pas par, pour eux-mêmes. Les parents veulent les astreindre à leur propre schéma préétabli. Soit ce qui n’est pas plus bénéfique, souscrire à tort à leur moindre caprice. Cela tue tout échange éducatif pertinent et profitable. Au plus grand dam du jeune !
Les notions du permis, de l’interdit sont mal transmises par les parents, mal assimilées par les juniors. L’interdit non seulement ne leur est pas préjudiciable mais est nécessaire, indispensable, bénéfique. L’on ne peut confondre interdit légitime tempéré et autoritarisme mutilant et coercitif illégitime. Pour grandir l’adolescent a besoin de « trouver le mur ». Il est malheureux tant qu’il ne s’y heurte pas durement. Le laisser donner libre cours à ses pulsions est un véritable déni éducatif menant tout droit aux infantilismes à vie-305.
En genre éducatif rigide les seuls principes de guidance des parents priment sur les attentes du jeune. Dans le modèle souple la volonté des juniors l’emporte sur les principes éducatifs parentaux. Le type éducatif adapté est un bon compromis entre les strictes règles de discipline et les aspirations juvéniles. La dureté de l’autoritarisme excessif abîme fort la personnalité des jeunes, les inhibe. La permissivité sans frein rend les juniors agressifs, arrogants, immatures, inachevés.
Fermetés, compréhensions équilibrées rendent le jeune serein, autonome, bien affirmé. L’éducation parentale peut également être « neutre », « de soutien » ou « désintégrative ». Le premier groupe éducatif neutre est devenu le plus fréquent. Il signifie un certain équilibre entre le soutien familial, la libre autodétermination du junior seul. Le deuxième groupe est de soutien. La famille s’attache avant tout à aider puissamment le jeune pour l’essentiel de sa vie. Le dernier groupe est désintégratif. En ce sens que la configuration familiale n’est pas ou plus apte pour divers motifs à faire harmonieusement bien grandir le junior.
Elle tend tout au contraire à l’exclure du fait de ses dysfonctionnements. Ce modèle gagne du terrain du fait notamment des familles éclatées. L’éducation véritable ne saurait donc être ni tyrannie ni absence. Pourtant c’est le travers de nombreux parents. Elle va de la plus stricte à la plus relâchée. Ce dernier modèle prévaut quand ce n’est l’inexistence de tout « gouvernement ». Il s’agit donc d’allier fermeté, transmissions, compréhension, dialogue. L’éducation authentique ne saurait être un asservissement tyrannique, pas plus qu’une transaction permanente entre partenaires-négociateurs « pseudo égaux ». Ce qui ne serait qu’illusoire duperie pour tous. La relation jeunes-adultes est souvent « faussée » faute de vraie compréhension mutuelle.
Le bon parent sait trancher à bon escient en toute souveraineté, tout en étant capable de dialogue, concertation. Le parent adulte sait toujours résolument transmettre de façon claire l’ensemble des vraies valeurs, règles de conduite. Qu’il estime essentielles pour l’avenir et l’accomplissement juvéniles. Les parents et en particulier le père ont le devoir d’ « édicter la règle », l’expliquer sans la faire ni l’asséner. Il s’agit de tracer un chemin, l’éclairer par des vigies stables et facilement identifiables. Ni gardes-chiourme ni démissionnaires les parents acceptables sont présents, attentifs, guides.
L’éducation authentique se doit de strictement tenir compte de la personnalité de chaque junior. L’uniformité aveugle est en la matière toujours inopérante et pernicieuse. Les parents ne peuvent s’en tenir au minimum éducatif. Seule la pédagogie, la transmission équilibrées, complètes donnent au jeune la pleine mesure des choses. Il aura ainsi la volonté, les certitudes nécessaires pour réaliser tout son destin, aller au bout de ses objectifs, défis de l’existence. Il saura mieux tenir compte des obstacles, échecs et déceptions inhérents aux aléas humains quels qu’ils puissent être.
Sans trop de frustrations excessives toute la vie durant. Le jeune attend des adultes certes liberté et compréhension mais tout autant pertinents principes, prescriptions, exemplarité, structurations, éclairages. Car il sait parfaitement qu’il en a toujours besoin pour s’épanouir, apprendre, comprendre. Devenir adulte, se forger sa propre conception de l’existence. Il ne peut se nourrir que de l’existant, non du vide. À défaut l’on risque le syndrome de l’ « enfant sauvage » ou « enfant-loup » qui ne peut avoir les pratiques du langage oral ni de la civilité sociale. L’homme accompli ne se construit valablement qu’avec des limites-306 !
Les parents ont pour tâche de faire de leurs enfants des adultes. En les « introduisant » socialement au monde de la maturité. En les entretenant matériellement ce, tout le temps de leur formation. L’objectif des jeunes est ainsi l’autonomie, pouvoir « quitter » leurs parents. Cela ne va pas sans difficulté. La famille n’est plus le premier agent de socialisation des juniors. Elle est de plus en plus remplacée par la civilisation des médias, du multimédia, des réseaux sociaux, loisirs et pairs générationnels. Le dialogue intrafamilial est devenu bien plus « ouvert » mais reste trop souvent convenu et formel.
L’on vit « côte à côte » plus qu’ensemble. Le consensus à tout prix pour conserver l’amour de l’autre s’obtient au détriment d’une vraie richesse de communications interrelationnelles. Entre jeunes et aînés. Socialiser consiste à apprendre à affronter les aléas de l’existence, s’ouvrir à autrui. Or, bien souvent l’inverse dommageable prévaut. L’adolescent est soigneusement protégé contre toute frustration, opposition. Le sens de l’altérité, l’effort, la persévérance ne lui est pas donné. Il devient un adulte immature, inadapté.
D’éducateurs, les parents deviennent « quasi-pairs ». Sans balises, hiérarchies ni limites le junior ne peut véritablement grandir, se perd en vain. Le rôle des parents est de socialiser leurs rejetons. C’est-à-dire de les introduire au monde réel de la vie, la communauté. En leur en apprenant les lois et règles pour en faire des membres responsables, intégrés, pleinement autonomes. Ayant été capables de « quitter » leurs ascendants pour « s’installer » en leur propre vie. Non des marginaux repliés sur eux-mêmes, asservis à leurs seuls caprices égocentriques. Assistés, immatures, passifs, comme irresponsables à un âge pourtant déjà bien avancé.
Trop souvent encore il est trop laissé libre cours aux instincts, pulsions, désirs du jeune. Au détriment de son sens du devoir pour lui-même, autrui. Le « gazon entretenu » convient mieux en éducation, comme en botanique que l’ « herbe la plus folle ». La morale positiviste du philosophe français A. Comte (1798-1857) peut fort prévaloir. « L’Amour pour principe, l’Ordre pour base, le Progrès pour but ». (A. Comte, Catéchisme positiviste, essai philosophique, France, 1852)-307. Une vision rigide de la socialisation peut mener au « conditionnement de masse ». À l’asservissement à des idéologies totalitaires.
L’inverse au « repli sur soi ». Une socialisation adéquate se doit de garantir à chacun sa juste, entière place en collectivité. En fonction des talents, mérites, de la légitime ambition. La famille ne peut s’effacer devant les loisirs et les pairs. Elle peut s’ouvrir au débat, conflit quels qu’ils soient pour que l’essentiel puisse s’y dire librement. Pour socialiser le jeune la famille a à lui transmettre sans faille aucune les codes, principes fondateurs de toute vie en société. Les parents ont le devoir d’inculquer au jeune l’ensemble des règles et usages intangibles. De respect de la personne d’autrui, ses biens, intérêts, sa vie même. De même quant à l’intérêt général, au bien public.
À défaut toute l’existence sociale de l’individu est durablement, irrémédiablement aliénée, compromise. La famille ne joue pas toujours au mieux auprès des jeunes son rôle matériel d’assurer leur pleine subsistance jusqu’à leur totale indépendance. Son aide économique, les cohabitations résidentielles familiales se prolongent pour les juniors. Du fait des difficultés socioéconomiques existantes et de leur grand souci de confort. Ainsi les jeunes sont-ils majoritairement encore logés, nourris, blanchis, éclairés et chauffés chez leurs parents. Généralement de façon très satisfaisante.
La plupart y bénéficient d’un espace personnel sous la forme d’une chambre, voire d’un studio entièrement équipé, autonome. Il s’agit de leur « domaine privé » en lequel ils sont assez libres quant à l’agencement et l’usage des lieux. Ils y reçoivent leurs amis, partenaire affectif éventuel qui souvent peuvent y passer la nuit. Ce « cocon juvénile » prend toute son importance à un âge d’individuation-séparation à l’égard des adultes. Les jeunes y vivent, travaillent, dorment, accueillent, développent leur imaginaire spécial. Il s’agit de l’ « enveloppe matérialisée de leur intimité », ils y tiennent fort.
« Gratifiés » très généreusement beaucoup de jeunes ne prennent pas toujours assez conscience de la valeur de l’argent, du confort matériel. Du fait que toute chose se mérite par l’effort. Leur liberté, autonomie, maturation en sont grandement, durablement limitées. La charge financière, matérielle qui en résulte pour les familles ne cesse de s’alourdir. Du fait d’accès de plus en plus tardifs, malaisés à l’emploi pour une majorité de jeunes. Ce qui ne va pas sans poser de très rudes difficultés de subsistance à nombre de familles modestes.
Notamment quand les parents eux-mêmes ont des problèmes de travail-308. Tant qu’ils sont en études les juniors ont fort besoin de l’aide matérielle totale ou partielle de leurs parents selon les moyens de ces derniers. Ils résident plus longtemps, tardivement que par le passé chez leurs ascendants. Certains parents refusent indûment cette aide, la plupart l’accordent, certains avec excès. Ni l’abandon ni la pléthore matériels ne conviennent. Il s’agit de donner au jeune les moyens de subsistance adéquats. En fonction de ses besoins raisonnables, son âge, sa situation, ses études, mérites, travail et progressions effectifs. « Ni plus ni moins » !
Pour assurer son avenir tout jeune a droit à l’assistance économique de ses parents-309. En la mesure de leurs moyens. Il ne saurait pour autant être bercé par le sentiment fallacieux du confort facile, factice, sans efforts ni limites. Garanti du nécessaire il convient de prendre conscience de la grande supériorité de l’être sur l’avoir, le faire, paraître. Cela lui permettra d’apprendre la relativité de chaque chose, le détachement minimal face aux contingences ardues de l’existence-310. Nous avons dit à quel point l’entretien familial financier des juniors devenait coûteux pour leurs parents.
Avec la prolongation des études, la cherté de la vie, la « crise économique endémique » et les excès consuméristes. Les fortes difficultés d’emploi des jeunes, comme de nombreux parents eux-mêmes-311… En particulier avec la progression des monoparentalités de plus en plus de mères seules assurent souvent la majeure part de la subsistance des juniors. Sans revenu paternel, avec des pensions alimentaires limitées et des salaires féminins généralement moindres en France que leurs équivalents masculins. Ces familles peinent alors fort à faire face aux lourdes charges matérielles du quotidien-312.
De façon générale la notion de famille évolue sans cesse. Avec notamment en France en 2013 l’ouverture au mariage, à l’adoption d’enfants aux personnes homosexuelles des deux sexes. Voire ultérieurement peut-être pour toute famille homoparentale à la « procréation médicalement assistée ». La comédie cinématographique française La Fête des pères, (J. Fleury, 1990) illustre cette réalité des couples de même sexe. Ainsi que des homoparentalités et des modes de procréation « atypiques ». Stéphane et Thomas s’aiment et désirent un enfant.
Ils partent à la Martinique pour « adopter ». Plus précisément « obtenir » un bébé contre rémunération mais cela n’aboutit pas. Ils rencontrent alors une femme qui accepte d’être pour eux « mère porteuse ». Ils finiront même par former un couple à trois couronné par la naissance de jumeaux. Telle est la famille contemporaine sans cesse évolutive, de moins en moins normative, classique-313. À force d’être fluctuante, remaniée, éclatée, inconsistante parfois nombre de jeunes trouvent trop souvent en certains foyers bien peu « leur compte ».
– Attributs, Projections Signifiants –
De Votre Filiation Juvénile
Votre famille est votre première valeur, jeune. Globalement votre entente entre parents et junior est bonne et les liens affectifs forts. Les graves conflits sont rares. Différends et discordes sont donc plutôt d’intensité limitée. Ils portent généralement sur les choses du quotidien. Vous, junior, exigez votre pleine souveraineté pour ce qui a trait à votre personne, vos loisirs, fréquentations, vie privée. Parents et vous, jeune, vous accordez plus sur certaines valeurs morales communément admises. Globalement et majoritairement vous, junior des deux sexes êtes plus lié à votre mère qu’à votre père.
Les sujets personnels, le travail scolaire sont plus considérés par les juniors comme étant du ressort des mères. Les dissensions avec les mères sont donc par conséquent plus fréquentes. Le lien au père n’en demeure pas moins fort valorisé, apprécié. Les pères sont désormais bien plus engagés auprès des jeunes. Les mères continuent toutefois à occuper un rôle domestique, éducatif, affectif, de soins prédominant pour les jeunes. Le lien mère-fille est surtout fait d’intimité, de complicité. Le lien mère-fils reste empreint de fort grande proximité, plus encore qu’avec le père par la plus grande implication familiale des mères.
Le lien père-fils est un lien de soutien et de partages. Le lien père-fille est distancié car il implique le parent généralement le moins engagé en famille avec un jeune de sexe opposé. Tout ceci est une modélisation très générale, des nuances s’observent selon les familles. Certains auteurs ont établi une typologie des relations entre frères et sœurs. Dans la fratrie harmonieuse ou consensuelle il y a une proximité fort élevée, une hostilité faible.
La fratrie conflictuelle comporte une hostilité ou un conflit aigus, une proximité ou une chaleur limitées. La fratrie intense ou contrastée connaît une proximité et chaleur élevées et une hostilité ou un conflit aigus. Dans la fratrie non engagée ou tranquille il y a proximité et chaleur basses, hostilité et conflit faibles. Il y a autant de jeunes en tous les « cas de figure ». La position dans la fratrie, le sexe, l’âge, le lien parental jouent un grand rôle. Les cadets peuvent être soutenus par les aînés. Le lien entre sœurs est le plus intime, le plus harmonieux-314.
Le lien entre frères est le plus lointain. Plus la relation parents-enfants est bonne, meilleur est le lien au sein même de la fratrie. De plus en plus de couples parentaux se séparent. En moyenne une union sur deux « se brise » en France. La majorité des jeunes connaissent toutefois une famille biparentale unie : 70 pour cent. Regroupant les parents biologiques et les enfants issus de leur union. Il y a aussi les familles monoparentales : 20 pour cent, très majoritairement matricentriques. Les familles recomposées : à 10 pour cent. Ces dernières peuvent être matricentriques : mère, enfants et beau-père. Patricentriques : père, enfants et belle-mère.
Complexe ou mixte avec des jeunes issus des unions propres de chaque partenaire ou d’un seul des deux. Ainsi que de tous les juniors issus de la nouvelle union commune. Séparations et recompositions familiales ne perturbent pas par ce fait les jeunes concernés. Les trois quarts d’entre eux s’adaptent, ne se différencieront en rien des autres juniors. Toutefois jusqu’à un quart des rejetons des familles séparées et / ou recomposées auraient des difficultés. Psychiques personnelles, relationnelles, scolaires, professionnelles en leur jeunesse puis devenus adultes. Contre un dixième pour tous les autres jeunes.
Au-delà la famille unie n’est pas plus gage en soi d’adaptation psychosociale que la famille séparée et recomposée. D’inadaptation conjoncturelle et structurelle. Garçons et filles sont autant affectés par la séparation de leurs parents. Les filles ont tendance à intérioriser leur souffrance sur le mode tristesse-repli et les garçons à l’extérioriser de façon agressive. Il semble que les filles s’adaptent moins bien aux recompositions familiales que les garçons. Car cela remet toujours en cause la force du lien privilégié mère-fille. Chaque jeune réagit également aux séparations / recompositions familiales selon son tempérament-315.
Malgré les difficultés familiales qu’ils ont pu observer et connaître la plupart des juniors envisagent le moment venu de s’engager par le mariage, le Pacs ou l’union dite libre. D’avoir une vie de couple réussie et de fonder leur propre future famille en élevant un ou des enfants. Quand ils seront solidement stabilisés affectivement, professionnellement. Cela intervient alors en moyenne désormais vers les trente ans. De façon moins durable, plus accidentelle, incertaine qu’avant. (Cloutier et al., 2008, 2015).
Les jeunes parents âgés de moins de vingt-cinq ans sont désormais des plus minoritaires. Envisager, décider de « fonder une famille » est rendu malaisé du fait de l’exemple souvent malheureux des aînés. De l’instabilité relationnelle de ce temps. De l’autonomie fort tardive. Il revient aux adultes d’inciter les juniors par une meilleure exemplarité, une pédagogie adaptée à valoriser la stabilité affective, la vie familiale, l’éducation des enfants. Pour ceux que cela pourrait intéresser, c’est-à-dire la majorité, plutôt qu’en faire des « béotiens » en la matière.
Le Code civil a totalement aboli une « distinction juridique » précédemment établie. Entre enfants dits légitimes nés à l’occasion du mariage et enfants dits naturels venus au monde de parents en union libre. Les politiques, actions, dispositifs familiaux publics, privés ont évolué. Ils sont amenés à s’adapter bien plus encore aux besoins des nouvelles familles et des jeunes. Les politiques familiales favorisent l’enfance notamment la petite enfance et c’est heureux. Elles négligent toutefois trop les adolescents mineurs, les jeunes majeurs à charge pour leur famille. Notamment du fait d’études prolongées, de la crise. Par exemple en 2008 les allocations familiales qui étaient auparavant revalorisées à onze et seize ans ne le sont plus qu’à quatorze. [En outre en 2015 elles deviennent soumises à conditions de ressources].
Ce qui entraîne une baisse de revenus annuels pour les familles et les jeunes concernés. Au profit de besoins liés à la petite enfance. Favoriser les uns au détriment des autres n’est pas de bonne politique. Ce choix des pouvoirs publics illustre une fois de plus de façon très symptomatique qu’en France les jeunes ne sont pas une priorité. Seule l’enfance l’est, ce qui est un non-sens, un archaïsme absolus que ce pays paiera au prix le plus fort ! En la matière les associations familiales jouent un rôle de défense, de proposition important.
Telle l’Unaf : l’Union Nationale des Associations Familiales (1945), avec antennes départementales. La Fédération Familles de France (1947), à bases nationale et territoriale-316. Les politiques, dispositifs familiaux publics du pays ont connu leur « âge d’or » aux Trente Glorieuses. Depuis trente ans ils sont en décroissance, ne sont plus la priorité d’antan. Les revaloriser serait bénéfique pour tous. Non pas tant en une optique ultranataliste, familialiste traditionnelle que pour relancer une croissance socioéconomique de plus en plus « étique ».
Qu’est-ce qu’un jeune « épanoui » en sa famille, qu’est-ce qu’un « bon parent » ? Affectivité inconditionnelle bien équilibrée, éducation solide, ferme, juste, socialisation intégrative sûre, satisfaisante y contribuent-317. Un junior « heureux » et mûri en sa famille est aimé pour lui-même de façon balancée, éduqué de manière exigeante. Il se voit inculquer les principes de socialisation, aidé en cela de façon à être en mesure de bien s’insérer en société. Ce sont ces critères même qui font les « meilleurs bons parents »-318.
Les besoins d’indépendance, de souveraineté et le libre-arbitre juvéniles sont au cœur des relations parents-juniors. Les jeunes ont besoin de renoncer à l’enfance au profit de l’ « adultisme plein et entier ». De s’éloigner définitivement de leurs parents et leur famille verticale. Pour créer de nouveaux et forts liens affectifs et amicaux personnels horizontaux. Le liant parents-enfants se voulait pouvoir représentatif adulte sur la progéniture. Il devient participatif, « caduc et dépassé ».
La relation parents-juniors devient bilatérale, coopérative et mutuelle. Le plus souvent le dialogue interactif du jeune avec ses ascendants et de ceux-ci avec le junior devient la règle. Celle que le sociologue français M. Fize a fort justement qualifiée de « démocratie familiale ». (M. Fize, La Démocratie familiale – Évolution des relations parents-adolescents, ouvrage sociologique, France, 1990)-319. La plupart des jeunes sont insérés en leur famille verticale nucléaire, parents et membres de la fratrie de façon « satisfaisante ». Ils s’y épanouissent. Les garçons goûtent plus encore leur milieu familial que les filles.
Du fait de leur surcroît de libertés par rapport à leurs semblables féminines. La mère donne généralement « pleine satisfaction ». Le père est plutôt davantage ressenti comme lointain, absent. Les activités communes se font bien plus rares, les pairs supplantent les parents en tant que partenaires de vie par excellence. Cela se marque dès les treize ans des jeunes. S’accentue à la vingtième année. Pour une pleine distanciation définitive autour des vingt-cinq ans. Pour la plupart des juniors. Concernant le lien des fratries il est généralement fort satisfaisant pour la jeunesse. Elle considère non seulement les frères et sœurs par le truchement des relations du sang mais également néogénérationnel. Avec toute la solidarité d’âge subséquente.
Ce qui fait que nombre de ces jeunes partagent en fratrie des activités et amitiés en commun. La plupart des juniors sans fratrie aimeraient en avoir une. Ceux qui en ont se disent le plus souvent très heureux de leur lien fraternel. Pratiques partagées, assistance, bonne relation l’emportent. Contrairement à l’enfant unique la fratrie permet aussi aux jeunes une meilleure distanciation par rapport aux parents. À ces derniers de bien « mieux vivre » l’éloignement nécessaire de leurs jeunes. Même si rivalités, jalousies, envies fraternelles sont légion. Quant aux grands-parents ils permettent aux juniors de mieux se situer en l’échelle familiale des ancêtres.
Comme étant un élément constitutif fort d’une antériorité générationnelle, d’un présent et d’une postérité généalogiques. Les grands-parents et arrière-grands-parents ont aussi un rôle d’échanges fructueux, de structuration affective pour tous les jeunes. En tant qu’adultes de la famille plus âgés même encore que les parents. Sans les pesanteurs des responsabilités parentales éducatives, de socialisation et d’entretien matériel. Oncles, tantes, cousins et cousines enrichissent de même avons-nous dit la vie familiale de nos juniors. Ils l’aident à se construire en le rattachant à un ensemble familial plus large. Dépassant le cadre habituel quotidien de la seule « famille nucléaire » réduite aux parents et à leur-s enfant-s.
Le nombre de mariages diminue et la famille « s’atomise ». Les séparations, divorces, les recompositions familiales, les familles monoparentales des mères essentiellement croissent. La moitié des naissances se font hors mariage. Un jeune sur dix a des parents séparés. La taille des familles se réduit fort avec en moyenne deux personnes et demie par foyer. Ce n’est pas tant la séparation des parents qui peut nuire aux juniors que ses modalités et la qualité plus ou moins bonne des liens qui les unissent à leurs ascendants.
Il vaut donc mieux pour un jeune des parents séparés continuant à très bien jouer leur rôle auprès de lui que des parents unis qui s’en occupent mal. L’idéal étant naturellement des parents non séparés qui s’entendent et sont par surcroît de fort bons parents. La bonne relation du couple conjugal parental a toujours un impact favorable sur le jeune. Une mauvaise en séparation ou non des conséquences négatives. Quels que soient le parent et ses enfants la relation ascendant-descendant est capitale. Pour des raisons d’identifications évidentes le lien entre parents et enfants du même sexe est « primordial » pour les juniors : père-fils-320 et mère-fille-321.
Le lien père-fille-322 surtout mais également en une moindre mesure mère-fils-323 « importe moins ». La plupart des jeunes dont les parents sont séparés qui n’ont pas encore leur propre habitat autonome vivent avec leur mère. Ils ont peu de liens avec leur père, voire pas du tout. Ce qui pose des problèmes éducatifs, affectifs notamment pour les garçons. Ainsi privés de structuration adulte paternelle et masculine. Ce qui gêne leur pleine maturité, leur construction indépendante de garçons-hommes juvéniles en cheminement d’adultisme.
Quant aux recompositions familiales leur complexité peut rendre difficile le positionnement et la vie familiaux du jeune. Perturbé par l’accumulation de strates différentes successives d’adultes et de jeunes d’horizons différents. Lesquels font une brutale arrivée en sa vie. Les situations de conflits sont « normales » entre parents et jeunes. Du fait qu’il s’agit encore d’un lien de pur pouvoir plus vertical malgré tout qu’horizontal des parents sur leurs enfants.
Les juniors aspirent à l’indépendance, la liberté, la défense de leurs droits. Les parents en ont souvent une vision différente. Leur logique d’ascendants est plutôt malgré tout encore plus « protectrice » que « libératrice ». Les négociations, tractations et arrangements sont âpres. Car les juniors ont désormais de pleines capacités de raisonnement élaborées de type adulte. Généralement les parents conservent une volonté de « conformation » et de « communautarisme ». Les jeunes sont « revendicatifs et individualistes ». Le plus souvent pour la plupart des juniors les conflits familiaux trouvent leurs apaisements et solution.
Parfois les excès des protagonistes enveniment les différends. Les dissensions perdurent alors, s’enracinent en une néfaste permanence où le malaise des juniors s’accroît. Qui est aussi un contrepoint aux propres difficultés des parents. En butte aux très « douloureuses » interrogations existentielles du milieu de vie et du vieillissement ou des désillusions de leur génération « à eux »-324. L’éducation libérale s’étant universalisée le besoin juvénile de « tuer père et mère » est moindre. Désormais compromis, ententes, comme petits arrangements, indulgences, souplesse l’emportent. (Coslin, 2007).
84 pour cent des jeunes interrogés pensent que la famille est une valeur toujours d’actualité. 14 pour cent une valeur un peu dépassée. 2 pour cent ne savent pas. Pour 68 pour cent des juniors ce qui contribue le plus à unir les membres de la famille est le fait de vivre de concert les mêmes joies et mêmes peines. Pour 19 pour cent ce sont les attaches du sang, le fait d’avoir des liens avérés de parenté. Pour 11 pour cent le fait de donner ou recevoir la même éducation, les mêmes valeurs. 2 pour cent ne savent pas. Pour 96 pour cent des jeunes la famille est un couple marié avec un ou des enfants – famille nucléaire -.
Pour 95 pour cent il s’agit de tous les parents et enfants, grands-parents et cousins, oncles et tantes se voyant – famille élargie -. 78 pour cent pensent que la famille est un couple non marié avec ou sans enfant. Pour 53 pour cent des juniors il s’agit d’un parent seul avec un ou des enfants. Pour 39 pour cent un couple seul sans enfant-s. Pour fonder leur propre famille horizontale 66 pour cent des jeunes souhaitent se marier. 23 pour cent ne le souhaitent pas. 11 pour cent ne savent pas. 8 pour cent souhaitent avoir un enfant. 52 pour cent deux enfants. 26 pour cent trois enfants. 3 pour cent quatre enfants. 2 pour cent cinq enfants et plus. 5 pour cent aucun enfant. 4 pour cent ne savent pas. Ce qui donne un souhait moyen de deux enfants pour chaque jeune.
Lorsque le junior aura fondé sa propre famille horizontale ayant quitté sa famille verticale d’origine, il attend de ses parents qu’ils le soutiennent moralement à 75 pour cent. Qu’ils gardent régulièrement ou occasionnellement leurs petits-enfants à 63 pour cent. Qu’ils le conseillent pour les décisions très importantes de sa vie à 57 pour cent. Qu’ils le logent en cas de besoin à 37 pour cent. Qu’ils l’invitent à passer des vacances avec eux à 35 pour cent. Que ses parents « participent » à l’éducation des enfants du jeune à 32 pour cent.
Qu’ils l’aident dans ses démarches administratives à 23 pour cent. Qu’ils l’aident financièrement à 18 pour cent. Rien du tout à 6 pour cent. Dans la famille à fonder le jeune pourrait vivre avec un conjoint d’un pays de l’Union Européenne à 91 pour cent. D’un autre pays économiquement développé à 81 pour cent. D’un pays du Tiers-Monde à 62 pour cent. Les jeunes s’expriment ensuite sur leurs souhaits de transmissions « prioritaires » à leurs enfants en matière de principes et valeurs. Ils n’y renoncent pas et sont exigeants là-dessus.
Une fort bonne éducation et la « politesse » à 88 pour cent. Bien savoir « se débrouiller » seul-e et l’indépendance à 84 pour cent. La « tolérance et le respect des autres » à 81 pour cent. La culture générale et les connaissances à 80 pour cent. Le « sens » de la famille à 71 pour cent. Les valeurs : rigueur morale, honnêteté à 69 pour cent. Le respect de l’environnement à 65 pour cent. Le goût du travail à 61 pour cent. Le don de soi et la solidarité à 60 pour cent. La spiritualité à 29 pour cent. Les juniors précisent ensuite ce que leur famille verticale et leurs ascendants leur ont « légué » à eux-mêmes. Une « bonne éducation » et la politesse à 86 pour cent. Savoir « se débrouiller » seul-e et l’indépendance à 61 pour cent.
La tolérance et le respect des autres à 68 pour cent. La culture dite générale et les connaissances à 59 pour cent. Le « sens » de la famille à 66 pour cent. Les valeurs : rigueur morale, honnêteté à 68 pour cent. Le respect de l’environnement à 46 pour cent. Le goût du travail à 55 pour cent. Le « don de soi » et la solidarité à 50 pour cent. La spiritualité à 28 pour cent. « Rien du tout » à 1 pour cent. Les juniors disent également quelles tâches en leur future famille horizontale incomberaient plutôt à l’homme et plus à la femme ou autant à l’un qu’à l’autre. Selon eux le bricolage est plutôt masculin à 70 pour cent. Féminin à 2 pour cent. Unisexe à 26 pour cent. 2 pour cent ne savent pas. La gestion des comptes financiers du ménage est plutôt masculine à 11 pour cent. Féminine à 21 pour cent. Unisexe à 66 pour cent. 2 pour cent ne savent pas.
L’autorité sur les enfants est plutôt masculine à 10 pour cent. Féminine à 3 pour cent. Unisexe à 87 pour cent. Les décisions concernant le logement, le lieu de résidence sont plutôt masculines à 7 pour cent. Féminine à 3 pour cent. Unisexe à 90 pour cent. L’aide, le suivi scolaires des enfants sont plutôt masculins à 2 pour cent. Féminins à 7 pour cent. Unisexe à 91 pour cent. Le suivi administratif, comme de santé des enfants est plutôt masculin à 2 pour cent. Féminin à 21 pour cent. Unisexe à 77 pour cent. Les tâches ménagères sont dites plutôt masculines à 1 pour cent. Féminines à 32 pour cent. Unisexes à 67 pour cent.
Concernant les liens à venir avec leurs enfants les jeunes ont des souhaits à la lumière de ceux qu’ils ont déjà eus avec leurs propres parents. Ils aspirent fort avec leur descendance à des « rapports plus étroits » pour lui donner plus d’affection qu’ils n’en reçoivent eux-mêmes à 17 pour cent. Ils les veulent moins étroits pour lui laisser plus de liberté qu’ils n’en ont à 20 pour cent. Ils envisagent des relations aussi étroites à 59 pour cent. 4 pour cent ne savent pas. Avec leurs enfants 7 pour cent des jeunes interrogés souhaitent être plus sévères que leurs propres parents l’ont été avec eux-mêmes. 17 pour cent veulent être moins sévères. 74 pour cent ni plus ni moins sévères. 2 pour cent ne savent pas. (Ipsos, France, 1994).
Les données de cette enquête de 1994 restent largement actuelles vingt-cinq ans après, annoncent toutes celles d’aujourd’hui chez les jeunes. La famille est toujours une valeur sûre appréciée des juniors. Le partage sentimental, affectif familial est mis en avant. Le symbole familial traditionnel du couple marié avec enfant-s reste aussi celui des jeunes. La majorité juvénile souhaite encore fonder une famille de façon classique et conventionnelle par le biais du mariage.
Comme pour la famille réelle des adultes actuels les jeunes souhaitent en moyenne avoir deux enfants. Quand les juniors auront eux-mêmes des enfants ils attendent de leurs propres parents qui seront donc les grands-parents de leur progéniture avant tout un soutien moral. Bien plus que matériel. La plupart des jeunes acceptent que leur futur-e conjoint-e ne soit pas issu-e de leur propre pays d’origine. Ils souhaitent surtout transmettre à leur descendance des valeurs éducatives d’autonomie, morales, culturelles, intellectuelles.
Ils estiment majoritairement que par rapport à tout ce qu’ils voudraient inculquer à leurs enfants leurs parents le leur ont bien moins transmis. Ils veulent donc mieux faire que leurs ascendants en matière d’éducation parentale, familiale. Les jeunes ont une conception plutôt moderne, équitable concernant la répartition des tâches familiales et parentales au sein des couples. Sauf pour le bricolage qui reste très largement plutôt réservé aux hommes dans l’esprit juvénile. Tout le reste est considéré comme « égalitaire, unisexe » plutôt que strictement masculin ou féminin. Reste à voir si contrairement aux adultes d’aujourd’hui cela sera observé en le concret quotidien futur de ces jeunes parvenus alors à l’adultisme.
Les juniors sont satisfaits du lien affectif fort et éducatif exigeant noué avec leurs parents. Puisqu’ils souhaitent et en majorité avoir le même avec leur propre progéniture future-325. Quoi qu’il en soit la loi de la maturité, l’indépendance, l’accomplissement de soi impose à tout jeune de « prendre son envol ». « L’homme quittera son père et sa mère ». (Livre de la Genèse, II-24, La Bible, Moyen-Orient, Antiquité). Même si cela est plus difficile, incertain, aléatoire qu’en des « temps plus fastes ». Tels sont le destin naturel de la jeunesse, l’ambition de la majorité des terrestres, le devenir naturel de toute humanité. À raison pour « le meilleur et le pire ».
[ VOTRE « PASSIONNEL INVESTISSEMENT AFFECTIF » ]
DE VOTRE JEUNESSE
Le domaine affectif est surinvesti par vous, les moins de vingt-cinq ans. À vos âges de fortes adhésions comme de très grands rejets. En dépit de certaines nuances. Cette affectivité si marquée est aussi souvent ultra compensatoire comme également en matière familiale. En un contexte dur, défavorable tout particulièrement pour vous, junior. Selon vous convergences, dissemblances s’observent. Pour autant votre vrai plein épanouissement affectif oblatif n’est pas toujours loin s’en faut à la hauteur de toutes vos espérances juvéniles entretenues en l’espèce ! Amical, amoureux, sexuel. Car bien trop souvent encore captatif.
Pour un jeune l’affectivité existe généralement entre pairs quand il s’agit d’amitié et d’amour des couples ou de sexualité. Elle concerne aussi les aînés adultes par le biais des liens au sein de la famille. C’est ce que nous avons déjà abordé ou évoquerons. Au-delà il y a aussi, ne l’oublions pas, l’ « attachement désintéressé » plus général et au sens bien plus global d’amour du prochain et de son « semblable humain ». Tel que le définissent alors par exemple les Écritures bibliques. Il s’agit d’une forte dimension plus philosophique et morale du liant entre les terrestres. Qui rejoint, répond parfaitement à la quête d’absolu des jeunes d’ici et d’ailleurs, d’hier, d’aujourd’hui, comme de demain. À propos du verbe aimer le dictionnaire de la langue française Robert, (France, 2007) évoque l’affection et la tendresse ou la sympathie.
La passion, le goût, le besoin, l’attente, le désir, le contentement et la préférence… Le sens bien supérieur de « don de soi » est un dépassement qui va très au-delà de ces notions si limitatives. Les juniors y sont sensibles. Lesquels privilégient la générosité et la gratuité, le désintéressement, le dévouement. L’abnégation, le sacrifice pour autrui, l’entraide, la solidarité, le partage équitable. En un mot, l’empathie, la compassion, la congruence. Se projeter en autrui pour le porter en son âme, son cœur et tout son être. « Vibrer à son unisson ». Raison pour laquelle par exemple les juniors aiment tant se retrouver entre eux pour « communier » ensemble en leur identité juvénile similaire. Ils se définissent avant tout par autrui notamment pairs plus encore que par eux-mêmes. Oui, la jeunesse est généralement moins narcissisme égocentré qu’altruiste ouverture !
– Vos Affections Néogénérationnelles –
Degrés, Types Observés
Affectivité est un terme depuis 1865 venant « de affectif. Ensemble des phénomènes de la vie affective ». Affectif est un adjectif de 1452 issu du « bas latin affectivus. (1762) Psychologie. Qui concerne les états de plaisir ou de douleur – simples : affects, sensations ; complexes : émotions, passions et sentiments – ». Affection date de 1190, du « latin affectio (1546) sentiment tendre qui attache une personne à une autre ».
(Dictionnaire de la langue française Robert, France, 2007)-326.
L’affectivité des juniors est ce qu’ils ressentent émotionnellement, mentalement ou sentimentalement, comme physiquement pour autrui et réciproquement. Le jeune occidental contemporain tout à l’image de sa société se caractérise par des « carences psychoaffectives » de plus en plus sévères. Insupportables à l’âge des grands élans. La jeunesse est donc par essence l’âge des passions relationnelles d’adhésions, de répulsions. En matière de réels « liens du cœur » la clef de l’harmonie réside au premier chef en la « connaissance de soi-même ». Selon l’excellent précepte philosophique socratique des Anciens de l’Antiquité grecque.
Or, les jeunes éprouvent des difficultés en leur perception d’autrui. Car ils en ressentent par rapport à eux-mêmes. Ils ne maîtrisent que bien imparfaitement leur propre personnalité. Le sentiment nocif et périmé de toute-puissance infantile persiste chez trop de jeunes qui peinent à devenir adultes. Faute d’éducation affective, sexuelle, psychologique adéquate les jeunes demeurent émotionnellement immatures et pulsionnels tardivement. Ils ressentent les choses de façon quasi enfantine. Besoins, excitation, plaisir, envie, désir, sentiment sont très confondus.
La satisfaction égotiste personnelle de type instinctuel l’emporte alors sur l’état d’esprit et l’intérêt du, de la partenaire. Toute élaboration d’avenir construite est compromise pour le junior. L’objectif amical, amoureux, sexuel juvénile comme chez les adultes est trop souvent purement possessif, non sentimental. Là encore il s’agit toujours d’ « avoir », non d’ « être » ! Le jeune « joue » avec le sentiment d’autrui. Sans se préoccuper des graves implications, conséquences de sa propre attitude désastreuse à l’égard de son prochain. Les dégâts psychiques ne sont jamais négligeables à un âge de « fragilité et de construction ».
Ils influent négativement sur la vie psychoaffective future à l’adultisme. Beaucoup d’adultes ne « trouvent pas leurs marques » affectives. Faute de réelle structuration du lien à l’autre à la jeunesse. Cela est dommageable. L’amitié y prend toute sa place en élans, contentement, regrets, déchirements. Les sentiments amoureux viennent, s’approfondissent, finissent tout aussi brutalement, fortement qu’ils étaient apparus.
La sexualité active est une latitude expressive qui permet au jeune de s’affirmer face à lui, autrui. Comme n’étant plus un enfant apte à concrétiser, maîtriser des désirs de façon volontaire, assumée, construite. La jeunesse est tout particulièrement l’âge de la « recherche de soi-même, des autres ». Il en résulte un « appétit affectif et relationnel » marqué souvent frustré. À la mesure des attentes élevées projetées, réalités de terrain moins idylliques. La « dévoration » captative d’autrui l’emporte sur le véritable don de soi oblatif. En « narcissique perversion ».
« Mais quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible. Quelqu’un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu’un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse à la nuit lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Celui-là ce fut Augustin Meaulnes que les autres élèves appelèrent bientôt le grand Meaulnes ».
Ainsi l’écrivain français A.-Fournier (1886-1914) s’exprime-t-il en son fort célèbre roman littéraire d’apprentissage : Le Grand Meaulnes. (France, 1913). En toute apparence cette œuvre magnifique et magique tout autant que tragique est avant tout une superbe, forte histoire d’amour si sublimé entre deux jeunes gens. Juste avant le grand drame de 1914. Augustin Meaulnes et Yvonne de Galais. De fait cet amour sera central dans la trame littéraire. En réalité le thème de l’amitié juvénile est bel et bien le plus récurrent et prégnant dans l’écriture de l’auteur.
Une amitié fidèle et tout aussi solide entre Augustin Meaulnes, dix-sept ans, François Seurel, quinze lors de leur première rencontre. Une amitié tout aussi puissante, inconditionnelle et « irréductible » entre ces deux garçons et le frère d’Yvonne, Frantz de Galais. Puisqu’un pacte et une promesse, un engagement d’aide, d’assistance indéfectibles vont être scellés, honorés entre les protagonistes fort unis. L’amitié passera même avant l’amour. Car Augustin ira jusqu’à délaisser momentanément sa femme Yvonne alors fraîchement épousée. Pour aller prêter secours à Frantz en grande détresse comme il s’y était autrefois engagé « sur parole d’honneur ».
Quant à François il s’occupera avec constance, affection d’Yvonne esseulée jusqu’au retour de son ami. Par amitié pour Augustin en « souvenir, hommage » au grand passé commun, oubli de soi, dévouements, abnégation et désintéressement. Alors ce dernier aura déjà perdu l’objet de son très grand amour de jeunesse. Trop tôt emporté dans la mort par la maladie après avoir enfanté. Sans jamais l’avoir revu. Il ne restera alors à Augustin « que » l’amitié de François et de Frantz ainsi que sa fille nouveau-née. De fait Le Grand Meaulnes illustre bel et bien l’exaltation romantique des amours juvéniles.
Il dépeint sans nul doute plus encore toute la grandeur, la noblesse, la « mystique puissance » irrévocables des amitiés juvéniles. Entre pairs assemblés par les mêmes rêves, désirs, attachements néogénérationnels. En cela même Le Grand Meaulnes demeure à ce jour encore un chef-d’œuvre littéraire planétaire inégalé et inégalable, intemporel et universel. Traduit en millions d’exemplaires dans le monde entier. Lu depuis un siècle par autant de jeunes du globe. Tant ils y reconnaissent les passions si magiques de leurs jeunes années. Les liens gordiens d’attachements amicaux qui sont à la jeunesse les plus « spirituels » de l’existence-327.
Le film franco-allemand : Un Amour de jeunesse, comédie dramatique de cinéma de M. Hansen-LØve sort sur les écrans français en juillet 2011. Deux jeunes s’aiment et se séparent, grandissent, puis se retrouvent lors d’une période de huit ans. Camille, quinze ans, Sullivan, dix-neuf sont amoureux. Alors le garçon veut partir à l’étranger, c’est la séparation physique puis épistolaire par la volonté de Sullivan. Au grand désespoir de la jeune fille qui tente alors de mourir. Quelques années plus tard elle refait sa vie avec un autre de façon très harmonieuse. Le temps passe encore. Camille est fort heureuse en son existence et a désormais vingt-trois ans. C’est alors que son chemin croise à nouveau celui de Sullivan qui en a maintenant vingt-sept. Ce qui causera des interrogations, tourments fiévreux. Les retrouvailles opèrent comme un violent « boomerang » faisant affluer tout le passé.
Ils ne s’étaient ni jamais totalement oubliés ni n’avaient véritablement cessé de s’aimer. Ils redeviennent amants. Camille aime donc désormais deux garçons ! Ce long métrage est très révélateur de l’ambivalence des amours juvéniles. Même amoureux l’on peut détruire et perdre son « attachement de cœur ». Par attirance pour bien d’autres passions étrangères ou non aux sentiments affectifs. Surtout en ce qui concerne les garçons par nature souvent plus aventureux, bien moins liés et sentimentaux que les filles. En l’occurrence ici Sullivan malgré son amour est encore plus attiré par le « grand large » de l’inconnu.
En l’espèce un séjour d’un an en Amérique du Sud. Que par sa relation amoureuse. Il part, cesse d’écrire de sa très libre initiative. Camille finit privée de tout choix, mise devant le fait accompli par faire une autre rencontre tout aussi réussie que la précédente. Malgré son ressentiment, ses souffrances passées et du fait de l’inconstance de Sullivan elle accepte de lui revenir. Malgré l’existence d’un autre garçon en sa vie, qui n’a en rien démérité, qu’elle aime alors toujours. Quant à Sullivan il est prêt à renouer « comme auparavant » comme si « de rien n’était » ou presque. Bien qu’il ait été à l’origine de la rupture. En dépit de la conscience de s’être mal comporté avec Camille, de lui avoir causé tort-328-1.
Plus encore que chez les adultes la psychoaffectivité des jeunes répond plus à des normes irrationnelles et pulsionnelles ou changeantes. Tout aussi pragmatiques. Le ressenti intuitif, conjoncturel et subjectif importe plus que le savant calcul structurel et objectif. En matière d’attachement sentimental amoureux comme en tout domaine le junior est particulièrement adepte d’un certain « opportunisme réaliste de très bonne foi ». Comme selon lui « de bon aloi ». Lequel à ses yeux justifie l’irrationalité de l’adhésion : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ». (B. Pascal, philosophe, 1623-1662, Pensées, apologétique, France, 1670)-328-2. Ce qui ne l’empêche nullement de vivre les passions les plus belles, intenses, parfois pour la vie entière.
Le jeune a du mal à s’aimer lui-même ou s’aime trop. D’où sa difficulté à aimer autrui ni trop ni trop peu. D’amour oblatif, non captatif ! L’écrivain R. Radiguet, (France, 1903-1923) décrit lui aussi les tumultes de certaines ardentes amours juvéniles. En sa romance dramatique littéraire : Le Diable au corps, (France, 1923) parue à sa mort à vingt ans. Un adolescent de quinze ans noue une liaison avec une jeune femme mariée de dix-huit ans. Lors du Premier Conflit mondial (1914-1918), alors que le mari « trahi » se bat au front. L’inconstance, les « désordres affectifs » juvéniles rejoignent l’oisiveté, l’ennui du junior en certaines circonstances. La fin d’une époque des plus troublées en une société déboussolée en pleine déroute, mutation. Également le sens opportuniste d’à-propos de la jeunesse-329.
Ken Park (2002) est un film de fiction de L. Clark. Lequel ne décrit pas la « sexualité très habituelle » de la plupart des jeunes occidentaux. Plutôt les excès et dérives sexuels juvéniles qui peuvent advenir chez une minorité perturbée. En proie à la violence et au mal-être. Notamment du fait des « dévoiements » adultes. Quatre jeunes vivent à Visalia, localité de Californie. Un cinquième désespéré met alors fin à ses jours. Ces juniors, trois garçons, une fille traînent leur ennui et marasme quotidiens. Confrontés à des aînés qui ne cessent de les agresser, les abuser, tout aussi perdus qu’eux.
À l’image des adultes ils se réfugient dans la déviance, la sexualité, la quête effrénée des plaisirs, envies, désirs les plus débridés. L’univers adulte étant pour eux des plus répulsifs, hostiles, pervertis. Les jeunes cherchent à exorciser cette « malédiction existentielle » dans l’érotisme collectif et intense entre congénères des deux sexes. Avec pour corollaire fondamental un fort échange métaphysique et moral autour de la quête d’un certain « paradis perdu à retrouver ». Une très nostalgique utopie d’amour, de compréhension mutuels universels. En réalité pour ces jeunes comme pour la plupart des juniors la sexualité est bien plus qu’un outil parmi d’autres de pur plaisir physique convivial, comme ludique.
Elle est tout autant, voire plus un levier de réconfort, d’amour entre tous les êtres. L’essentiel n’étant pas tant seulement de donner, recevoir des gratifications purement narcissiques or, de se rapprocher de l’autre corps et âme. Notamment pairs néogénérationnels et de sexe différent et / ou similaire. En esprit de « transcendance ». L’ « absolu érotique » juvénile devient ainsi communion de don de soi réciproque, de pleine ouverture à autrui.
Pour se prémunir tant bien que mal des solitudes, duretés, abus, indifférences, désamours, abandons et égoïsmes. En mode compensatoire. Réalités qui blessent tant nombre de nos juniors. Ils en souffrent cruellement et font face comme ils peuvent. Au-delà d’un incandescent « torrent de lave » si malsaine, perverse ce film est donc avant tout une démonstration. Celle de l’éperdue recherche d’amour fusionnel gratuit, total, inconditionnel, multilatéral de tout jeune. Bien au-delà des pauvres faiblesses, égarements parfois gravissimes du destin des jeunes. De certains d’entre eux. (L. Clark, E. Lachman, réalisateurs américains contemporains, Ken Park, drame cinématographique, États-Unis, 2002)-330…
Les « modes d’attachement » chez les jeunes ne sont plus ceux de l’enfance. Ils s’apparentent bien plus à ceux des adultes. Tels que « théorisés » à la fin des années 1980 par les psychologues américains C. Hazan, P. Shaver-331. Quatre « types affectifs » ont été isolés. Le type I Sécure. Le type II anxieux-soucieux. Le type III distant-évitant. Le type IV craintif-évitant. Le jeune sécure de type I développe une conception fort positive de lui-même, des autres, de ses liens relationnels. Il sait « être lui-même » en intimité autant que seul en une bénéfique harmonie.
Le jeune anxieux-soucieux de type II aspire à l’intimité, l’adhésion, la réactivité d’autrui en grande dépendance. Il manque de confiance, d’optimisme quant à soi et l’autre. Il exprime très volontiers ses attachements, états d’âme, impulsivité. Le junior distant-évitant de type III privilégie l’indépendance, fuit l’attachement. Il « se suffit à lui-même » sans nul besoin de liens relationnels et affectifs. Il n’exprime pas d’adhésion et fait le vide autour de lui par inappétence et déconsidération à l’égard d’autrui.
Le jeune craintif-évitant de type IV éprouve un sentiment mitigé quant à la proximité relationnelle. Car il désire fort la « symbiose d’attachement » émotionnel tout en étant tout autant très rebuté par elle. Il cultive la défiance de l’autre tout en se percevant lui-même comme déchu, indigne d’intérêt, d’être aimé. Comme le junior distant-évitant il rejette toute intimité, étouffe tous ses élans affectifs. Un jeune peut évoluer d’un type à un autre entre le début de son adolescence et la fin de sa jeunesse. Il est même possible qu’il passe de l’un à l’autre en fonction des genres de liens entretenus : amitié, amour ou sexualité… Également selon les partenaires concernés. Généralement le jeune ne relève que de l’un des types psychoaffectifs. (Hazan, Shaver, 1987).
– Vos Liens Sentimentaux –
Comparés, Différenciés de Jeune
Votre affectivité amicale, amoureuse et sexuelle juvénile peut être « forte », « non signifiante » ou « inexistante ». Pour la plupart d’entre-vous, jeune, votre sentimentalité est « intense », prégnante à chaque moment de votre vie. Pour certains d’entre-vous elle importe mais est « moins importante » en ce sens que bien d’autres objectifs, réalités s’imposent à vous. Autant ou plus comme le travail scolaire ou l’avenir professionnel. Votre petite minorité est totalement « démunie » d’affects satisfaisants surtout par privation subie.
Parfois par choix volontaires et « assumés » pour diverses raisons liées au contexte de vie psychique plus ou moins difficile, blessant. Les réalités comparatives occidentales nous dépeignent les modes, vécus affectifs des jeunes en leurs similitudes et différences. Les affects juvéniles sont tout à la fois « fusionnels », « de réconfort », « destructifs ». La société française est globalement, humainement moins ouverte, chaleureuse que d’autres en Occident. La vie affective des juniors s’en ressent en moindre « empathie » entre pairs, comme avec les adultes qu’en certaines autres contrées.
Les critères juvéniles différentiels touchent la sphère affective du jeune. Selon les sexes, âges, milieux socioéconomiques, parcours, personnalités, éducations, localisations d’habitat des juniors. Ils ont un impact certain sur l’amitié, l’amour, la sexualité de la jeunesse. Les affects juvéniles sont très « fusionnels » car tous les jeunes ressentent le besoin de s’éprouver fortement. En grande proximité à l’aune de leurs semblables et pour grandir. Les liens sont « de réconfort » car en un temps de vie transitionnel, délicat le soutien mutuel de pairs est très précieux et fort apprécié.
Ces relations seront aussi « destructives » car si les grands rapprochements les gratifient ils peuvent tout autant causer bien des déchirements douloureux. La haine n’étant jamais très éloignée de l’amour surtout chez les juniors, à un âge si instable, changeant, versatile. Qu’est-ce qu’un jeune « affectivement gratifié » ? Se sentir bien entouré par ses proches. Reconnu pour ce qu’il est par lui-même, non pour ce que l’on voudrait qu’il soit. Valorisé en ses « qualités propres » non par l’avoir, le faire, le paraître notamment par ses pairs. Telles en sont les incontournables conditions principales.
Tout en étant capable de donner, se donner aussi. Nombre de jeunes souffrent de carences psychoaffectives, relationnelles. Ce qui mine et compromet leur épanouissement, maturité, autonomie d’adultes futurs-332. Les jeunes reconnaissent eux-mêmes à l’âge du collège, du lycée que leurs liens aux pairs se font au sein de trois groupes distincts. Que ce soit pour l’amitié, la camaraderie, l’amour ou la sexualité. Chaque junior fait partie de l’un d’eux. Il est fort difficile de passer de l’un à l’autre. Les relations se nouent surtout, voire exclusivement avec les congénères de son seul groupe tribal d’appartenance.
La caste phare est celle des Populaires. Il s’agit de l’élite attractive enviée, admirée, recherchée. Elle regroupe les jeunes rebelles branchés, « stylés », prospères ou qui ont un charisme, une autorité, des qualités qui en imposent, les Having. En dernier vient le clan délaissé des Boloss. Il s’agit des Losers, des perdants répulsifs, ringards et rejetés. Car mal habillés, timides, affectés d’une « tare » quelconque aux yeux des congénères. Intellos, bons élèves, suspectés de « collaboration » avec l’ « ennemi de classe » adulte, les autorités. En un mot les « ternes » selon les autres.
Entre les deux ensembles figure le vaste marais médian, moyen, indifférent de la clique de la Middle Class. Ce sont les jeunes ni prestigieux ni déchus mais « passe-muraille ». Car ne se signalant par nulle réelle « distinction notable » : ni valorisante ni infamante. Les Winners vainqueurs et les Having Not défavorisés ne sont généralement pas appelés à se fréquenter ni à passer de l’une à l’autre des catégories. Les Medium peuvent à l’occasion espérer si un élément nouveau très valorisant les concernant le justifie être « promus » en la classe Premium. De même ils peuvent craindre s’ils déméritent fort se retrouver chez les Laissés-pour-compte rejetés, méprisés et ostracisés.
Ceux du groupe I peuvent parfois aussi être rétrogradés chez ceux du groupe II, plus rarement en groupe III. Les ressortissants de ce dernier peuvent « rêver monter » en deuxième division. L’accès en première est généralement improbable. La plupart du temps les groupes catégoriels se constituent rapidement et de fait en tout début d’année scolaire. Ils changent peu avant l’accès à une autre. L’image, l’appartenance du jeune le « marquent » telle tunique de Nessus. Les pairs ont du mal à modifier leur opinion préétablie sur l’un d’eux. C’est plus lors d’un changement de classe ou d’établissement que « les lignes bougeront ».
Le plus souvent les amours juvéniles existent de façon endogamique au sein du groupe de pairs. De façon intranéogénérationnelle. Il arrive de façon bien plus rare qu’il s’agisse de liens amoureux exogamiques intergénérationnels. Alors les couples sont surtout constitués de jeunes filles ou jeunes femmes et d’un homme adulte plus mûr. Cela rassure la partenaire d’être sous la « protection » d’un homme fort, dominant, est survalorisant pour elle. Le mâle adulte est heureux quant à lui de pouvoir encore séduire bien plus jeune que lui de façon si « narcissique ». En situations encore plus rares certains jeunes hommes sont attirés par des femmes adultes en la maturité et… réciproquement. Le jeune se sent ainsi très gratifié, en sécurité. La femme dite « cougar » se perçoit comme dynamique, dominante et quasi « régénérée » par la vitalité juvénile de son compagnon.
Cette situation est parfaitement illustrée par la comédie romantique cinématographique française de D. Moreau, 20 ans d’écart, sortie en 2013. Balthazar, jeune étudiant de dix-neuf ans rencontre Alice, dynamique journaliste volontaire qui a exactement le double de son âge. En un premier temps le sentiment du garçon ne sera pas partagé par son aînée. Puis Alice s’en servira à des fins purement professionnelles. Avant que de succomber à son tour à la séduction de son cadet-333. Les jeunes « se cherchent » prioritairement et passionnément entre eux. C’est le semblable du même âge, de sexe identique et différent qui fascine et attire.
Le jeune a d’abord grand besoin de « se construire » par le pair monogénérationnel. Il est également captivé par l’altérité étrangère à lui-même. L’enfance et surtout l’adultisme. L’adulte représente de fait pour le junior un stade supérieur déjà atteint, plus avancé que le sien. Qui peut donc paraître à l’adolescens, celui qui est en train de grandir, comme digne d’admiration et de mimétisme. À l’égard de l’adultus qui pour sa part a déjà mûri. En dépit du fort besoin de le « tuer » pour enfin exister par et pour soi-même. Éternelle, cornélienne ambivalence de la jeunesse !
– Vous, Junior, en Situation –
D’Épanouissement Relationnel ?
Votre entourage de jeune aimé vous fait prendre conscience de ce qu’il y a de « meilleur en vous ». Vous encourage, réconforte, vous pousse « vers le haut » et vous incite à donner et vous donner au maximum de vous-même. Pour vous comme autrui en plein respect de vos intérêts propres. Les carences psychoaffectives, relationnelles sont de plus en plus répandues chez vous, junior. Cela génère chez vous de graves troubles d’abandonnisme. Puisque l’une des plus cruelles souffrances de votre génération est de vous sentir coupée du reste du monde notamment vos pairs.
Cela créera un fort syndrome de rejet, d’indignité, de déchéance dû à la solitude qui s’ensuit. Ce qui vous persuade, jeune concerné, que vous êtes « moins bien » que les autres. Puisque vous vous sentez si différent, à l’écart, non aimé à un âge où la reconnaissance d’autrui est capitale. Outre les mécanismes biophysiologiques de votre sexualité il s’agit de vous enseigner les « paramètres psychoaffectifs de l’agir sexuel pleinement accompli, dominé ou dépassé ».
Il est aussi un acte d’amour, non seulement un banal échange de consommation hédoniste. Le jeune peut prendre conscience du fait que l’amour vrai n’est pas conditionnel, captatif mais oblatif et désintéressé. L’on n’aime pas par simple besoin de l’autre or, l’on a besoin d’autrui parce qu’on l’aime vraiment. À l’adolescence il s’agit d’apprendre à maîtriser tous les facteurs qui différencient et rapprochent les deux sexes. Tous préjugés qui sévissent de part et d’autre entre filles et garçons, se doivent d’être analysés, annihilés.
Cela peut inciter le sexe dit fort à plus de modération, respect et les jeunes filles à plus de compréhension. Comportements, orientations sexuels sont à aborder librement. La discrimination sera très fermement rejetée. Les rudiments essentiels de psychologie, morale peuvent être enseignés à l’école. Pour bien inculquer aux jeunes les règles qui s’imposent afin de garantir plus de bienséance sociale. Il s’agit donc d’apprendre au junior comment se comporter avec autrui, se connaître, connaître les autres. Semblables et différents, en un esprit de tolérance, respect total. L’objectif est la lutte sans concessions contre toutes violences et incivilités-334.
VOS OMNIPRÉSENTES
[ AMITIÉS, AMOURS SEXUALITÉS JUVÉNILES ]
Très prisées par vous, jeune, vos amitiés, amours, sexualités connaissent tous les attachements, fulgurances, désaffections propres à votre jeune âge. Il s’agit de la toute première source des grands bonheurs, comme des pires désespoirs de votre néogénération. Votre amitié est le terrain ultraprivilégié de vos solidarités les plus indéfectibles, comme de vos pires reniements tragiques ! Votre amour, le théâtre de vos plus folles passions, comme de vos ruptures les plus dramatiques. Votre sexualité, le cadre de vos pulsions les plus irrésistibles autant que de vos plus viscéraux dégoûts.
Émilie, Inès, Marion, Stella sont quatre jeunes amies très proches. Elles passent toute leur jeunesse ensemble. Leur amitié influe à jamais sur leur existence, leur être. Les aide à supporter les duretés de la vie. Ne les déçoit pas, les épanouit et les renforce plus que le reste. Après le bac au sortir de l’adolescence elles sont toujours heureuses de leur belle amitié-335 !
Zachary, vingt ans, ombrageux et libertaire est volage et en échec scolaire. Sarah, dix-huit ans, brillante en ses études et incertaine souffre de carences affectives sublimées par une ascèse existentielle. Tout les sépare. Or, l’improbable se produit malgré tout l’année de leur terminale. Ils connaîtront l’amour fou et inextinguible qui les bouleversera à jamais-336.
Mickaël, dix-sept ans prépare son bac et est le capitaine de son équipe de judo. Lui et sa petite amie Vanessa s’aiment. Il fait connaissance et noue amitié avec un autre jeune, Clément. Inexplicablement Mickaël a envie de partager sa copine avec son camarade. En un délicat mélange d’amour, d’amitié, de sexualité à trois. Signe d’ambivalences du désir adolescent-337.
Trois fictions de cinéma comme autant de reflets des amitiés, des amours, de la sexualité des jeunes contemporains. Respectivement, La vie ne me fait pas peur. (N. Lvovsky, comédie franco-suisse, 1999). Ma Première fois. (M.-C. Mention-Schaar, romance dramatique française, 2012). Douches froides. (A. Cordier, drame français, 2005). Un juvénile besoin de « dévorer la vie à pleines dents », d’aimer, d’être aimé sans limite par soi, autrui. En affects multipolaires transcendant chacun. La jeunesse est par excellence l’âge du lien, du contact, de la communication, la sociabilité au zénith. Celui des grands élans, le besoin d’amour mutuel est alors paroxystique !
« Celui qui par quelque alchimie sait extraire de son cœur pour les refondre ensemble compassion, respect, besoin, patience, regret, surprise et pardon crée cet atome qu’on appelle l’amour ».
(G. K. Gibran, poète libanais, 1883-1931). Tel est bien l’idéal juvénile !
– Conceptions, Moteurs, Contextes –
De Vos Vécus Amicaux de Junior
Sentiment est un terme masculin de 1314 qui vient de sentir. « État affectif complexe assez stable, durable, fort lié à des représentations ».
(Dictionnaire de la langue française Robert, France, 2007)-338.
Le sentiment amical, comme amoureux ou sexuel des jeunes est donc lié à leurs imaginaire et fantasmagories. Ils adhèrent à leurs « doubles générationnels » par attirance. En fonction des affinités interpersonnelles. Vient d’abord l’amitié, philia, très riche réalité des heures et jours de la jeunesse. Attribut premier d’une génération « clanique » de pairs, congénères et semblables- 339. Il n’y a pas de « bonheur » possible pour le jeune tant qu’il ne se sent pas apaisé, sécurisé et rassuré, valorisé et intégré. Car « accepté » amicalement dans le groupe de ses alter ego avec ses compagnons égaux de façon bilatérale, comme multilatérale. Il s’agit d’un « rite » de passage initiatique fort de reconnaissance par ses homologues. Similaire à l’adoubement des jeunes preux chevaliers médiévaux. L’amitié de cohésion entre juniors leur permet de « compenser » la dure, l’impérieuse domination-prééminence adulte.
En vertu du vieil adage selon lequel : « L’union fait la force ». (Ésope, écrivain grec, v. 621-564 av. J.-C., Les enfants désunis du laboureur, fable, Grèce, VIe s. av. J.-C.). Observons bien dans les espaces publics à quel point les jeunes solitaires sont rares. Presque toujours ils cheminent par deux ou plus le plus souvent entre individus de même sexe. Garçons ou filles. Le jeune se construit et se consolide d’abord par ses pairs de même genre que lui. Valeur sûre et très investie émotionnellement qui façonne fort la personnalité juvénile.
Fluctue au gré des tumultueuses fantaisies, des aléas, des tourments, passions des jeunes années. Loyautés, solidarités, échanges nourrissent les amitiés juvéniles. L’amitié a une mission capitale de socialisation des juniors en leur apprenant l’altérité. Avec toutes les concessions, remises en cause que cela implique. C’est elle qui forge, trempe, assoit les personnalités, enseigne la générosité, bannit les couardises, félonies. L’amitié aide le junior à grandir, se mesurant à ses équivalents, s’éprouvant au travers d’eux. En véritables dures « ordalies » mutuelles. Ainsi l’amitié juvénile devient nouveau défi d’apprentissage, de transition adulte, de rechange.
De façon mimétique, comparative, évaluative. Le grégarisme amical du junior sert aussi de mode compensatoire aux fortes détresses juvéniles. Se ressourçant et réconfortant par le soutien, la compréhension et la loyauté sûrs, les solidarités sans faille, les échanges tous azimuts entre pairs. Amitiés, inimitiés épousent les traits, contours plus ou moins assurés, flous définis par leurs protagonistes. Elles naissent, vivent leur vie, meurent quand elles ont épuisé toute leur substance de vitalité bénéfique, maléfique. L’amitié du jeune recouvre toute péripétie foisonnante et multiple de son existence.
Se décline en autant de configurations, méandres tumultueux très divers qu’il existe de jeunes. D’âges dissemblables, de sexes, circonstances, choix et d’affinités. La jeunesse n’est pas seulement l’âge des liens mais aussi celui des solitudes. Plus ou moins subies, choisies, douloureuses ou bien vécues. Être seul, solitaire au sens anglais de « aloneness », solitude participe de la construction morale intérieure de l’individu, à son ressourcement. Être esseulé, rejeté, délaissé dont le terme en anglais est « loneliness », déréliction, déshérence est en revanche déstructurant, mutilant.
Pour l’esprit humain. Car cela implique un « châtiment » injuste, une privation frustrante qui enferment de façon vénéneuse. Quand la solitude choisie, librement assumée peut libérer par l’introspection très productive, créatrice. L’œuvre de l’écrivain et philosophe genevois J.-J. Rousseau (1712-1778), l’ « ermite, d’Ermenonville » en rend fort magistralement compte-340. Éduquer le junior à la compréhension et aux renforcements des liens amicaux consiste à lui inculquer les « grands principes » de respect et tolérance d’autrui.
Les lois d’échanges, de réciprocité. Les règles de compromis, patience. Le caprice, la domination, la soumission et l’intérêt égocentrique ou la manipulation ne sont pas des attributs de l’amitié vraie, noble et réciproque, en égalité. Faute d’adéquat apprentissage les jeunes confondent souvent amitié authentique et simple « copinage ». Notre rôle d’adulte est d’ « éclairer » à ce sujet le jeune pour lui éviter souffrances inutiles et cuisants déboires-341. Il s’agit pour le junior de savoir donner de façon désintéressée s’il veut recevoir de même !
De fait seule la gratuité garantit la pleine vérité, congruence, empathie et compassion amicales. Sinon il y a leurre, duperies ! À la jeunesse comme en adultisme la véritable amitié sincère, profonde, réciproque et désintéressée, définitive, irrévocable, inconditionnelle est rare. Camaraderie, compagnonnage de superficie l’emportent plutôt. Pourtant l’amitié entre pairs est le tout premier moteur de la juvénilité-342. Elle est sa joie de vivre, sa consolation par les bonheurs partagés qu’elle permet. Sa plus terrible souffrance par la compétition terrible, les traîtrises qu’elle implique tout autant.
C’est un âge où l’on existe d’abord par rapport à ses semblables plus encore qu’à son seul propre égard. Ne se conformer qu’aux attentes réelles ou supposées d’autrui annihile la personnalité par inféodation. Ne se plier qu’à son « ego » l’abîme tout autant par asociale vanité. Il s’agit d’apprendre l’équilibre de la sphère personnelle et celle des autres pour cultiver des amitiés vraies, gratuites. Prenant en compte l’aura de tous. Cette amitié doit pouvoir contribuer à bien structurer les individus, mieux les socialiser. Intégrant la logique des concessions mutuelles, du partage équitable et de la construction d’objectifs communs.
Ce qui dépasse la personne de chacun des protagonistes concernés pour les transcender tous globalement. L’amitié permet de remettre chacun à sa juste place. L’inimitié est chez les jeunes parfois plus forte, tenace que l’amitié. Car elle se nourrit des rancœurs, vengeances, revanches puissantes et du sentiment d’injustice, de maltraitance et trahison. Ce qui compte beaucoup à l’âge des serments d’indéfectibilité. Il s’agit de savoir passer outre. Les loyautés sûres, solidarités sans faille, échanges tous azimuts alimentent l’authentique amitié juvénile.
Il s’agit de demeurer fidèle dans le temps à l’amitié, s’aider mutuellement en cas de besoin. Cultiver des liens interpersonnels forts, solides et enrichissants. À tous âges, pour les deux sexes prévaut l’amitié sans fard. Plus ou moins forte, exclusive, fusionnelle ou distanciée, passagère ou éternelle. Elle est la plus passionnelle à l’âge des études secondaires car les jeunes en ont besoin pour se construire. Plus raisonnée, pacifiée ensuite notamment car la vie de couple prévaut, la maturité est accrue. L’amitié reste encore plus sentimentale chez les filles. Plutôt axée sur de simples activités ludiques en commun chez les garçons-343.
Les amitiés « structurelles » basées sur des liens, affinités, sentiments profonds sont plus durables que celles qui sont « conjoncturelles ». Ces dernières reposent surtout sur le simple partage d’actions communes. Les vraies amitiés résistent au temps à l’époque des envolées juvéniles, peuvent perdurer à l’âge adulte et même toute la vie. Les enfants des jeunes puis adultes concernés devenant parfois aussi entre eux amis à leur tour ! Les amitiés des juniors sont souvent liées à des milieux, des activités en commun. École, familles proches, quartier d’habitat, lieux de vacances, loisirs.
À l’âge du collège, lycée l’amitié entre jeunes du même sexe domine par la mise en commun de goûts similaires. Pour grandir en fonction d’abord des semblables car cela est plus aisé. Ensuite les amitiés avec l’autre sexe sont plus rendues possibles par la maturation des esprits. Pour les mêmes raisons l’amitié est plutôt effective entre pairs du même âge, de même milieu socioculturel à l’adolescence. Elle peut exister avec des jeunes d’âges, de milieux socioculturels différents ou avec certains adultes à la postadolescence. L’on distingue les amis personnels individuels qualifiés même pour certains de « meilleur-e ami-e », des copains indifférenciés collectifs de bande ou groupe.
Les premiers peuvent être réels confidents, soutiens, les seconds vecteurs de réalisations communautaires. Des juniors minoritaires cherchent, préfèrent la solitude à la fréquentation de leurs semblables. Si c’est un réel libre choix qui tend à l’épanouissement personnel par le biais d’un enrichissement propre et par d’autres voies que l’amitié il est constructif. S’il est imposé par le rejet des autres, par eux et l’incapacité à nouer des liens satisfaisants il peut être toxique. Objet même de destructrices souffrances. Le bon équilibre est celui de temps de « recueillements en soi-même » pour se projeter intensément vers sa propre destinée.
Également d’autres de partages avec autrui, ce qui n’est pas « facile » aux tumultes de la jeunesse. Éduquer le junior à la compréhension, au renforcement des liens amicaux tend à inculquer aux jeunes les principes de respect, tolérance d’autrui. Les lois d’échanges et de réciprocité. Les règles de compromis et patience. Notre société peut réapprendre, redire aux jeunes que « donner et se donner » est plus enrichissant encore que « recevoir et se dérober ». Car cela ennoblit plus encore, rend plus authentiquement, profondément heureux.
C’est à ce prix que l’amitié s’approfondit, retrouve tout son sens de don de soi. Non de viles manipulations d’autrui à ses seules fins personnelles-344. La « gémellité » d’âge entre les jeunes suscite tout à la fois les plus pures « fraternités d’armes », comme les plus âpres « chicaneries assassines ». Le semblable et le différent de soi – en différend ? – attirent l’élan mimétique, identificatoire d’adhésion. Également la rivalité ombrageuse, envieuse, jalouse. Similarité et dissemblance complémentaires attirent et répugnent à la fois.
À l’adolescence l’autre adolescent est un compagnon qui comprend, soutient, partage puisqu’il est pareil et différent. Il est tout autant un dangereux et douloureux contradicteur-compétiteur. Puisque en tant que pair, « copie presque conforme » jusqu’en ses antinomies et antagonismes il connaît les failles de l’autre. Il combat dans la même catégorie et pour les mêmes enjeux : évaluations scolaires, diplômes, séduction de l’autre sexe, popularité, aussi domination sur le groupe… Les jeunes recherchent avec avidité leurs semblables car ils en ont un besoin de réconfort absolu en tout et pour tout. Amitiés, amours, sexualités, loisirs, travail scolaire…
En un monde fort hostile, incompréhensif ou trop complaisant d’adultes. Dans le même temps cette proximité obsédante, absolue, permanente les effraie, étouffe, leur pèse. Ils se débattent en insoluble quadrature cerclée puisque le clone est indispensable-insupportable tout à la fois. D’où ces relations néogénérationnelles tour à tour magiques, torturées, fidèles et instables. Faites d’acmés fusionnelles, de ruptures passionnelles, d’amours éternelles, de haines si inexpiables. L’on pourra tout autant donner sa vie pour sauver celle de son ami, comme la lui ôter sous l’emprise de la fureur la plus aveugle, meurtrière.
Il n’en reste pas moins que l’adolescence, la jeunesse restent pour toujours l’âge de vie qui connaît les plus beaux, profonds, indéfectibles élans absolus du cœur. Parfois pour l’existence tout entière jusqu’au trépas. L’amitié est vécue de façon tout particulièrement forte à la jeunesse. Car il s’agit contrairement aux relations avec les adultes : parents, enseignants, responsables… d’un lien spécial. Non pas vertical, rigide, normatif, inégalitaire avec des différents de soi. Plutôt horizontal, souple, libre, égalitaire avec des semblables en cohortes psychosociales.
L’adulte est une « autorité » imposée qui exige, l’ami junior est un pair choisi, un semblable. Un autre soi-même qui apprécie fort son « compagnon d’armes ». L’adulte commande, les homologues juniors partagent. Or, l’amitié est d’autant plus vitale à la jeunesse qu’il s’agit avant tout de se désinvestir de sa famille et d’ « en prendre définitivement et radicalement congé ». L’amitié entre jeunes est réciprocité, comme collaboration affectives, intellectuelles et sociales. La contrepartie est la mésentente, la jalousie, l’envie, la rivalité et le reniement.
Cela est aussi l’une des plus grandes sources d’anxiété, de mal-être juvéniles. Quand l’amitié est solide la dissension n’aboutit pas à la rupture. Au début de l’adolescence l’amitié consiste d’abord à faire maintes choses ensemble. Ensuite à la jeunesse l’amitié est avant tout affaire de partage solidaire puis de mutualité. À partir du lycée, surtout de la majorité et des débuts des études supérieures ou de la vie active l’amitié « dyadique » exclusive de même sexe décline. Au profit du lien à l’autre sexe, des relations plurilatérales distanciées. Le multipolarisme amical consensuel succède au pur bipolarisme étroit des liens antérieurs.
Le besoin de soutien, de compréhension inconditionnels est remplacé par l’assurance et l’autonomie. Le jeune existe désormais par et se suffit à lui-même, non plus par le prisme de ses semblables. Les filles axent plus leurs amitiés sur l’intime, l’affectif, le réconfort. Les amitiés juvéniles masculines sont plus larges, groupales, moins personnelles, engagées. Les relations féminines se centrent souvent sur des problématiques relationnelles plus ou moins récurrentes, lancinantes ou anxiogènes. Elles dépendent fort des réactions et avals d’autrui. Les garçons sont tous bien plus indépendants, insouciants et positifs en leurs liens interpersonnels paritaires.
À la jeunesse les groupes, bandes, « cliques » attirent car ils rassemblent en fonction des affinités et similitudes, traits communs et inclinations. Pour des centres d’intérêt, pratiques collectifs. Il s’agit du cœur de la « sociabilité juvénile » par excellence. Hiérarchies, violences ou normes imposées prévalent souvent. Après la famille, l’amitié des pairs contribue au premier plan à l’épanouissement, la socialisation, la maturité, l’autonomie et la confiance en soi du jeune. L’authentique amitié est exempte de domination ou de soumission, de jugement, contrainte, manipulation et d’agressivité imposés ou subis.
Empreinte de respect intégral, d’égalité pleine et d’écoute, de compréhension, faveur et d’encouragements réciproques forts, de libertés partagées. L’amitié véritable fait progresser, grandir, enrichit. Émulation, dépassement de soi en sont le sceau naturel. L’amitié toxique et le défaut d’amitié, la solitude extrême subie mènent à la tristesse, au marasme, à l’échec des études, au désamour de soi. L’amitié est une affinité fédératrice de semblables-345. En contrepoint pressions, influences et impératifs normatifs, conformistes aboutissent toujours à certains « nivellements » délétères des personnalités.
Avec des aboutissements bénéfiques, comme nocifs. À la jeunesse seules les fortes personnalités les plus trempées, les mieux affirmées, indépendantes peuvent prétendre y échapper totalement- 346. C’est à la jeunesse que les humains accordent le plus d’importance à l’amitié, aux amis, en ont le plus, passent le plus de temps ensemble. Que la simple pensée de ne pas en avoir paraît inconcevable, insupportable. Les jeunes apprécient en tout premier lieu d’être avec tous leurs amis. Cela correspond à leur viscéral besoin d’identification-communion de pairs-congénères. (Cloutier et al., 2008, 2015)-347.
Un formidable exemple de belle, grande amitié de jeunesse. Ces deux garçons de vingt ans qui se sont connus à l’école maternelle. Depuis tant d’années ils sont toujours l’un pour l’autre « le meilleur ami » ! Leur solide camaraderie s’est tout particulièrement nouée quand l’un des deux était alors à ladite école maternelle. « Consigné » par la maîtresse tant qu’il ne saurait pas dessiner une bicyclette comme demandé. Voyant son copain en détresse, ne sachant réaliser la tâche exigée l’un des deux petits garçons vola au secours de l’autre en l’aidant à achever l’esquisse. Ce qui permit au grand soulagement du puni de voir levée l’astreinte qui le frappait si douloureusement.
C’est ainsi que fut scellée une amitié indéfectible qui dure toujours du temps des classes maternelles jusqu’aux études supérieures ! Belle constance fidèle de l’amitié entre enfants, adolescents, jeunes. Laquelle sait résister au temps, rester belle, forte et loyale autant que chez les adultes. Contrairement aux tenaces préjugés non fondés en l’espèce. L’amitié juvénile est surtout « monosexuelle ». Les garçons négligent encore bien trop l’amitié des filles ! Quoi qu’il advienne les attachements amicaux de la juvénilité relèvent toujours plus du « cénobitisme » que de l’ « érémitisme ». Les ardents, fervents partages, communions de groupe en communauté l’emportent sur les pures, arides solitudes, retraites les plus absolues.
– Vos Principes, Diversités –
Variabilités Amoureux de Jeune
L’amour agapè ne laisse indifférent aucun d’entre-vous, jeune-348. Chacun lui donne la tonalité, l’ampleur, le sens que vous souhaitez. Tant ce sentiment bouleversant, universel, intemporel est avant tout façonné, approprié et « individualisé ». Par chacun de celui, celle qui le vit. Il vous mûrit, stabilise, responsabilise, junior, sur la voie de l’adultisme. Attachement fort, proximité étroite, longues durées sont les traits de vos amours juvéniles aboutis. Votre amour fluctue fort en fonction de multiples paramètres liés aux occurrences de votre existence.
Comme pour l’amitié, la solitude affective voulue n’est jamais ressentie par le jeune de la même façon que la « répudiation amoureuse » imposée « à son corps défendant ». Quoi qu’il en soit avant vingt ans, voire vingt-cinq les amours juvéniles sont rarement pérennes, fondatrices pour le restant de la vie. Elles jouent un rôle préparatoire, transitoire pour l’avenir. Si elles ne durent pas elles ont ce rôle positif de permettre que les unions futures soient quant à elles plus fécondes-349. Le jeune est encore « apprenti en amour », l’adulte en demeure lui-même bien souvent peu capable !
Il ne s’agit pas de confondre l’amour profond du cœur qui est un authentique attachement. L’amourachement de circonstance qui n’est qu’un emballement passager-350. Comme l’écrit H. de Montherlant (1895-1972), l’être humain ne saurait être réduit à sa seule « esthétique physique ». L’amour de l’autre apparent et d’artifice confondu avec le seul illusoire « attrait plastique ». (H. de Montherlant, écrivain français, La ville dont le prince est un enfant, drame théâtral, France, 1951)-351. Le sentiment amoureux authentique, profond élève l’âme et rend heureux.
Quand la « chosification, réification » du partenaire affectif pour satisfaire ses seuls besoins, intérêts suscite et accroît fort au contraire toutes les frustrations. Ce qui fait que l’on constate chez nombre de jeunes prétendument en couple nul sentiment de joie, plénitude pour autant. Il y a l’inverse tels Roméo et Juliette. (États italiens, XIVe s.). Tristan et Iseult. (Bretagne, Angleterre, Irlande, Ve, VIe s.). Héloïse et Abélard. (France, XIIe s.). Orphée et Eurydice. (Grèce, Antiquité). Daphnis et Chloé. (Grèce, Antiquité). Titus et Bérénice. (Rome, Antiquité). Rodrigue et Chimène. (Espagne, XIe s.). Les belles amours préservent des destructrices indifférences et insatisfactions égotistes.
Attachement fort, proximité étroite, longue durée scellent et transcendent l’amour profond. La force du lien amoureux, le très grand degré de compréhension et le partage resserré au quotidien, l’engagement durable et sûr marquent de leur sceau confiant cet amour. Ce qui distingue des passagères foucades ténues et intéressées. À un temps de vie encore très tendre les amours juvéniles varient souvent très vite. Au gré des « contentements » et « mécontentements » de soi et de l’autre. Démarrages, ruptures affectifs se télescopent en « carambolages amoureux » souvent des plus fracassants.
Malgré certains rapprochements les garçons gardent souvent une fibre affective encore « mécaniste, voire utilitariste ». Les filles s’investissent émotionnellement de façons plus constructives. L’amour au masculin est plus « conjoncturel ». Plus « structurel » au féminin. Il existe bien entendu des garçons fort sentimentaux, des filles affectivement instables. Le blasement amoureux l’emporte souvent chez nos jeunes sur l’ « émerveillement affectif » d’avant la « libération sexuelle » des années 1970. La morne banalisation si prosaïque a « démoli » le beau rêve d’idéal !
Ce qui est « bien trop facilement obtenu » ne s’apprécie sans doute plus guère. Il s’agit de réapprendre à aimer, être aimé, ce qui est très difficile. Tant les adultes sont eux-mêmes empêtrés en des amours aussi « acrobatiques » que celles de nos juniors. Une éducation affective reste à être inventée, réincarnée. Ce sont les temps, lieux de vacances qui sont souvent par plus de disponibilité propices aux rencontres amoureuses entre jeunes. Avant vingt ans, voire vingt-cinq même s’ils le ressentent et le vivent très peu de juniors encore se reconnaissent, disent, s’affirment, s’affichent comme homosexuels, voire bisexuels.
Cela est dû à l’image encore si extrêmement « répulsive » que conserve en nos sociétés cette orientation affectivo-sexuelle. Malgré certaines évolutions fort positives à plus de tolérance. L’homosexualité n’est jamais un libre choix mais une réalité qui s’impose au sujet concerné exactement comme l’hétérosexualité. La difficulté vient aussi du fait qu’à la période juvénile l’identité sexuelle est encore très incertaine. Les attirances, sentiments et l’activité sexuelle entre jeunes de même sexe ne signifient pas « ancrage homosexuel ». Ni réel, durable ni définitif. Il s’agit le plus souvent de simples expérimentations passagères de construction.
N’infirmant pas du tout l’hétérosexualité. Reste que pour les juniors dont c’est véritablement l’inclination de vie définitive, vivre sa « différence », la dire, « faire son coming out » ne sera pas facile. La crainte du rejet, des incompréhensions, représailles, discriminations est réelle à juste titre. En une société encore plus « permissive » que fort véritablement « tolérante »-352. Toutefois les rencontres sont plus aisées qu’autrefois notamment par le biais d’Internet. Sur les sites Web de convivialité pour jeunes homos.
Des associations de jeunes, d’étudiant-e-s lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres : Lgbt sont de plus en plus nombreuses comme le Mag Jeunes Lgbt notamment à Paris (1985-). Entre garçons et filles le ou la partenaire pourra être plus âgé-e. Les élans affectifs se font plutôt entre jeunes du même âge ou avec différences peu importantes. Bien souvent les filles préféreront les garçons un peu plus âgés ce qui les rassure quant à leur maturité et au sérieux de la relation. Ces derniers prisent les filles un peu plus jeunes ce qui leur permet de s’affirmer quelque peu en tant que jeunes mâles-353.
Cela compense aussi le net retard de maturité des garçons, en moyenne de deux ans par rapport à leurs homologues féminines. L’avance de ces dernières vis-à-vis des premiers. Un fort désir d’être protégée, « paternée » ou dominée peut exister chez la fille qui préfère les garçons bien plus âgés qu’elle. Chez les garçons aimant les filles nettement plus jeunes, un besoin de protéger, « paterner » ou dominer se fait jour. De même pour les garçons attirés par les filles bien plus âgées. Soit les filles aimant les garçons bien plus jeunes qu’elles.
Le manque ou l’excès de confiance en soi interviennent aussi notamment pour expliquer ces phénomènes. Les adolescents de treize – dix-neuf ans sont globalement bien plus instables affectivement que leurs aînés de vingt – vingt-quatre ans plus mûrs. En ce cas aussi des exceptions se feront jour en « double sens ». Majoritairement les amours juvéniles existent entre sujets de milieux socioculturels et économiques similaires, proches. Les rencontres se font fort généralement entre juniors fréquentant des lieux en commun socialement très homogènes « d’endogamie », y compris au sein de tous les établissements scolaires.
À un âge de grand mimétisme, d’identification poussant aux similitudes bien plus qu’aux différences. Avant vingt-cinq ans, en amour, comme en d’autres domaines l’âge est plus aux essais successifs qu’aux engagements fermes. Sinon définitifs ou même durables. Le court terme l’emporte le plus souvent sur les moyen et long termes. Certains jeunes ne se sentant pas « prêts ». Ils optent pour une solitude affective choisie et provisoire, à tout le moins le vivent sereinement. D’autres sont en quête éperdue d’âme sœur, peuvent beaucoup souffrir de ne point la rencontrer.
Ils se sentent injustement rejetés, dévalorisés aux yeux des autres, aux leurs. Cela peut altérer leur confiance en eux, comme leur paix intérieure. Assurément la jeunesse est peut-être encore l’âge des grands « serments sur la montagne » et des engagements éternels-354. En réalité elle a encore besoin de temps, d’évolution pour mûrir ses projets affectifs les plus profonds. Elle en est capable. Il revient aux adultes de l’y aider par leur sagesse, expérience, exemplarité supposées d’aînés devanciers. (Cloutier et al., 2008, 2015)-355.
La plupart des treize – vingt-quatre ans ont expérimenté une ou des relations amoureuses, surtout à partir de quinze ans. Le lien amoureux des plus jeunes n’excède généralement pas les quelques mois. Celui des jeunes majeurs peut dépasser le « seuil fatidique » du premier anniversaire annuel. Plus les jeunes progressent en âge, plus ils sont alors nombreux à être engagés en couple. Plus le lien amoureux devient profond, réciproque, affirmé, tourné vers l’autre. À dix-huit ans une majorité de jeunes est concernée. Le liant amoureux juvénile prédispose à l’autonomie tant à l’égard de la famille que des amis, des pairs.
En tant que vecteur de soutien majeur désormais principal et prédominant. L’amour consolide l’identité incertaine du jeune, le valorise au sein de la communauté néogénérationnelle-356. À l’échelle historique, spatiale, interpersonnelle, culturelle la jeunesse est l’incarnation éternelle, sacrée, supérieure de l’amour absolu et infini. Par essence intrinsèque et excellence. Tous les arts, les littératures l’ont magnifié à travers les âges pour l’éternité des temps à venir. Alceste et Célimène, (France, XVIIe s.), Cyrano et Roxane, (France, XVIIe s.), Pâris et Hélène, (Grèce, Antiquité), Ariane et Thésée, (Grèce, Antiquité)…
– Vos Dynamique Tempérament –
Inclinations Sexuels de Jeune
Votre sexualité de jeune, eros a suscité beaucoup de « fantasmes » et d’interrogations. Le neurologue psychanalyste autrichien S. Freud (1856-1939) a illustré l’importance et la symbolique profonde, la signification du « champ sexuel ». Ce, pour le genre humain, dès la petite enfance-357. Nous savons aujourd’hui que loin d’avoir toujours des pratiques débridées, incontrôlées la plupart d’entre-vous, junior, êtes en la matière plutôt prudent, patient, avisé-358.
Vous procédez généralement par petites touches successives selon la maturité, l’évolution de vos âge, personnalité. Vous êtes plus sentimental que l’on veut bien le dire. Votre objectif est avant tout d’aimer et d’être aimé. Votre sentiment prime encore plutôt sur votre hédonisme brut. L’influence de votre origine socioculturelle, de votre éducation compte en matière de vos comportements sexuels de jeune qui vous modelez sur les adultes et surtout vos pairs.
Des progrès importants restent toutefois à être observés quant à la « bonne gestion et approche » du corps érotique de l’autre, comme du sien. Trop d’ignorances, de maladresses, d’égoïsmes, de ratés évitables persistent. Garçons, filles, futurs hommes, femmes n’ont pas exactement la même approche de la sexualité. Le jeune a besoin au préalable de faire le choix accepté, acceptable de son orientation sexuelle, fixer son identité sexuée. Éducation, prévention affectives, sexuelles sont encore à la traîne. L’éducation sexuelle enseignée aux jeunes au cours de leurs études secondaires reste encore bien trop centrée sur les seuls mécanismes biologiques de la reproduction humaine.
Elle néglige totalement les implications psychoaffectives, émotionnelles des liens amoureux. Ceux-ci ne peuvent se réduire à l’acte sexuel et ses seuls aspects anatomiques, mécaniques et liés à la fertilité, aux Ist : infections sexuellement transmissibles. Cela prive le jeune des « repères moraux » si essentiels à son développement normal. L’appréhension des relations entre les sexes n’est pas encore bien et suffisamment inculquée aux juniors. Ce qui pose tant problème en notre siècle ! Ils se saoulent de pornographie, confondant réalité et fiction, ce qui obère leur sexualité réelle !
Beaucoup de préjugés, méfiances, d’ignorances réciproques prévalent encore entre filles et garçons. Misogynie, androphobie perdurent. Cela génère bien des drames, malentendus issus d’un déficit de véritable éducation psycho-comportementale. Respect profond et pleine congruence, sécurité totale dans le lien sexuel, amoureux. Le jeune est ou sera hétéro, homo, bisexuel. Les rejets subséquents ne sont pas assez combattus par intolérance, parti pris. Un effort s’impose en matière de fertilité, d’infections. Les jeunes prennent encore trop de risques in/conscients en termes biosexuels.
Malgré maintes campagnes de sensibilisation ignorances, négligences, indifférences perdurent. Trop de rapports sont toujours non ou mal protégés des infections ou grossesses non désirées. Sida et Ist demeurent d’actualité, les grossesses accidentelles adolescentes restent fort nombreuses. Il y a trop de maternités accidentelles, pas assez de contraception. Elles peuvent aller à leur terme ou être arrêtées par les Ivg, les interruptions volontaires de grossesse bien trop fréquentes encore. Paternités, maternités juvéniles restent fort marginales. Or, il demeure trop d’improvisation, d’insouciance, de forfanterie sous couvert de simples pulsions immatures.
Aucun « modèle sexuel » unique, universel n’existe mais des dérives non admissibles se doivent d’être mieux expliquées, combattues. Les faits de déviances, d’agressions sexuelles délictueux ou criminels, les actes de torture, barbarie commis et subis par des jeunes se multiplient. Le phénomène est inquiétant, révélateur des perturbations profondes vécues par nombre de jeunes « abîmés ». Dépourvus de stricts règles, limites, repères autres que leur primarité instinctive ils ne voient plus le fossé entre l’interdit absolu et le possible normal admissible.
L’adulte en est fort responsable. Certains juniors n’ont pas de vie sexuelle de fait par choix ou par privation pour certaines raisons. Les finalités premières de la sexualité pour le jeune sont les plaisirs et expérimentations, la manifestation d’affects et d’attachement, l’affirmation de soi, l’autonomie-359. Entre treize et vingt-quatre ans il est bien évident que la sexualité n’est pas la même-360. La personnalité introvertie ou extravertie, la confiance en soi ou non, l’épanouissement ou le mal-être sont également et toujours des plus déterminants.
Tout particulièrement en matière de sexualité juvénile. Le premier rapport sexuel complet intervient en moyenne en France pour les deux sexes autour des dix-sept ans. Cet âge qui est fort stable depuis un quart de siècle évolue très peu-361. Les pratiques de la sexualité commencent pour la plupart des jeunes par de simples « expérimentations » solitaires et des « manœuvres d’approche » au tout début de l’adolescence.
Pour évoluer par stades successifs, progressifs jusqu’à la sexualité aboutie de type adulte. En fonction des âges et personnalités. Masturbations, baisers, attouchements et pleine sexualité adulte des jeunes avec pénétration en sont des étapes grandissantes chronologiques classiques. Malgré une véritable uniformisation le milieu socioculturel, éducatif d’origine, d’appartenance et le vécu personnel des sujets comptent. Ils ne sont pas indifférents en matière sexuelle juvénile.
L’on remarque que les lycéens professionnels sont bien plus précocement, intensément sexuellement actifs que leurs homologues des filières générales. La sexualité juvénile a suivi les mêmes schémas évolutifs que celle des adultes depuis cinquante ans. C’est-à-dire une « déconnexion » totale ou partielle accrue entre le sentiment, l’attachement, la construction sentimentale, l’acte physique. Cela ne signifie nullement que les jeunes ne sont pas ou plus capables d’inscrire leur champ sexuel en celui de l’affectivité. Plutôt que leur sexualité n’est pas assez « éduquée ». Comme chez la plupart des adultes elle est très rarement véritable don de soi, accueil d’autrui.
Le corps de l’autre n’est pas un droit pour soi à s’octroyer or, un partage et une abnégation librement offerts et consentis. Trop de juniors en particulier garçons ont une image de la sexualité erronée, distordue par ce qui leur est montré depuis le plus jeune âge. Par les médias, fictions vidéo, films pornographiques-362. Majoritairement les garçons vivent encore leur sexualité comme étant avant tout l’assouvissement brut et la concrétisation de fantasmes, besoins, désirs, d’envies, de plaisirs personnels. D’ego avec le sexe opposé-363. L’illusion pornographique n’est pas gage d’équilibre sexuel car les rôles des deux sexes y sont des plus pervertis, dévoyés, faussés.
Comme une performance, une prouesse, un exploit objets de fierté, voire de vantardises auprès des pairs du même sexe. Les filles le conçoivent plus comme un aboutissement mûri et une manifestation d’adhésion à laquelle un sens est donné. La conception instrumentale masculine de l’acte s’oppose à la vision féminine plus « globale » de la personne. Telle est la tendance générale. De nombreuses exceptions, l’inversion de ces ternes rôles manichéens existent naturellement et fort heureusement. Le junior requiert préalablement dès l’enfance de prendre conscience de son identité sexuée de genre masculine ou féminine.
Il a besoin d’intégrer son plein sexe biophysique ou anatomique tel qu’il lui est attribué corporellement et génitalement dès avant sa naissance. Son sexe psychoaffectif, se concevoir, se ressentir et s’accepter comme fille ou garçon. Son sexe sociorelationnel tel qu’il est appréhendé par autrui avec les rôles, jeux sociaux impartis à chaque individu en fonction de son sexe. Cela commence dès la naissance avec la couleur bleue, les ours en peluche, les petites voitures, les jeux de guerre et de domination virile pour les garçons. Ce qui symbolise la force mâle.
La tonalité rose, les poupées, dînettes, les jeux domestiques, la soumission pour les filles. S’il y a distorsion entre le sexe réel et le sexe fantasmé des souffrances psychiques peuvent apparaître, le désir de changement de sexe se faire irrépressible. Ce qui peut même mener au transsexualisme pour les cas les plus extrêmes. Le jeune se préoccupe aussi de son « orientation sexuelle ». La plupart se déterminent exclusivement pour le sexe opposé. Cinq pour cent environ uniquement pour le sexe similaire. À l’âge adulte. La « vraie » bisexualité absolue, comme la particularité ambidextre est bien plus rare.
La plupart des bisexuels ont une nette dominante hétérosexuelle ou homosexuelle, le plus souvent du premier type. Nous avons vu que des fantasmes, pratiques temporaires de type homosexuel chez les jeunes n’impliquent pas par ce fait une homosexualité avérée, définitive. Certains en passeront par une phase provisoire, transitoire bisexuelle. Concernant celles, ceux qui le sont réellement un effort de soutien s’impose souvent. Pour les aider à surmonter ce qui est pour beaucoup une épreuve des plus douloureuses. Les jeunes concernés ont en moyenne un taux, risque suicidaires triples à décuples de ceux de leurs pairs hétérosexuels ce qui s’avère effarant !
Il s’agit de les mener à s’accepter, s’épanouir tels qu’ils sont si telle est leur vraie « nature profonde ». En outre un immense effort pédagogique s’impose pour apprendre à tous les jeunes leurs devoirs de tolérance envers toutes les différences contre l’homophobie. Trop d’entre eux souffrent encore non pas tant de leur orientation affective elle-même mais des sentiments de rejet, déchéance, d’indignité qu’ils en retirent. L’homosexualité reste encore un sujet de moqueries, haines, discriminations, harcèlements, vexations, d’agressions.
À un « âge d’effroi » au cours duquel même l’hétérosexualité ne va pas de soi. Où il sera déjà si difficile de s’apprivoiser soi-même, comme d’accepter autrui-364. Un très gros effort reste aussi à accomplir concernant la prévention du Sida et des infections sexuellement transmissibles. Ce qui était appelé maladies vénériennes puis maladies sexuellement transmissibles. Trop d’ignorances, de prises de risques et d’ « accidents » demeurent encore chez les juniors.
Même si les vingt-cinq – trente-quatre ans sont plus touchés que leurs cadets de quinze – vingt-quatre ans. Beaucoup reste encore à faire en matière d’éducation affective. Pour ce qui est notamment des apprentissages des différences, du relationnel entre les deux sexes. Il y a trop de méconnaissances psychologiques chez les garçons de la féminité, comme chez les filles de la masculinité. Il s’agit d’inculquer à chaque sexe ce qui fait toute sa spécificité de genre, les différences, similitudes qui prévalent chez le sexe opposé. Cela éviterait bien des déboires à la jeunesse et l’âge adulte.
Respect profond, pleine congruence, sécurité totale en la relation amoureuse et sexuelle. Tels sont les fondamentaux à bien transmettre aux juniors, à pratiquer par eux. Nombre d’adultes se déchirent sentimentalement faute de cette éducation psychoamoureuse pendant leur jeunesse. Les garçons « prédateurs forts » considèrent encore trop les filles comme de « faibles proies » faciles qui leur sont dues. De gré ou de force ! Asservies à leurs pleins caprices abusifs de « jeunes mâles en rut ». Trop de machisme misogyne masculin subsiste en notre pays y compris chez les plus jeunes-365. Domination masculine, soumission féminine sexuelles ne peuvent être des codes juvéniles.
Les « filles jeunes vierges ou non victimes potentielles effarouchées » se trompent encore trop souvent et excessivement sur les garçons. Elles les voient fréquemment encore comme des prédateurs possibles ou des princes charmants idéalisés. Un rééquilibrage s’impose par l’éducation entre diabolisation et naïveté, utilitarisme obscène et sentimentalisme excessif. Cela étant nombre de filles se plaignent aussi du fait qu’à leur égard les garçons soient de plus en plus timorés, passifs, attentistes. Lesdites filles restent encore fort attachées à un certain « traditionalisme amoureux ».
Elles attendent des garçons un peu plus d’initiatives à leur égard dans le respect de leur personne. Les règles de bonne contraception appropriée sont encore trop méconnues par les jeunes filles. Elles peuvent leur être mieux inculquées en cours d’éducation affective et sexuelle. Les jeunes enceintes notamment mineures sont encore beaucoup trop nombreuses en France. La plupart des grossesses sont accidentelles, non désirées. La majeure partie donne donc lieu à des avortements trop nombreux qui sont toujours un fort lourd traumatisme plus ou moins cuisant. Comme déjà évoqué.
Avant vingt ans les grossesses volontaires sont rares, souvent pathologiques. En cas de grossesses subies rares sont les jeunes qui souhaitent garder et conservent leur enfant. Généralement le père ne le reconnaît pas, ne s’en occupe pas et quitte même la mère et sa progéniture. Ce sont le plus souvent les grands-parents maternels qui veillent sur l’enfant. Bien souvent la jeune mère se voit contrainte d’abandonner ses études, connaît un avenir difficile, incertain. Il s’agit de limiter les accidents, altérations de santé dus à l’absence, la mauvaise protection des rapports sexuels juvéniles.
Il est donc nécessaire de « revoir » les campagnes de prévention, sensibilisation à l’intérieur et extérieur de tous les établissements scolaires. L’implantation des distributeurs de préservatifs peut être généralisée en particulier en milieu étudiant. Le prix des préservatifs abaissé. La contraception peut être facilitée car son usage est encore trop défectueux. Il semble que les campagnes de prévention anti-Sida -Ist se soient trop banalisées, qu’il y ait une altération des vigilances. D’autant que souvent les rencontres sont occasionnelles, impromptues, comme fugaces. En des cadres festifs, de détente, convivialité et relâchement… Avec les effets aggravants de l’alcool, des drogues.
Les préservatifs masculins sont encore trop chers pour le jeune. Les toxiques d’évasion précèdent souvent la sexualité… L’effort de sensibilisation se doit d’être poursuivi, étendu plus que jamais. En un contexte de nette recrudescence du Sida, des principales infections sexuellement transmissibles. Comme notamment la syphilis, l’hépatite B, l’herpès génital, la blennorragie… Depuis plusieurs décennies la sexualité est vécue et à juste titre comme un mode de liberté, d’épanouissement personnel enfin maîtrisé. Par les deux sexes notamment féminin. Les jeunes n’ont connu que ce contexte « jubilatoire ».
Ils oublient trop souvent encore les contraintes, risques physiques, psychiques inhérents à un « mauvais usage » de la liberté, l’hédonisme excessif. La sexualité : plaisir, désir, envie, coït, orgasme, jouissance est devenue un droit sans entraves. « Objet de grande consommation courante » comme un autre. En un monde où tout ou presque s’est très « marchandisé » le danger est une forte déshumanisation supplémentaire à outrance. S’ajoutant à tant d’autres de l’humain toujours plus « jetable », interchangeable. Cela mène tout droit aux crises conjugales, affectives à répétition que connaissent alors un nombre croissant d’adultes et aux pires solitudes subies.
Préparons nos jeunes à bien se construire affectivement. Pour leur éviter les errements que connaissent leurs parents, dont ils souffrent déjà suffisamment ! Il n’existe pas de norme ni de normalité en matière de sexualités humaines. Hors comportements « pathologiques » et débordements attentatoires à l’intégrité, à la dignité de soi et d’autrui jamais admissibles. L’affectivité naturelle et ses manifestations physiques se muent alors en pures déviances, perversions sexuelles. Légalement et / ou moralement illicites et très malsaines comme la pornographie, la prostitution et les atteintes.
Attouchements non consentis, viols, sévices de toutes sortes, exhibitionnismes publics… Reste que certains jeunes n’auront pas du tout d’activité sexuelle de fait par libre choix ou car ils n’y parviennent pas. Il n’y a jamais nulles « obligations » en la matière. Il y faut envie et préparation. Pour ceux qui s’en sentent privés contre leur volonté, qui le vivent mal une aide est toujours possible. Le jeune à un âge d’hédonisme, de découvertes s’investit dans la recherche de nouvelles sensations fortes. Il manifeste aussi par le partage de la sensualité son significatif attachement affectif à autrui.
Il cherche à consolider sa personnalité encore incertaine par la « conquête de nouveaux territoires ». Le jeune ne peut être livré à lui-même, ses lubies, fantasmagories, libidinales fantasques, débridées. Il en va de son équilibre futur à un âge de fort cataclysme, confusion sensorielle. Tout jeune se doit d’être éduqué à la maîtrise de soi, de ses sens, pulsions. Il apprendra à les analyser, comprendre pour les canaliser. Il saura que l’envie ne justifie pas le passage à l’acte fantasmatique. Une pédagogie s’impose. Le devoir adulte est d’inculquer à l’adolescent le fait que jouir de son corps, comme de celui d’autrui est légitime.
Que cela ne constitue pas un jeu anodin, inoffensif. Il s’agit de le convaincre que les implications sont importantes, durables pour lui, comme ses partenaires. Il appartient au junior d’adopter un comportement responsable et respectueux pour que la joie attendue ne devienne jamais un vrai cauchemar. L’adulte est « responsable » des déviances sexuelles du jeune. Il s’agit de cesser de le bombarder sans fin d’images de pornographies violentes, laides, destructrices. En changeant de registre l’exemplarité adulte sera alors bien plus constructive, bénéfique et pédagogique.
Les comportements, mentalités des cadets seront alors moins pervertis. Le jeune aura conscience que la sexualité ne peut jamais être un plaisir volé mais un partage consenti en toutes libertés. Il se doit d’apprendre toujours avant de faire-366. La masturbation est le premier mode d’accomplissement sexuel et orgasmique des adolescents des deux sexes. Avec une nette prédominance masculine et peut-être aussi de nos jours plus commune encore. Bien que très décomplexée cette pratique demeure toujours dépréciée, clandestine.
À seize ans moins de la moitié des jeunes occidentaux ont eu des rapports sexuels. À dix-huit ans les deux tiers et plus des juniors sont en ce cas. Plus de la moitié des quinze – dix-sept ans n’ont pas de relation sexuelle. Un dixième des quinze – dix-huit ans. Les jeunes sont bien plus nombreux qu’il y a un demi-siècle à être sexuellement actifs, leurs pratiques sexuelles sont plus intenses. Toutefois depuis la fin du siècle dernier la tendance est freinée. Désormais l’activité sexuelle des filles « égale » celle des garçons. « Pour le meilleur et pour le pire » !
Pour les deux sexes l’âge moyen du premier rapport hétéro ou homosexuel complet est donc de seize ans en France. Plus le junior avance en âge plus la fréquence des rapports sexuels s’accentue. Les garçons ont en moyenne plus de partenaires différents que les filles. La majorité des jeunes ont un partenaire unique. Le premier motif sexuel est l’amour surtout pour les filles. Puis l’ « expérimentation » et l’envie surtout pour les garçons. La plupart des relations sexuelles sont volontaires, voulues, consentantes. Les filles sont bien plus victimes de pressions en ce sens. Une majorité de jeunes a déjà « expérimenté » les rapports sexuels buccaux et orogénitaux.
La plupart baisers, caresses habillés, comme nus. Surtout pour les garçons la sexualité est un vecteur ressenti comme positif et favorable. Notamment pour l’affirmation, la confiance, l’estime de soi. De façon anarchique, pléthorique, bénéfique et nocive selon les cas et conjonctures la sexualité « explose » dans tous les médias. Notamment sur Internet avec toutes les sources multilatérales d’information, de plaisirs, rencontres, d’échanges tous azimuts. Comme de pires dangers, déviances, violences, perversions pour les juniors notamment filles. Entre eux-mêmes, comme de la part d’adultes pervers, manipulateurs.
Rappelons l’attirance du désir, le passage à l’acte réel, l’identification clairement assumée de type homosexuel ou bisexuel. Les quinze – vingt-quatre ans occidentaux concernés sont donc 5 pour cent. À admettre un, deux ou trois de ces éléments d’homo, de bitropisme. Ce chiffre est double en fin de vie. Une part majoritaire des juniors à désirs, actes homo ou bisexuels seront hétérosexuels toute leur existence adulte. Une minorité demeurera homo ou bisexuelle, s’assumera comme telle à vie. Les filles à nette tendance homo à l’adolescence continuent de l’être à l’adultisme bien plus que les garçons.
L’homosexualité serait d’origine aussi biologique qu’environnementale, innée, comme acquise selon contextes, individus. Le débat reste ouvert. Elle sera naturelle, jamais pathologique. Même moindre la réprobation sociale reste marquante. Il n’est pas aisé pour un jeune de s’accepter différent quand cela est si stigmatisé, dévalorisé. À un âge de très forte volonté d’intégration, de conformisme et d’acceptation par autrui. D’affirmation d’une « originalité » jugée fort valorisante, non pas « infamante ». Le mieux reste de s’assumer pour être heureux en son authentique identité.
Quoi qu’il puisse en coûter le déni de soi présente des dommages de dépersonnalisation bien plus graves encore. Soyons très attentifs à ces jeunes face à l’homophobie, aux pires agressions, violences, discriminations, injustices, vexations et rejets sectaires-367. Exclusions, ostracismes, harcèlements, rumeurs et calomnies des adultes et des autres jeunes. Aux risques dépressifs, suicidaires, addictifs et de pratiques à risques sanitaires des plus accrus chez les jeunes dits Lgbt. Lesbiennes, gays, bi, transgenres.
La contraception, la protection contre les infections sexuellement transmissibles, le Sida ont progressé chez les juniors depuis trente ans. Toutefois cela reste insuffisant, aléatoire, empirique-368. De gros progrès demeurent encore à faire en matière de réduction du nombre de grossesses prématurées et d’avortements, de maternités précoces, d’infections. La plupart des jeunes filles enceintes de façon accidentelle, non-désirée avortent. Le plus souvent le père est un adulte, non un jeune de l’âge de la mère.
La minorité qui garde l’enfant est majoritairement victime de dommages psychosociaux, économiques fort étendus-369. Un avenir de « fille-mère » est obéré. Moyens de contraception féminine et préservatif anti-infections masculin ne font pas encore suffisamment partie des partenaires habituels de la sexualité des juniors. Improvisation pulsionnelle aléatoire et irresponsabilité, ignorance, méthode Coué, indifférence, idées fausses, usage d’alcool et de stupéfiants l’emportent encore bien trop souvent.
Information, éducation, discipline, rigueur et prévoyance, organisation, communication et prévention, soins et tests Sida, hépatite B, syphilis sont bien trop peu systématiques. Les jeunes sont plus encore que les adultes concernés par les Ist et moins par le Vih. « Prudence est bien mère de sûreté » en l’espèce, comme en d’autres ! Contraceptions, avortements sont gratuits pour les femmes en France. Particulièrement la contraception des mineures dès les quinze ans. La pilule contraceptive « du lendemain » est disponible en infirmeries étudiantes, lycéennes. Il convient que le recours aux contraceptifs, préservatifs évite plus avortements et infections. (Cloutier et al., 2008, 2015)-370.
Une étude de M. Shelly, médecin français de santé publique démontre que le jeune homosexuel aurait treize fois plus de « risques » de faire une tentative de suicide que le jeune hétérosexuel. Cela appuie d’autres travaux. Des chiffres de sursuicidalité variant de six à treize. Le Dr Shelly constate que chez les jeunes gays les tentatives de suicide sont très fortement liées à une dégradation de l’estime de soi. 80 pour cent de ceux qui ont attenté à leur vie au moins une fois ont une opinion très négative d’eux-mêmes.
Ils évoquent un manque de respect envers eux-mêmes ou perçu chez autrui. M. Shelly envisage que cette forte sursuicidalité soit due à la « stigmatisation si dévalorisante de l’homosexualité perçue au sein du cercle familial ou à l’école. Qui produit des effets très désastreux sur la construction personnelle ». Il devient donc urgent de « réagir » face à des iniquités qui torturent illégitimement tant de jeunes ! La France est en retard en l’espèce. Il s’agit donc de mieux veiller au respect des minorités quelles qu’elles soient.
De même pour Y. Gillant, psychologue (France) :
« C’est difficile à la jeunesse de se sentir différent et de ne pas arriver à participer aux discussions, aux flirts, aux blagues que font les copains. L’homophobie n’est pas forcément violente mais à cet âge-là il y a des codes à respecter, les jeunes homosexuels en sont exclus. Du coup ils se taisent et toute leur vie psychique est organisée autour de ce secret. Jusqu’au jour où ils craquent ».
Le psychologue français É. Verdier renchérit :
« La jeunesse est l’âge de tous les dangers et le thème de la différence est alors une question-clé. Souvent ceux qui viennent nous voir ne sont pas conformes aux stéréotypes de la masculinité / féminité et ils se sentent rejetés : ils ont un sentiment d’être des souffre-douleur. Selon plusieurs enquêtes un suicide juvénile sur deux [à quatre] serait lié à l’homosexualité. Beaucoup ont intériorisé l’homophobie à laquelle ils ont été confrontés tout petits à travers les insultes ou les blagues visant les homosexuels. Du coup ils se sentent fort dévalorisés et sont incapables d’en parler à leurs proches ».
(Chemin, 2005)-371.
Je veux profiter de mon jeune âge
J’aurai beaucoup d’années pour être vieux
Boris, dix-sept ans–372
4
VOTRE SOCIABILITÉ
Votre Sociologie (Andro)Jeunologique /
Vous, Junior « en Difficulté »
La société est comme un navire, tout le monde
Doit contribuer à la direction du gouvernail
H. Ibsen
Dramaturge, poète, Norvège, 1828-1906
Un Ennemi du peuple
Drame théâtral, Norvège, 1882
Les difficultés ne sont pas faites
Pour abattre mais pour être abattues
C. de Montalembert
Homme politique, historien
France, 1810-1870
Vos réalités juvéniles sont mitigées en notre société occidentale contemporaine. Votre rôle social de jeune est ambigu entre l’enfance irresponsable et l’adultisme souverain. Votre construction socio-relationnelle de junior est très malaisée. L’image sociale de votre jeunesse telle que la « fabriquent » généralement les adultes est fort brouillée.
Seront également et successivement évoqués la problématique générale spéciale de votre vulnérabilité de junior en difficultés particulières. Ensuite vos quatre groupes humains juvéniles principaux. Vous, jeune maltraité, en danger et victime. Vous, junior handicapé physique, psychique, instrumental. Aussi vous, jeune en précarité socioéconomique, exclusion sociétale, comme matérielle. Puis vous, junior violent, déviant, délinquant, comme agresseur.
En 2013 un garçon de vingt ans s’introduit de nuit au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris pour voler de l’ivoire. Il tranchera à la tronçonneuse la défense (du XIXe s.) du squelette d’une éléphante offerte en 1668 par le roi du Portugal Alphonse VI (1643-1683) au roi de France Louis XIV (1638-1715). Deux complices de seize et vingt ans faisant le guet. Le voleur vandale sera arrêté avec son larcin. Y compris dans les déviances hélas l’imagination, l’audace, la turpitude juvéniles d’une certaine minorité peuvent être sans bornes ! Le jeune « dérape » généralement car l’éducation morale adulte lui a fait défaut à ses pires dépens. L’exemplarité des aînés est introuvable, la droiture publique comme privée détruite, les repères axiologiques absents, dévoyés.
Alors la jeunesse éthiquement dévertébrée s’abîme. Au-delà la juvénilité peine à se réaliser, s’accomplir pleinement en une société adultocentrique fort prioritairement repliée sur elle-même. Pour autant la nouvelle génération plus que jamais cherche encore et toujours avec la rage du désespoir à s’insérer en un monde aîné hostile. Lequel pourtant « ne veut pas ou plus de sa propre descendance » ! Ce qui conduit à se demander ce qu’elle peut bien « faire dans cette galère » ! À l’image de Géronte interrogeant ainsi à sept reprises Scapin au sujet de ce que ce dernier affirme être advenu de son fils Léandre. (Molière, comédien, dramaturge français, 1622-1673, Les Fourberies de Scapin, comédie théâtrale, France, 1671, acte II, scène 7).
Le but de toute existence est de trouver la lumière intérieure
Puis de la partager avec ses frères humains
P. Richard
Entrepreneur contemporain, France
[ VOS INTÉGRATIONS, DÉSINSERTIONS SOCIALES ]
DE JEUNE D’AUJOURD’HUI
Comme tout humain vous, jeune, êtes le ressortissant d’une société, de votre pays, votre époque. Appartenance ne signifie pas pour autant intégration, acceptation, place majeure. De fait vous, junior, sur la scène du « théâtre social » n’êtes qu’un second rôle qui ne sert que de « faire valoir » à vos aînés. Votre socialisation juvénile est rendue plus malaisée encore que par le passé. Du fait d’un contexte socioéconomique et moral déprimé. Vos compétences sociales de jeune n’en sont pas loin s’en faut pour autant inexistantes.
Elles sont tout au contraire bien supérieures aux latitudes que la société vous permet et à votre expression habituelle réelle. En ces conditions l’adultisme est de plus en plus difficile, périlleux à atteindre par vous, junior, de tous milieux. Tant l’intégration sociale devient si improbable, introuvable. Désinsertions, désocialisations l’emportent alors chez vous, jeune, sur la pleine acceptation sociétale de votre groupe d’âge, de cohorte néogénérationnel-373. La tentation du refus domine votre jeunesse.
Mike, Fred, J-C, vingt ans sont d’un petit bourg alsacien. Ils s’ennuient fort de tâches décevantes à désœuvrements désabusés, entre football, moto, alcool, prélassements et palabres sans fin. Mike est passionné de voitures et de conduite. Il les dérobe, prend plaisir à rouler, les rend en place. Un jour nanti d’un beau bolide Mike séduit Sandy. Ils s’aiment, un tournant positif se dessine pour le garçon qui n’a toujours pas d’emploi stable. À l’âge des « aléas » et questionnements saura-t-il saisir cette occasion pour « rebondir » ? Tel est le tableau d’une jeunesse française, occidentale contemporaine. Rurale et urbaine. De bien des milieux sociaux. Fort pertinemment décrit par la comédie dramatique cinématographique française : Mike. (L. Blumers, 2011)-374.
Tout y est ou presque ! Les limites des études. Un emploi fixe des plus introuvables. Une famille incertaine. Des loisirs fort limités, comme l’avenir et les « espérances ». Des amitiés très rassurantes et solides et des liens amoureux qui se tissent. Une néogénération ordinaire qui « navigue à vue » faute d’ancrage, de certitudes. Pierrot perd Colombine, (États italiens, XVIe s.), ne trouve réponse à son doute : « Être ou ne pas être, telle est la question » ! (W. Shakespeare, dramaturge, poète anglais, 1564-1616, Hamlet, tragédie théâtrale, Royaume d’Angleterre, 1603). Interrogation cruciale d’une jeunesse « sinistre, sinistrée, en sinistrose » à l’image de son temps, pays, sa planète. Eux-mêmes plus que jamais en pires marasme, tourment, perdition.
– Vous, Junior Hexagonal –
« Subordonné » en Votre Société
Société est un mot qui date de 1180, est issu du « latin societas, « association », de socius, « compagnon, associé, allié ». (XVIIe-XVIIIe s.) État particulier à certains êtres qui vivent en groupes plus ou moins nombreux et organisés. Ensemble des individus entre lesquels existent des rapports durables et organisés, le plus souvent établis en institutions et garantis par des sanctions ; milieux humains par rapport aux individus et ensemble des forces, du milieu agissant sur les individus – ou contrainte sociale -. Groupe social limité dans le temps, l’espace ».
(Dictionnaire de la langue française Robert, France, 2007)-375.
La société est l’univers, l’environnement humains structurés en lesquels les jeunes vivent au quotidien. Avec lesquels ils interagissent mutuellement. La jeunesse française est un « colosse aux pieds d’argile, géant moral et nain social ». Elle est l’orpheline par excellence de notre milieu hostile. L’une des jeunesses occidentales qui est la moins acceptée et intégrée, la plus en « contentieux » avec sa communauté, qui s’oppose le plus à elle. « Victime fracassée » de son temps et de son monde.
Non aimés ni reconnus mais rejetés nos jeunes n’adhèrent pas à leur pays, ne se sentent pas « nationaux », n’ont nulle fierté de l’être. Le sentiment européen lui-même s’enlise faute de vraie collectivité fédératrice. Quand la plus importante nation de ce continent, la Russie, ne fait même pas partie de l’Union ! Nous sommes très éloignés encore de cette « grande Europe ultime » : « Depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural ». Que le général de Gaulle, (Homme d’État, France, 1890-1970) appelait tant de ses vœux (1963). L’adulte tutélaire actuel est blasé, fermé, supérieur et méfiant, opposé à tout et à tous.
Tout à la fois « démissionnaire pusillanime », comme « totalitaire absolutiste ». Il ne réunit aucune des qualités requises propres à bien faire « grandir », mieux s’épanouir la jeunesse. Passion, ouverture, accessibilité, confiance et compréhension, fermeté, doigté. Les juniors attendent de leurs aînés « une main de fer en un gant de velours ». Le plus souvent il ne leur sera opposé qu’ « une poigne de caoutchouc en un fin gant de soie ». Également « Une main d’airain en un gant d’acier ». La jeunesse n’ « habite » plus sa juvénilité car les adultes ont fort « déserté » leur adultisme. Comme souvent renié leur propre jeune âge passé s’empressant de « l’oublier » !
52 pour cent des juniors de dix-huit à vingt-trois ans estiment qu’il est assez difficile d’être un jeune d’une vingtaine d’années aujourd’hui en France. 22 pour cent que c’est très difficile. 17 pour cent que c’est assez facile. 5 pour cent que c’est plutôt très facile. 4 pour cent sont sans opinion. 65 pour cent des jeunes du même âge interrogés pensent que par rapport aux générations précédentes les jeunes de vingt ans aujourd’hui sont plus paresseux. 64 pour cent plus inquiets. 60 pour cent plus égoïstes. 60 pour cent plus instables. 59 pour cent plus ouverts au monde. 46 pour cent plus curieux. 36 pour cent plus idéalistes.
32 pour cent plus tolérants. 30 pour cent plus enthousiastes. 28 pour cent plus engagés. 26 pour cent plus intelligents. 21 pour cent plus responsables. 52 pour cent des juniors de dix-huit – vingt-trois ans seraient prêts à s’engager pour la protection de l’environnement. 27 pour cent l’ont déjà fait. 47 pour cent se disent « prêts à s’engager » pour l’aide aux personnes démunies. 30 pour cent l’ont déjà fait. 57 pour cent sont prêts à s’engager pour la pleine défense des droits de l’homme. 19 pour cent l’ont déjà fait. 83 pour cent des jeunes interrogés pensent à s’engager en une association. 44 pour cent ont déjà accompli des dons pour des actions associatives.
83 pour cent des juniors estiment que leur maîtrise technologique est plus marquante aujourd’hui que celle de leurs aînés au même âge. 58 pour cent mettent en avant l’ouverture néogénérationnelle sur le monde. 53 pour cent avancent leur « prise de conscience » des enjeux de l’environnement par rapport aux générations précédentes. 52 pour cent de ces jeunes vivent chez leurs parents. 36 pour cent évoquent comme premier piège à éviter les aléas de démarrage en l’existence. L’univers de l’entreprise les inquiète tout particulièrement. Les juniors pensent que la crise économique les frappe plus que les autres. 19 pour cent sont convaincus que les entreprises n’ont pas la volonté d’intégrer et de former des jeunes.
Selon eux à 32 pour cent c’est le facteur chance qui intervient le premier comme « gage de succès ». 31 pour cent seulement évoquent leur réussite scolaire. 76 pour cent des juniors interrogés sont convaincus qu’ils peuvent se mobiliser rapidement pour une cause. 75 pour cent pensent pouvoir apporter au monde de l’entreprise. 58 pour cent sont optimistes quant à leur avenir. Tout ceci démontre lucidité, pragmatisme, comme volontarisme, confiance. La jeunesse est donc pleinement consciente de toutes ses difficultés, celles de son temps, de son environnement. Elle n’en continue pas moins à « croire » en elle-même, à ses capacités et aux possibilités de s’en sortir, de réussir malgré tout. (Institut Csa, France, 2012)-376.
Les dix-huit – vingt-quatre ans interrogés estiment à 64 pour cent que « l’accès à l’emploi » est la question actuelle la plus préoccupante pour eux à titre personnel. 43 pour cent évoquent le pouvoir d’achat. 39 pour cent la « crise économique et financière ». 22 pour cent « l’accès au logement ». 20 pour cent les impôts, taxes. 19 pour cent les inégalités sociales. 16 pour cent le système éducatif. 16 pour cent l’insécurité « quotidienne ». 14 pour cent les retraites. 13 pour cent l’environnement. 11 pour cent le fonctionnement du système de santé. 53 pour cent des jeunes questionnés pensent que la société française est trop inégalitaire. 46 pour cent qu’il y a trop de « malhonnêtetés, de corruption ». 39 pour cent qu’elle ne donne pas suffisamment de place aux juniors.
37 pour cent que l’argent y tient une bien « trop grande place ». 34 pour cent qu’elle est trop individualiste. 19 pour cent qu’il n’y a pas assez d’autorité et d’ordre. 19 pour cent qu’elle n’encourage pas assez l’initiative. 13 pour cent qu’elle est trop violente. 12 pour cent qu’elle n’est pas vraiment démocratique. Sévérité de jugement face aux réalités ! 55 pour cent des jeunes de dix-huit – vingt-quatre ans étant interrogés estiment que les responsables politiques généralement se préoccupent peu de ce que pensent ceux de leur génération. 32 pour cent pas du tout. 11 pour cent assez. 2 pour cent beaucoup. 41 pour cent des jeunes ont le sentiment de pouvoir à leur niveau très peu faire bouger les choses du pays. 40 pour cent pas du tout. 17 pour cent un peu. 2 pour cent beaucoup. (Ipsos, France, 2012)-377.
Quant à l’idée que les jeunes généralement sont courageux et font des efforts, 54 pour cent des quinze – vingt-quatre ans sont plutôt d’accord. 21 pour cent sont plutôt pas d’accord. 19 pour cent sont tout à fait d’accord. 5 pour cent pas du tout d’accord. 48 pour cent des juniors du même âge alors interrogés sont plutôt d’accord pour dire que les jeunes défendent des valeurs. 32 pour cent sont tout à fait d’accord. 13 pour cent sont plutôt pas d’accord. 7 pour cent ne sont pas du tout d’accord.
Or, 36 pour cent des juniors sont plutôt d’accord pour dire qu’ils sont individualistes. 26 pour cent sont plutôt pas d’accord. 19 pour cent sont tout à fait d’accord. 18 pour cent ne sont pas du tout d’accord. 34 pour cent des jeunes interrogés sont plutôt pas d’accord avec l’idée selon laquelle les jeunes agissent peu pour aider les autres. 32 pour cent sont plutôt d’accord. 19 pour cent ne sont pas du tout d’accord. 15 pour cent sont tout à fait d’accord. 54 pour cent des juniors questionnés sont plutôt d’accord pour dire qu’ils sont eux courageux, font des efforts.
43 pour cent sont tout à fait d’accord. 2 pour cent sont plutôt pas d’accord. 1 pour cent ne sont pas du tout d’accord. 65 pour cent sont tout à fait d’accord pour penser qu’ils sont responsables en leurs attitudes. 31 pour cent sont plutôt d’accord. 3 pour cent sont plutôt pas d’accord. 1 pour cent ne sont pas du tout d’accord. 39 pour cent des quinze – vingt-quatre ans alors interrogés ne sont pas du tout d’accord avec le fait d’être qualifiés d’individualistes. 26 pour cent sont plutôt pas d’accord. 23 pour cent sont plutôt d’accord. 9 pour cent sont tout à fait d’accord.
36 pour cent ne sont pas du tout d’accord avec l’affirmation selon laquelle ils agissent peu pour « aider » les autres. 32 pour cent sont plutôt d’accord. 19 pour cent sont plutôt pas d’accord. 13 pour cent sont tout à fait d’accord. 81 pour cent des jeunes estiment qu’ils ne sont pas assez nombreux à donner de leur temps à des projets solidaires associatifs, humanitaires. 18 pour cent pensent qu’ils sont suffisamment nombreux. (Bva, France, 2011)-378.
34 pour cent des jeunes de dix-huit – vingt-cinq ans interrogés estiment qu’ils ont connu, connaissent ou connaîtront plus tard des difficultés plutôt importantes pour « s’intégrer » en la vie active. 32 pour cent pas importantes du tout. 25 pour cent plutôt pas importantes. 8 pour cent très importantes. À la même question et comparativement aux générations antérieures 63 pour cent des juniors interrogés estiment que les difficultés ont été, sont ou seront plus importantes. 24 pour cent ni plus ni moins. 12 pour cent moins importantes.
Les questions suivantes concernent ceux qui disent avoir des difficultés les plus importantes. Les jeunes de dix-huit – vingt-cinq ans sont interrogés quant à savoir selon eux quels sont les domaines en lesquels les gens de leur génération rencontrent plus de difficultés que les générations précédentes. 58 pour cent citent l’emploi. 32 pour cent la « garantie » de retraite. 29 pour cent le logement. 25 pour cent le pouvoir d’achat. 14 pour cent la « qualité de vie ». 14 pour cent l’éducation. 10 pour cent la protection sociale. 3 pour cent la santé.
44 pour cent des juniors estiment que la « crise économique » porte une « responsabilité » très importante dans le fait que la situation soit plus difficile ce, pour leur génération que pour les générations précédentes. 41 pour cent plutôt importante. 10 pour cent plutôt pas importante. 4 pour cent pas du tout importante. Concernant les entreprises les jeunes estiment que leur responsabilité est plutôt importante à 51 pour cent. Qu’elle est très importante à 38 pour cent. Plutôt pas importante à 10 pour cent. Pas du tout importante à 1 pour cent.
La responsabilité des décideurs politiques est jugée très importante à 38 pour cent. Plutôt importante à 37 pour cent. Plutôt pas importante à 15 pour cent. Pas du tout importante à 10 pour cent. Or, la responsabilité des banques est estimée plutôt importante à 49 pour cent. Très importante à 25 pour cent. Plutôt pas importante à 16 pour cent. Pas du tout importante à 8 pour cent. La responsabilité du système scolaire et universitaire de l’orientation scolaire est évaluée comme très importante par 40 pour cent des « dix-huit – vingt-cinq ans » interrogés. Plutôt importante à 35 pour cent. Plutôt pas importante à 16 pour cent. Pas du tout importante à 9 pour cent.
La responsabilité de la mondialisation est jugée très importante par 36 pour cent des jeunes. Plutôt importante à 35 pour cent. Plutôt pas importante à 15 pour cent. Pas du tout importante à 11 pour cent. La « responsabilité » du système capitaliste est évaluée par les juniors comme plutôt importante à 45 pour cent. Plutôt pas importante à 22 pour cent. Très importante à 20 pour cent. Pas du tout importante à 6 pour cent. Or, la « pleine responsabilité » des jeunes générations elles-mêmes est jugée par 46 pour cent des juniors comme plutôt importante. À 23 pour cent comme très importante. À 22 pour cent comme plutôt pas importante. À 9 pour cent comme pas du tout importante. Conscience d’un « monde déchu ».
La situation démographique est jugée comme ayant une responsabilité plutôt importante à 41 pour cent. Plutôt pas importante à 26 pour cent. Très importante à 20 pour cent. Pas du tout importante à 9 pour cent. Les syndicats ont selon les jeunes une responsabilité plutôt importante à 41 pour cent. Plutôt pas importante à 28 pour cent. Très importante à 16 pour cent. Pas du tout importante à 12 pour cent. Les générations précédentes sont réputées aux yeux des juniors interrogés avoir une responsabilité plutôt importante à 41 pour cent.
Plutôt pas importante à 25 pour cent. Puis pas du tout importante à 18 pour cent. Très importante à 15 pour cent. Ensuite les jeunes de dix-huit – vingt-cinq ans sont interrogés sur le fait de savoir sur quels acteurs les personnes de leur génération peuvent « compter » ou non. Pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent. Concernant la famille les juniors disent oui tout à fait à 51 pour cent. Oui plutôt à 41 pour cent. Non plutôt pas à 6 pour cent. Non pas du tout à 2 pour cent. Les amis oui plutôt à 45 pour cent. Oui tout à fait à 42 pour cent de ces jeunes sondés. Non plutôt pas à 8 pour cent. Non pas du tout à 5 pour cent.
Les collectivités locales oui plutôt à 48 pour cent. Non plutôt pas à 24 pour cent. Oui tout à fait à 19 pour cent. Non pas du tout à 8 pour cent. Les associations, comme aussi les organisations non gouvernementales oui plutôt à 42 pour cent. Oui tout à fait à 25 pour cent. Non plutôt pas à 22 pour cent. Non pas du tout à 8 pour cent. Les dispositifs publics d’aide aux jeunes oui plutôt à 42 pour cent. Oui tout à fait à 26 pour cent. Non plutôt pas à 21 pour cent. Non pas du tout à 11 pour cent. Les syndicats oui plutôt à 39 pour cent. Non plutôt pas à 35 pour cent.
Oui tout à fait à 16 pour cent. Non pas du tout à 7 pour cent. Les entreprises non plutôt pas à 45 pour cent. Oui plutôt à 36 pour cent. Oui tout à fait à 11 pour cent. Non pas du tout à 8 pour cent. Les banques non plutôt pas à 42 pour cent. Non pas du tout à 24 pour cent. Oui plutôt à 21 pour cent. Oui tout à fait à 13 pour cent. Les responsables politiques non pas du tout à 42 pour cent. Non plutôt pas à 38 pour cent. Oui plutôt à 15 pour cent. Oui tout à fait à 5 pour cent. Voilà qui donne un premier aperçu de l’état d’esprit des jeunes de France contemporains. (Institut Csa, France, 2010)-379.
À l’image de leur époque les juniors sondés sont donc partagés entre doutes et espoirs, confiance et rejet, satisfaction et frustration. De façon plus réaliste, pragmatique qu’idéaliste, crise oblige ! Fort attentistes, bien conscients que leur époque ne permet plus les grandes « envolées » d’antan. L’enfant sauvage, solitaire, abandonné perd tout usage du verbe. De même le jeune non éduqué, mal éduqué, sous-éduqué, déséduqué ne devient jamais adulte accompli-380. Une grande dépression socioéconomique frappe durement le monde occidental de l’Entre-deux-guerres (1929-1939).
Ce marasme profond mènera au pire désastre du Second Conflit mondial (1939-1945). Une génération de jeunes écrivains américains évoque, dénonce en ses œuvres littéraires le mal insidieux, lancinant qui tourmente tant ses contemporains. Particulièrement les juniors. De J. dos Passos (1896-1970)-381 à J. Steinbeck (1902-1968)-382. H. MacCoy (1897-1955) notamment décrit des jeunes et moins jeunes acculés au pire par la misère et le désespoir des si noires années 1930 aux États-Unis-383.
« Des portes closes et des nuages sombres, C’est notre héritage, notre horizon, Le futur et le passé nous encombrent. […]. Vous aviez tout : l’amour et la lumière. […]. Nous n’avons que nos dégoûts, nos colères. […]. Utopie sans avenir. […]. Vous aviez tout : paix, liberté, plein emploi, Nous c’est chômage, violence et Sida. […]. Vous avez raté, dépensé, pollué. […]. Vous avez sali les idéologies. […] ».
(Les Enfoirés, Sur la route des Enfoirés, Toute la vie, œuvre musicale, France, 2015, sur les doléances juvéniles). Huit décennies plus tard les juniors d’aujourd’hui se trouvent confrontés aux mêmes défis et difficultés ou presque que leurs ancêtres du même âge. Les leçons du passé n’ont pas eu de « vertu pédagogique » suffisante. Malgré les interventions étatiques contemporaines « anti-crise ». La jeunesse « ne peut pas être elle-même, en elle-même, par elle-même, telle qu’elle-même ». Puisqu’elle n’est qu’un très pâle moratoire préparatoire à un état ultérieur : l’adultisme.
Un avatar de l’enfance tout aussi impuissant-384. Les jeunes sont des prétendants-demandeurs aspirant à devenir des adultes parvenus-détenteurs. Ils ne sont donc pas, ils seront. Ils n’ont pas, ils auront. Ils ne font pas, ils feront. Ils ne paraissent pas, ils paraîtront. En substance ils ne comptent guère plus que des enfants. Ils sont en morne apprentissage prolongé mais en apprentissage qui ne leur bénéficiera que plus tard. En outre bien moins que pour les générations passées. Les réalités néogénérationnelles sont ainsi : piètres-385 !
Elles dépendent fortement au préalable de ce qu’est la société française, européenne et occidentale, mondiale de notre époque. Si incertaine, matérialiste, individualiste, en marasme moral. Il se dégage le sentiment déplorable que la société hexagonale « tolère » bien plus sa jeunesse qu’elle ne l’ « accepte ». La reconnaît véritablement, sincèrement. Sans calculs ni arrière-pensées, pleinement et inconditionnellement. Méfiance, indifférence, dureté, laxisme et médiocrité prédominent. Qui sont, que sont, que veulent les jeunes de notre pays ? Nous tenterons d’en établir une « cartographie » aussi précise que possible.
Avec ses réalités fort denses, complexes, différentes, en groupes identificatoires. En une typologie de la jeunesse au travers de ses codes, langages, styles, goûts, choix de vie-386… La jeunesse est une et multiple, monolithique et plurielle. Unifiée par la communauté générationnelle et des vécus la juvénilité est aussi cohorte hétérogène et hétéroclite. Divisée par la diversité humaine si inénarrable des maturités, sexes, identités, parcours personnels, de l’éducation, des études. Du milieu socioculturel primitif, de l’origine ethnique et l’implantation géographique urbaine, périurbaine, rurale et économique… Autant et de la même façon que peuvent l’être les adultes.
Contrairement à la monarchie ou la république la jeunesse n’est pas « une et indivisible ». Elle est unie en sa « claustration » éducative, culturelle et consumériste néogénérationnelle. L’ensemble s’est unifié en une jeunesse universelle. Certains auteurs distinguent aussi à un juste titre des véritables « tribus » de jeunes en en dégageant certaines « caractéristiques » culturelles. « Riders, néohippies, rastas, néopunks, néogothiques, lolitas, paillettes, latinos, teknoïdes, cailleras, minets / chalalas ou classiques ».
Le rider est un amateur de sports de glisse comme le skateboard, le roller. Le néohippie est fort libertaire, écologiste et anticonformiste. Le rasta associe l’Afrique, le reggae, le cannabis et la révolte « tous azimuts » ou l’attitude « zen ». Le néopunk fait dans la provocation, l’excès total, le nihilisme, la violence, la subversion, comme l’outrage. Le néogothique adule le romantisme, le fantastique, le morbide, le macabre. Il est individualiste, sombre, aime la solitude, la nuit. Rejoignant ses pairs du dix-neuvième siècle. Il fréquente les cimetières, est obsédé, hanté par l’univers noir de la mort, des trépassés et revenants. (Vandersteen, 2003).
La lolita type est une jeune collégienne, fille-enfant, star mêlant caprice, style et mode. Le junior paillettes est passionné de musique disco, également funk, de son corps, de la danse, du divertissement, de l’apparence aussi notamment vestimentaire, extravagante, extravertie. Il hante le monde de la nuit, des sorties, des boîtes. Le latino aime la fête, l’élégance et la séduction. Il est brun à défaut de toujours venir des pays du Sud américain ou européen. Le teknoïde adore les musiques techno, des dj issues de la house music, les rave parties. Plus ou moins psychédéliques, alcoolisées. Ainsi que les vêtements parmi les plus branchés.
La racaille ou caillera sort de l’anticulture gang et hip hop à base de rap, de sports de rue, de tags. L’origine est afroaméricaine, périurbaine et immigrée. L’esprit alors cultivé est celui de la rébellion contre l’exclusion des banlieues difficiles et aussi la société anti-jeunes. Le minet ou « chal » est un jeune parisien ou habitant des grandes villes, ivre de grandes marques vestimentaires très branchées. Il est adepte forcené de la frime, la drague, la nuit. Classe, sobriété ostentatoire l’emportent. Faisant revivre tout le « dandysme » des temps passés.
Le classique est plutôt étudiant très brillant, de haut niveau, du meilleur monde, de bonne famille. Valeurs, usages, normes et conventions de fort bon aloi sont ses credo. Il est plutôt traditionaliste, chic et féru de respectabilités, de factures authentiques. L’aisance matérielle, socioculturelle domine avec tous les stricts canons, l’élitisme que cela implique. Il s’agit de l’univers cossu, feutré et fermé des futurs décideurs de la nation en tous domaines. La très Grande école, le rallye sont ses « monopoles ». Naissance, rigoureuse éducation en sont la marque. La distinction et l’ambition, la réussite et la bienséance policée. (Vandersteen, 2003)-387.
Malgré des rapprochements sensibles garçons et filles conservent certains traits marquants, rôles et destins propres qui demeurent encore et toujours très monosexués. L’on peut aussi distinguer les néodolescents de l’âge du collège entre douze et quinze ans. Les juniorados de l’âge du lycée entre les seize et dix-huit ans. Les adulescents étudiants ou actifs de dix-neuf à vingt-quatre ans. Chaque adolescent, jeune n’en demeure naturellement également pas moins aussi unique, original et incomparable que sa propre empreinte génétique Adn.
Nul ne peut totalement s’affranchir de sa caractérologie sombre ou rayonnante. Son histoire plus ou moins réussie ou difficile, sereine ou tempétueuse. D’une éducation fructueuse ou carencée ou d’études très brillantes « rentabilisées ». De simples certifications indigentes ou inexistantes. D’une origine et d’un milieu socioculturels élevés ou modestes. De spécificités ethniques plus ou moins favorisées, autochtones ou d’origines étrangères. De localisations géographiques résidentielles urbaine, périurbaine, rurale, en zone prospère ou crise.
D’une condition économique aisée ou non. Bien entendu le spectre des similitudes et différences est des plus larges entre les extrêmes. Les jeunes en sont particulièrement tributaires quant à leur propre avenir d’adultes. Tout cela les discrimine plus ou moins favorablement, comme défavorablement. Une étude intéressante, significative isole cinq types de juniors. Premier groupe (I), les tout baigne, 29 pour cent. Puis deuxième groupe (II), les satisfaits, 26 pour cent. Troisième groupe (III), les attentistes, 23 pour cent. Quatrième groupe (IV), les inquiets, 17 pour cent. Cinquième groupe (V), les angoissés, 5 pour cent.
Le premier groupe accorde de l’importance à la famille, comme aux valeurs morales. Il a une vision plutôt positive de la société. Les jeunes concernés sont confiants en leur avenir personnel. Ce sont surtout les quinze-seize ans, les lycéens professionnels et les enfants d’ouvriers. Le deuxième groupe est socialement favorisé. Ces jeunes sont conscients des réalités de la société, critiques sur celle-ci. Ils sont particulièrement « satisfaits » de leur vie. Ils sont plutôt intellectuels. Ce sont surtout les enfants de cadres supérieurs et les lycéens des filières générales ou les filles. Le troisième groupe est en l’indétermination. Les juniors en cause sont indécis sur l’avenir. Ils n’ont pas d’idées arrêtées sur la société. Ils sont peu actifs.
Ce sont surtout des garçons, les enfants de cadres supérieurs et ceux de salariés du secteur public. Le quatrième groupe se sent « en difficulté », sous pression et inquiet pour l’avenir personnel. La société est vue comme injuste et « en péril ». Le travail est considéré comme important. Ces jeunes sont « pessimistes » sur leurs chances de réussite. Ce sont majoritairement des filles, des enfants d’employés ou d’ouvriers, des lycéens professionnels. Le cinquième groupe rassemble des juniors isolés en difficulté, anticonformistes, jugeant la société injuste. S’opposant au modèle dominant. Ils sont inquiets pour l’avenir. Ils vivent au présent, sans penser à la vie future, sans projets. Ce sont surtout des élèves de troisième / seconde, des filles et des enfants dont les parents sont séparés. (Pfizer, France, 2006)-388.
La jeunesse d’avant 1960 était scindée en trois grandes classes distinctes et séparées. La bourgeoisie urbaine vouée aux hautes études et responsabilités. Le prolétariat industriel et laborieux. La paysannerie rurale et nourricière. Or, depuis un demi-siècle la jeunesse est enfermée en une véritable classe d’âge-ghetto relativement « uniforme ». Avec des études prolongées, un meilleur niveau de vie et des loisirs, idéaux, goûts, mentalités et modes de vie communs ou proches à cette génération. En outre en un contexte de fortes difficultés socioéconomiques accrues nombre de jeunes sont des plus marginalisés. « Exclus » des facilités de vie de leurs semblables parmi les mieux favorisés. Il n’y a plus seulement les différences traditionnelles entre milieux socioéconomiques et culturels.
Il y a surtout de plus en plus le fossé entre les jeunes qui parviennent bien malgré tout à l’essentiel et tous ceux qui seront fort longtemps voire à tout jamais « en galère ». L’exclusion frappe très tôt et durablement-389. Au-delà des classes la « fracture sociale » entre jeunes est de plus en plus « trans-sociologique ». Ils sont globalement discriminés au sein de la société adulte. Parmi eux certains éprouvent de grandes difficultés à « en sortir ». Les raisons en sont multiples, variées, en particulier de natures psychologiques.
Même au sein de la jeunesse il existe aussi une « société à deux vitesses » gangrenée par le marasme et mal-être les plus profonds-390. Comme la noblesse, le clergé, le tiers état d’Ancien Régime monarchique français (1589-1789) la jeunesse est toujours une jeunesse de classes. Catégorie « haute », niveau « moyen », comme place « basse » situent l’ensemble de la vie sociale des nouvelles générations. La première caste issue des catégories sociales supérieures réussit quoi qu’il puisse arriver. Par ses protections familiales et de milieu sauf graves « accidents » généralement bien improbables.
La deuxième sphère qui appartient aux classes intermédiaires se sent déclassée, peine à se maintenir. La troisième position venant des milieux populaires « perd pied », s’échine à « sauver » ce qui peut l’être encore. Depuis les Trente Glorieuses (1945-1975), leur défunte prospérité la jeunesse s’unifie plus avec des modes de vie et de pensée « à part ». Cela a l’avantage de la cohésion et également de certains « particularismes » fondateurs. Soudée, la jeunesse ne saurait trop s’inquiéter, rester « en marge ». Elle ne peut se contenter de cultiver sa spécificité, ses intérêts. Il lui incombe de plus s’ouvrir et hardiment sur d’autres réalités que les siennes. En une optique d’enrichissement interactif maximal. La jeunesse s’est beaucoup « unifiée » mais elle demeure encore multiple et fractionnée.
Les facteurs différentiels discriminants sont sociaux, économiques, culturels, ethniques, corrélés au vécu, à la personnalité, l’état de santé… Tous prédominent encore de façon bien trop excessive. Il appartient à une société civilisée de corriger et d’atténuer les disparités, handicaps entre jeunes. Pour une juste égalité des chances sans pour autant nuire à la libre entreprise et concurrence. Le junior ne saurait éprouver de réelles difficultés à devenir un adulte accompli, autonome, à acquérir un « avenir stable ».
L’adulte a le devoir d’être authentique « accompagnateur de vie » à son égard. Il se doit d’être particulièrement attentif aux plus fragiles. Son effort de solidarité peut en toute bonne priorité s’attacher à mieux permettre à tout jeune de s’approprier les meilleurs moyens de réussir en plénitude. Les aînés ne peuvent en aucun cas abdiquer leurs responsabilités à l’égard des juniors. Sous peine de « forfaiture ».
80 pour cent des jeunes interrogés ont le sentiment d’appartenir à une catégorie sociale favorisée. 94 pour cent ont cette conviction lorsque le chef de famille est cadre supérieur ou profession libérale. 90 pour cent lorsqu’il appartient aux professions dites « intermédiaires ». 89 pour cent s’il est artisan, commerçant ou chef d’entreprise. 76 pour cent lorsqu’il est employé. 72 pour cent s’il est ouvrier.(Pfizer, France, 2007)-391.
En 1994 les jeunes « se révoltent » contre le projet d’insertion juvénile du gouvernement Balladur. (France, 1993-1995). Ce n’est depuis 1986 surtout que le début d’une très « longue série » ! Ce dernier visait à instaurer pour eux le Contrat d’Insertion Professionnelle, le Cip. Qualifié de « Smic jeunes » car prévoyant alors des rémunérations bien moindres pour les juniors de qualifications jusqu’à « bac plus deux ». Il est alors décidé de consulter pour la première fois dans le pays tous les quinze – vingt-cinq ans sur leurs réalités vécues et leurs souhaits. Plus d’un million trois cent cinquante mille jeunes répondent au questionnaire adressé. Au sujet de l’ensemble des champs existentiels juvéniles.
Il s’agit d’un « méta-instantané en grandeur nature » inédit et sans égal à ce jour de notre nouvelle génération française. Les questions portent sur : l’opinion sur la société actuelle. La famille et les amis. La santé. L’école, les études. L’emploi et le monde du travail. Le vécu de ceux qui travaillent déjà. L’opinion sur les sports, les loisirs. La participation et les engagements. Les domaines pour lesquels le jeune se dit « prêt à s’engager personnellement ». Est prêt à « en faire son métier ». Ce qu’il y aurait lieu de faire pour bien mieux prendre en compte les souhaits des jeunes. L’indication du sexe de l’interrogé-e. Sa situation. Son habitat. La réalité professionnelle des parents.
Outre une question ouverte quant aux idées, desiderata du junior concernant sa vie, sa société. Le comité consultatif fait « cent propositions d’avancées ». Le gouvernement élabore vingt-neuf mesures subséquentes. Cette Consultation nationale globale des jeunes révèle des enseignements précieux pour mieux comprendre les juniors. Elle fait des suggestions de progrès dont certaines seront mises en œuvre. Décrit six grands stades de progression, d’intégration juvéniles vers l’autonomie, la pleine maturité, la sérénité-392.
Les principales conclusions de la Consultation Nationale des Jeunes de 1994 sont triples. Une valorisation familiale, amicale, affective contrastée. Une insertion sociale malaisée. De grandes aptitudes participatives, d’engagement. Une typologie globale de la jeunesse est établie. Elle distingue six degrés d’évolution, d’inclusion sociales juvéniles. Six groupes de jeunes en fonction de leur situation de vie, préoccupations, positionnement, degré de marche vers la maturité. De fait tout junior se situe par rapport à sa proximité ou son éloignement du plein adultisme. Concernant l’autonomie, le passage, l’assimilation en communauté menant à l’adultisme.
Le Groupe A, 18,6 pour cent de la population étudiée rassemble nos jeunes les plus éloignés du franchissement vers la maturité. Il le sait, s’alarme des « difficultés » que cela implique. Pour autant il s’agit de juniors scolarisés plutôt satisfaits de leur vie, sans écueils matériels ni relationnels familiaux. Ils se sentent pleinement intégrés, socialement confiants quant à leurs études, très sereins concernant leur avenir professionnel. Ils sont tout autant épanouis en leurs loisirs, pratiques culturelles. Il s’agit du groupe le plus jeune, majoritairement scolarisé, de milieu social moyen ou supérieur.
Le Groupe B, 16,2 pour cent est en bonne position pour passer l’obstacle, si ce n’est déjà accompli. Ce sont les plus comblés, optimistes et confiants des juniors interrogés. Épanouis, en phase avec leur milieu et bien insérés ils croient en eux et leur avenir. Ils se sentent bien dans leur formation et leur famille. Le lien aux parents est excellent ainsi que leur pouvoir d’achat, leur complète satiété récréative et culturelle. Leur information santé est jugée par eux très satisfaisante. Il s’agit d’un groupe plutôt jeune ainsi que scolarisé, de milieu plutôt favorisé. L’avenir s’y présente « sous les meilleurs auspices ».
Le Groupe C, 24,2 pour cent se heurte au « mur » mais peut le surmonter avec de l’aide. Ces jeunes sont plus âgés mais souvent encore en formations. Ils sont bien équilibrés mais revendicatifs à l’égard de l’école jugée insuffisamment professionnalisante et du monde du travail. Ils sont mécontents du lien avec les adultes, de leurs loisirs et culture. Ils exigent, sont très demandeurs d’échanges avec leurs aînés. C’est le groupe le plus féminin, de milieu social intermédiaire.
Le Groupe D, 16,4 pour cent s’est retrouvé bloqué par le barrage et vu déporté en arrière dans l’exclusion. Il s’agit des juniors les plus critiques, vindicatifs. Contre l’école, les parents et leurs loisirs. Ils sont souvent en échec et fort angoissés quant à leur devenir. Ils sont mal en leur peau et mécontents de leur relation aux adultes ainsi que de leur cadre de vie. Ils se sentent exclus de la société, de leur famille, du système scolaire. Ils sont donc les jeunes les plus en quêtes de libertés, d’autonomie. Ces juniors se disent mal informés, demandent plus de soins gratuits. Ce sont des jeunes des classes moyennes ou subalternes. Leur futur leur apparaît donc sous un jour plutôt sombre, incertain ou inquiet.
Le Groupe E, 18,3 pour cent, le Groupe F, 6,3 pour cent ont dépassé le mur. Le Groupe E plus récemment encore, conscient des aléas que cela implique pour lui, encore en forte quête de consolidation. Ces juniors sont aussi les plus âgés : étudiants, actifs ou demandeurs d’emplois, vivent plus en couples que les autres jeunes. Une partie se dit satisfaite de son travail, l’a choisi, a accès à la formation continue et veut s’impliquer dans la vie d’entreprise. D’autres ont des difficultés financières, ils subissent une inadéquation entre leur formation initiale et leur emploi, aimeraient un autre métier. Ils fustigent la défiance des employeurs à l’égard des juniors. Quant aux scolarisés, critiques, marasmes l’emportent. Ils sont mal à l’aise au sein du système d’études, ont force « soucis matériels », n’ont souvent pas opté volontairement pour leur cursus académique en cours.
Ils se sentent non soutenus en leurs difficultés scolaires. Ils se jugent très mal informés sur les professions, mal préparés à ce sujet par leurs études. Ces jeunes prennent leur pleine distance par rapport à leur famille, ils aspirent à un logement autonome. Adaptation, insertion sociales ne sont pas leur « fort ». Ils regrettent la modestie du niveau de vie familial qui nuit fort à leur propre prospérité. Ce groupe est plutôt masculin et de parents souvent inactifs ou retraités. Le Groupe F a plus avancé loin du mur, s’inscrit dans le schéma le plus autonome, adulte de tous les autres. Il n’a pas ou fort peu, partiellement répondu au questionnaire fermé mais surtout à la libre question ouverte. Il est plutôt âgé, masculin, actif ou en quête d’emploi, éloigné du monde des études. (Comité pour la Consultation Nationale des Jeunes, France, 1995)-393.
Le système de « communication jeunesse » compte. Rapports, consultations, sondages, livres, conférences, tables rondes, colloques, information, études scientifiques et articles ont trait aux jeunes. Cela permet d’aviser les juniors de ce qui est « utile » pour eux en tous domaines les intéressant et qui les concerne. De savoir « qui ils sont », ce qu’ils pensent et souhaitent et de renseigner le public sur les réalités, besoins et attentes juvéniles.
L’on peut citer le Réseau Information Jeunesse, à implantations municipales, départementales, régionales, nationale. Comme par exemple à Paris le Cidj, le Centre d’Information et de Documentation Jeunesse (1969). Ainsi que ses relais régionaux. L’Ofqj, l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse (1968), l’Ofaj, l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (1963). L’information Internet pour les juniors : portails institutionnels de guidance pour les jeunes.
Tels ceux de l’actuel ministère français consacré aux jeunes : de l’Éducation et de la Jeunesse : jeunes.gouv.fr. De la région Ile-de-France : iledefrance.fr. Ou aussi de la ville de Paris : paris.fr. Il y a également les sites Internet d’informations pour les juniors tel celui de l’ex-Afij : l’Association pour Faciliter l’Insertion professionnelle des Jeunes. (France, 1994-2013). Les sites Web d’enrichissement dédiés à la jeunesse, l’information et les échanges juvéniles comme ceux de Zone-Ado.com ou Skuat.com.
Les consultations de la jeunesse permettent aussi de s’assurer de son opinion et d’en tenir compte. Pour les politiques publiques à mener à son égard et en sa faveur. Il y eut celle des Jeunes de France de 1994-394 déjà évoquée, comme celle de 2008-2009 sur les « droits des mineurs » français que nous verrons-395. Les études d’opinion des instituts de sondages nous donnent une « manne » de renseignements incontournables sur les juniors, leur pensée.
Il y a la recherche, la sortie de données, livres, publications sur les jeunes, leur univers. Le rôle des organismes français de recherche, d’analyse est capital. L’Injep, l’Institut National de la Jeunesse et de l’Éducation Populaire (1953), l’Observatoire de la Jeunesse et des Politiques de la Jeunesse (Ojpj). La Documentation Française (1945) et le Cnrs, le Centre National de la Recherche Scientifique (1939). L’Inserm, l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (1964). Le Céreq, le Centre d’Études et de Recherches sur les Qualifications (1970).
Le Crédoc, le Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie (1954). L’Inéd, l’Institut National d’Études Démographiques (1945). Aussi l’Insee, l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (1946), également l’Ove, l’Observatoire national de la Vie Étudiante (1989). Les études de l’Ocde, l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (France, 1961). De l’Unesco, l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (France, 1945). L’Unicef, le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance – et l’Adolescence – (États-Unis, 1946)…
La réflexion se développe sur les questions d’éducation, de jeunesse. Par exemple par les publications françaises Adolescence, Agora Débats Jeunesses. Les colloques de la Fondation Pfizer pour la Santé de l’Enfant et de l’Adolescent (France)… Une prise de conscience s’établit peu à peu en notre pays que les treize – vingt-quatre ans constituent une génération des plus délaissées, mal traitées, en difficulté. Qu’il convient de mieux considérer. Toutefois entre la simple vision morale, un changement concret des mentalités et une action massive, efficace il y a un « gouffre » qui reste fort à combler !
Les médias Jeunesse actuels, comme passés contribuent à souder, informer, aider aussi la communauté néogénérationnelle des treize – vingt-quatre ans. Citons en France la presse écrite comme Les Clés de l’Actualité, Muze ou Phosphore. Audio comme Ado FM, devenue Swigg, Fun Radio, Mouv’, Nrj, mais aussi Skyrock. Télévisée comme Fun Tv, Kazados Tv ou Nickelodeon Teen. Les médias permettent aussi la visibilité et l’appréhension hélas souvent très réduites, tronquées de la nouvelle génération. Ils sont généralistes ou spécialisés en matière de questions de jeunesse, écrits, audiovisuels. Ils consacrent des articles, dossiers, reportages et programmes aux questions de jeunesse.
Il y a toutefois trop peu d’émissions de radio, télévision directement avec, sur les jeunes, leur donnant la parole, primauté. Peu de journalistes de rédactions écrites, audiovisuelles spécialistes de la jeunesse. Seulement généralement des « questions de société » ou éducatives, c’est-à-dire scolaires. Le besoin juvénile d’affirmation de soi, d’expression, échanges s’exprime par le biais des réseaux sociaux des juniors. Se dire, s’afficher par l’outil des technologies de l’information, la communication est un phénomène en pleine explosion.
Le blog de réseau social surtout est un site Internet interactif sur lequel le jeune met le contenu évolutif multimédia qu’il veut. Selon ses humeurs, en recueillant les réactions, avis de ses copains, des autres juniors internautes. Avec les réponses de sa part qu’il juge appropriées-396. Le système français d’information, de communication, consultation, d’étude, de colloques des jeunes est donc varié. Réseaux territoriaux, nationaux d’Informations Jeunesse, Internet pour juniors, consultations ponctuelles des jeunes par les pouvoirs publics. Sondages d’opinion auprès des juniors par les instituts spécialisés, grands organismes…
Travaux de recherche, d’analyse, conférences, symposiums. Également médias, articles, reportages et émissions « à thématiques Jeunesse ». Cela a certes le mérite d’exister et d’informer au mieux les jeunes eux-mêmes, le public sur les juniors. Toutefois l’ensemble reste disparate, conjoncturel, manque de coordination, d’efficacité. Il est souvent fort limité, parcellaire, voire bien trop partial. Une meilleure clairvoyance, objectivité, une modernisation, mise en cohérence d’ensemble s’imposent. Les émissions médiatiques laissent trop peu de place, visibilité à l’expression personnelle et libre des jeunes.
Des efforts s’imposent ! Les travaux de tous genres sur les juniors sont moins rares que par le passé. Il reste à en appliquer la meilleure quintessence sur le terrain. Au profit direct des intéressés eux-mêmes, les jeunes. L’ensemble des publications et livres sur les quinze – vingt-quatre ans reste indigent comparé à la grande masse de ce qui paraît sur l’enfance. Les spécialistes restent peu nombreux. Ils se focalisent trop encore en priorité en psychologie, sociologie, sciences de l’éducation, droit et santé sur la minorité « pathologique », non la majorité « ordinaire ». Telle est la situation prévalant encore en France à ce jour.
Un spectacle national en solo en 2011 s’intitule : Je hais les jeunes. L’humoriste P. Laffont, (1939-2024), soixante-douze ans y stigmatise les travers réels ou supposés des juniors. La volonté dominante de pseudo-adultes à rester jeunes et le plus longtemps possible. La complaisance coupable, excessive dont ils feraient preuve à l’encontre de leurs rejetons. Dans le même temps en ce qu’il qualifie lui-même de « Young Man Show » l’humoriste K. Adams, vingt ans dénonce les dérives avérées ou potentielles des mêmes adultes. À l’égard des juniors. Les deux artistes français ont du talent, relèvent des vérités croisées certaines.
Tant quant aux jeunes que concernant leurs aînés. Toutefois les propos du jeune saltimbanque semblent plus fondés, crédibles que ceux de son aîné. De fait la société, les adultes ont la jeunesse qu’ils méritent puisqu’ils l’ont eux-mêmes façonnée, éduquée à leur image. N’inversons pas les rôles. Si d’aventure nos cadets ont tant de « lourds défauts » potentiels c’est que leurs devanciers n’ont pas su, pu ni voulu en faire des humains « acceptables ». Il s’agit de ne s’en prendre qu’aux éducateurs des plus défaillants, non aux « éduqués ratés » par leurs mauvais soins ! Ne reprochons pas aux jeunes « innocents » nos propres médiocres échecs pédagogiques.
Ils n’en sont nullement responsables. Les juniors sont ce que nous en faisons. Si les adultes n’en sont pas satisfaits ils n’ont qu’à bien vite se remettre en cause, changer positivement et favorablement. Pour que leur descendance puisse être en mesure de le faire de même. Mieux répondre aux attentes des aînés. Les failles des jeunes sont avant tout celles des adultes comme nous le constatons bien souvent en la relation d’aide aux juniors-397. C’est pourquoi la critique si négative des adultes par les jeunes est toujours plus pertinente que celle des juniors par leurs devanciers.
Les observateurs avisés constatent de surplus que les adultes sont toujours globalement bien plus critiques, négatifs à l’égard des jeunes que l’inverse. Ironie du sort car nos juniors ont certainement toujours plus de motifs à plaintes justes, légitimes et fondées à l’encontre de leurs aînés que l’inverse-398. « Quoi qu’il arrive la flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre » ! (C. de Gaulle, homme d’État français, 1890-1970, Discours du 18 juin 1940, radio Bbc, Londres, Royaume-Uni)-399. En matière éducative adulte à l’égard des jeunes autant qu’en conflits armés, guerres d’occupation. Ce qui signifie donc nul laxisme démagogique ni tyrannie autoritariste adultes systématiques. Ni « laisser-aller ni terrorisme ».
Il y a les jeunesses en vertu de « critères différentiels » discriminants selon les domaines de vie concernés. Culturels, éducatifs, socioéconomiques… Il y a tout autant la jeunesse avec ses facteurs communs très unificateurs. Mentalités et mœurs, goûts, pratiques et comportements existentiels. À vingt ans 55,9 pour cent des jeunes sont en études ou formation. 84,6 pour cent entre quinze et dix-neuf ans. 35,2 pour cent entre vingt et vingt-quatre ans.
À vingt ans 28,4 pour cent sont actifs occupés. 9,9 pour cent entre quinze et dix-neuf ans. 46,9 pour cent entre vingt et vingt-quatre ans. À vingt ans 10,3 pour cent sont des chômeurs. 3,3 pour cent entre quinze et dix-neuf ans. 10,3 pour cent entre vingt et vingt-quatre ans. À vingt ans 5,4 pour cent sont autres inactifs. 2,2 pour cent entre quinze et dix-neuf ans. 7,6 pour cent entre vingt et vingt-quatre ans. À vingt ans 61,3 pour cent sont inactifs. 86,8 pour cent entre quinze et dix-neuf ans. 42,8 pour cent le sont entre les vingt et vingt-quatre ans. (Insee, France, 2007)-400.
Au Royaume de la Musique les familles instrumentales s’ignorent et sont séparées. Or, peu à peu de façon fortuite puis volontaire elles se rencontrent, apprennent à se connaître, se comprendre et s’entendre. Ainsi instruments à cordes, à vent, de percussion finissent par former un seul et grand ensemble orchestral. Produisant alors la plus belle et harmonieuse des musiques. Pour le plus grand plaisir des mélomanes les plus avertis.
(Piccolo, Saxo et Compagnie ou la Petite Histoire d’un grand orchestre, conte musical pédagogique, France, 1956. J. Broussolle, 1920-1984, auteur, compositeur, interprète français : scénario. A. Popp, 1924-2014, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre français : musique. F. Périer, 1919-2002, acteur français : narration). De même nombre de jeunes ne se connaissent pas par indifférence, ignorance, habitude ou encore préjugés, manque d’occasions. Il existe une Jeunesse mais aussi des jeunes et des jeunesses. Chaque junior est unique et différent.
En outre divers types de milieux, de groupes, de « familles » juvéniles figurent dans la vaste galaxie des préadultes. Or, « Il n’y a richesse ni force que d’hommes ». (J. Bodin, jurisconsulte, politiste, philosophe, France, 1530-1596, Les Six Livres de la République, essai de sciences politiques, France, 1576). Garçons ou filles, élèves du secondaire, étudiants ou actifs, adolescents ou jeunes, riches ou pauvres, bien portants ou souffrants, en réussite ou échec, brillants ou plus ternes… Que tous s’unissent, échangent, partagent, faisant vivifier tant leurs similitudes que dissemblances en unité, non dissensions. Pour qu’il y ait plus une Jeunesse que des jeunesses dans le plein respect des nécessaires et positives différences. Ainsi les jeunes défendront mieux leur authentique intérêt commun bien senti ! Car :
« Toute puissance est faible à moins que d’être unie ».
(J. de La Fontaine, moraliste français, 1621-1695, Le Vieillard et ses enfants, Livre IV, Fable 18, récit de morale de vie, France, 1668).

– Vos Juvéniles Affiliations –
Compétences Anthropologiques
En France votre jeunesse reste encore considérée comme une quasi « maladie », l’apanage de la médecine notamment psychiatrique. Ce qui constitue un anachronisme largement obsolète. Un grand organe scientifique de réflexion jeunologique transversale, pluridisciplinaire fait toujours défaut à ce pays. Nous avons déjà vu à quel point vous, jeune, avez toujours soif de reconnaissance, dialogues, d’échanges, affirmation de vous-même.
Comme vous aviez fort su vous approprier avec brio les technologies de l’information, la communication. Tout particulièrement avec vos « blogs Facebook » et autres comme TikTok dont l’immense majorité sont le fait de votre génération-401. La structuration et l’organisation spatio-temporelles, personnelles et d’action de votre vie quotidienne de jeune sont spécifiques. Votre emploi du temps juvénile se répartit invariablement entre le sommeil, les moments de repos, de soins, d’hygiène corporels. Les habillages et déshabillages, les actes de santé, repas, le travail scolaire et professionnel…
S’ajoutent les trajets, déplacements, tâches domestiques, achats, loisirs récréatifs, culturels, de détente, les engagements d’adhésions, personnels. La vie relationnelle familiale, amicale, amoureuse, sociale. Les multiples communications notamment téléphoniques, informatiques, les fins de semaines, vacances, voyages… L’ensemble en une division du temps journalière, hebdomadaire, mensuelle et annuelle, spatiale, personnelle et d’activité. Dans les différents théâtres d’opération en lesquels les interventions des jeunes se déroulent.
Domicile personnel ou familial, celui des autres lieux de soins, de restauration, d’études, d’emploi. Les moyens de transports, espaces de loisirs et villégiatures… Une étude attentive de l’emploi du temps habituel des treize – vingt-quatre ans nous apprend l’importance des plages de sommeil, de repos. Les longs moments réservés aux soins corporels, choix du style de la vêture ou le temps insuffisant accordé à la santé. Le peu de moments passés à table pour se nourrir, les jeunes préférant les repas rapides, « sur le pouce ». Également les instants supérieurs en durée consacrés au seul travail scolaire. En un pays où les jeunes y ont de fort lourds horaires.
Comparativement à celui que les adultes donnent à leur emploi professionnel. L’important volume temporel accordé aux achats-plaisir de toutes sortes. Également un moindre temps réservé aux engagements idéologiques, spirituels. Des moments de transports en moyenne assez élevés et des tâches domestiques réduites à la portion congrue notamment pour les garçons. En revanche plus qu’à tous autres âges retraités exceptés une vie très intense, dense de polyloisirs et relationnelle. De maximales plages horaires pour les communications, fins de semaine, vacances, voyages.
Quelles sont donc les plus grandes caractéristiques communément accolées à cette jeunesse ? Serait-elle « vertus ou vices », « victime ou coupable », « dynamisme ou apathie », « prospérité ou marasme » ? Les réelles qualités et l’apport propre des jeunes sont éminents. Ils contribuent non seulement à l’enrichissement extrême de la nouvelle génération elle-même mais aussi tout autant à la collectivité sociétale, nationale tout entière. Générosité, idéal, ouverture, anticonformismes, humour, envie de croire malgré tout qu’un monde meilleur est peut-être encore possible…
Nous prenons garde à ne pas pour autant oublier les défauts, travers qui peuvent également caractériser la jeunesse. Instabilité, impatience, violence, paresse, laisser-aller, manque de projection… La néogénération contemporaine s’est tout à la fois unifiée par sa communauté générationnelle, de scolarisation, goûts, consumérisme matériel, des loisirs. Désagrégée par les atteintes de la crise socioéconomique et morale qui « sévit » depuis déjà quarante ans ! Renforçant les plus favorisés, fragilisant les classes moyennes, « sacrifiant » totalement les plus démunis.
Les adultes ont fort tendance à ne jamais appréhender les jeunes en tant qu’individus différenciés. Plutôt comme entités ayant pour seule caractéristique la jeunesse. Cela induit que les qualités, défauts éventuels ne sont pas tant ceux des sujets concernés mais de leur nature de jeune. L’individu disparaît derrière sa catégorisation. Ce n’est pas lui qui est valable ou non or, sa seule tranche d’âge. En la matière la défaillance mise au débit l’emporte bien trop souvent sur la vertu créditée. En l’Avant-guerre, (années 1930) la prospérité des Trente Glorieuses (1945-1975), la jeunesse est considérée comme avant tout coupable de laisser-aller, débordements.
En droit-fil de la noire vision du dix-neuvième siècle. Apaches (1900/1910), sacrifiés (1920/1930), zazous (1940), blousons noirs, beatniks (1950). Puis hooligans, yéyés, hippies (1960), babas cools (1970), punks (1980), skinheads et zoulous (1990), post gores, trash, grunges (2000), gothiques (2010). Tous ont été épouvantails juvéniles. Depuis la forte dépression économique des années 1970 les jeunes sont plutôt considérés comme des « victimes de la crise », mis à l’écart. Si l’on reconnaît aux juniors des « qualités » intrinsèques de dynamisme, il leur est plus encore et toujours reproché une apathie réelle ou supposée caractéristique.
La jeunesse fait envie quand elle est florissante. Pitié si elle est en péril. Peur lorsqu’elle semble menaçante. « Embarrasse » dès lors qu’elle est perçue tel un encombrant fardeau. Vraies compréhensions et réelle bienveillance en fermeté et justice sont bien plus parcimonieuses. La société adulte éprouve les pires difficultés à reconnaître aux jeunes les grandes qualités qui sont les leurs. Tout comme leur apport propre, original, positif. Dynamisme, volontarisme, enthousiasme, créativité et disponibilité, ouverture d’esprit. Novateurs renouvellements et anticonformismes, comme vivacités d’esprit juvéniles…
Les juniors peuvent aussi se révéler très impatients, inconstants, désordonnés, futiles, sans rigueur et frondeurs… De façon néogénérationnelle ils ont « les qualités de leurs défauts, les pleins défauts de leurs qualités ». Les principales compétences sociales des jeunes si nécessaires à leur bonne préparation à la vie adulte peuvent être résumées en une dizaine de caractéristiques précises. « Souveraineté plus affirmée face aux adultes. Préparation d’un métier. Entraînements à l’autonomie matérielle. Projet de fondation ultérieure d’une famille à soi horizontale.
Civisme. Civilité sociale. Système de valeurs morales propres. Distanciation d’avec les pairs. Identité sexuelle assumée. Aisance corporelle complète »-402. Par rapport à l’enfant l’adolescent, le jeune sont fort capables, osent s’affirmer comme entités humaines souveraines face aux adultes. Ils deviennent aptes à avoir choisi une profession donnée, se doter de tous les moyens d’y parvenir. Ils se mettent aussi en voie d’autonomie économique. Ils envisagent à leur tour de se lier à un conjoint, fonder une famille avec des enfants. Ils connaissent les codes civiques, participent ou prendront part à la vie publique de leur pays.
Ils respectent les règles de bon comportement social nécessaires à la concorde adéquate entre tous les membres d’une même société. La jeunesse est avant tout une préparation à l’adultisme. Être adulte est bien plus difficile à définir, réaliser qu’auparavant. Il y a encore quelques décennies devenir mature consistait à franchir cinq grandes étapes successives en ordre immuable bien synchronisé. Terminer ses études. Trouver un travail stable. Quitter ses parents, acquérir un logement propre si ce n’était déjà fait. Rencontrer son partenaire affectif durable. Fonder à son tour une famille-403.
La crise socioéconomique issue des années 1970 a bouleversé de fond en comble, brisé net cette classique donne rationnelle. De plus en plus d’étudiants, de lycéens même désormais la majorité travaillent en petit emploi lors de leurs études ou congés, partiellement ou non, par nécessité économique. Ces cinq étapes de la maturité, l’indépendance ne sont plus des rites de passage. Ni évolutions successives, linéaires, organisées, synchronisées. Depuis un demi-siècle en Occident notamment depuis la décennie 1990, l’accès à l’adultisme est retardé par l’avancée des études. (Galland, 2011, 2017).
Les deux tiers des jeunes occidentaux de moins de trente ans sont scolarisés. Les trois quarts des juniors de quinze – vingt-quatre ans sont en formation. Plus de la moitié des jeunes de dix-huit – vingt-quatre ans sont étudiants de l’enseignement supérieur. Les jeunes nord-américains et nord-européens en études et occupant aussi un emploi sont infiniment plus nombreux que tous les autres jeunes occidentaux. Les jeunes scolarisés vivent plus souvent chez leurs parents que les jeunes actifs. La poursuite avancée des formations reporte donc la décohabitation familiale verticale.
La mise en couple et la fondation d’une nouvelle famille nucléaire horizontale. Les jeunes nord-américains, comme scandinaves quittent leur famille d’origine plus tôt. Ceux d’Europe du Sud bien plus tard. Les autres juniors européens sont à un stade médian. Les raisons sont culturelles, structurelles, matérielles. Les États du Nord favorisent plus l’autonomie précoce des jeunes. Ceux du Sud la dépendance familiale. Les autres dont la France sont « intermédiaires ». Schématiquement le Sud promeut le soutien familial. Le Nord les aides publiques. Le junior nordique voit favoriser son autonomie propre.
L’Europe continentale est en un entre-deux mixte d’assistance familiale, comme collective notamment en France. Corrélativement l’entrée en l’emploi stable de type adulte, comme la stabilisation affective et la procréation sont reportées dans le temps. Le temps séparant la fin définitive des études et le premier logement autonome s’est fort réduit. Les durées entre l’achèvement des formations et la naissance du premier enfant ont crû aussi très nettement. Ce dernier est désormais conçu en moyenne seulement au début de la trentaine.
L’entrée dans l’emploi n’est pas seulement retardée du fait de plus d’études mais aussi par plus de chômage, précarité, déqualification. Inemploi, travail instable, comme sous-payé. L’emploi des jeunes est devenu une pure variable d’ajustement économique. Ils ne sont que simples prétendants-demandeurs face à des parvenus-détenteurs adultes dominants. Les juniors de l’Occident septentrional sont moins touchés étant en système d’emploi ouvert que ceux du Sud en système d’emploi « fermé ». Les jeunes d’aujourd’hui commencent donc leur carrière professionnelle plus bas et tard que la génération de leurs parents, aussi grands-parents.
Leurs diplômes sont dévalués et leurs détenteurs déclassés. Ils finissent par « rattraper » tardivement leurs retards sur la durée au prix de difficultés, d’efforts accrus. Les diplômes d’enseignement supérieur restent une réelle protection contre le chômage, la précarisation, le déclassement. Surtout ceux des Grandes écoles, comme des deuxième, troisième cycles universitaires. À un degré moindre que par le passé. La socialisation juvénile n’est plus identificatoire, précoce mais expérimentale, retardée. (Galland, 2011, 2017)-404.
L’autonomie du jeune est émotionnelle : se distancier des liens affectifs familiaux verticaux. Comportementale : libre autodétermination absolue. Cognitive : liberté de pensée, jugements, d’opinions. (Cloutier et al., 2008, 2015)-405. Jusqu’aux années 1960 les études se limitent dans le temps, ne concernent qu’une petite minorité de jeunes. L’accès à l’emploi est aisé, rapide. Depuis vingt-cinq ans elles ne cessent de s’allonger, concernent l’ensemble d’une génération. L’entrée en la vie active n’en est plus par ce fait l’aboutissement le plus direct. Les parcours se sont fort complexifiés.
Bien souvent l’on observe une difficile période de transition intermédiaire de plus en plus longue entre la formation proprement dite et le premier emploi. De même aussi le départ du domicile parental, la vie maritale suivaient assez rapidement la fin des études, l’entrée en l’emploi. Aujourd’hui le choix d’un habitat autonome, surtout la stabilisation affective ne sont plus liés à l’obtention d’un travail. Même de bon niveau et à durée indéterminée. En outre l’inactivité et l’incertitude professionnelles de très nombreux jeunes s’y opposent.
De façon prolongée en l’instabilité, comme la précarisation les plus inacceptables. Alors l’autonomie professionnelle, affective, résidentielle des juniors est limitée et retardée dans le temps. La prolongation scolaire est pour nombre d’entre eux artificielle, sans objet ni motivation. La société est peu encline à permettre aux jeunes d’accéder aux vraies responsabilités. Elle en enferme alors une bonne part en des « formations-impasse » aux débouchés plus qu’incertains. Au prix de l’exclusion durable la plus sévère, inique. Les jeunes ne disposent pas d’un statut social propre, à part entière et pleinement reconnu. Ils sont « inexistants » !
Ils ne sont que de subalternes consommateurs : d’éducation, de biens courants, de loisirs. Deux « identités » traditionnelles fort limitées leur sont octroyées depuis que l’adolescence, la jeunesse modernes existent, c’est-à-dire un seul demi-siècle. Surmonter des souffrances, difficultés et obstacles d’adaptation à l’âge adulte d’une part. Se former aux rôles du futur travailleur par le biais des études de l’autre. Même le simple statut de scolarisé : d’élève du secondaire, d’étudiant du supérieur reste indéfini, « diaphane ». La place des jeunes en leur société est des plus réduites, précaires et malaisées.
Les juniors sont alors privés d’une existence sociale propre. Ils n’ont donc aucun statut défini. Un triple rôle social fort limité est d’autorité imparti à la néogénération. Étudier scolairement, consommer des biens, loisirs, s’amuser de façon ludique, conviviale entre pairs. Ils sont consubstantiellement faits croit-on pour apprendre, constituer un débouché commercial, « profiter de la vie ». Les adultes ne veulent pas du tout les reconnaître autrement. Alors les juniors tristement s’occupent, s’ennuient, protestent en vain comme ils le peuvent. Le jeune devient le scolarisé type par excellence puisque ses études se prolongent « à l’infini » et pour un bénéfice bien moindre.
L’ensemble d’une classe d’âge est désormais concernée par le fait éducatif en sa quasi-totalité. L’adolescent est aussi prescripteur, acteur de consommation mercantile, récréative. De fait son pouvoir d’achat a augmenté de façon « exponentielle ». Il s’agit du principal rôle social qui lui est imparti avec celui d’étudier. L’on assiste en réalité à un gâchis organisé, immense et prémédité. La jeunesse se voit confinée à un rôle social des plus étriqués. Peu gratifiée par l’emploi elle est assujettie aux mornes études, l’économie capte toujours plus ses moyens financiers.
Les autres sphères de réalisation lui sont barrées. L’épanouissement du jeune souffre de cette exclusion si institutionnalisée. La société se sert de ce temps d’attente forcé pour asseoir son contrôle. Le tenir loin d’un « emploi-chasse gardée » pour les seuls adultes-406. La socialisation de nos jeunes est de plus en plus hypothétique. Car les grands pôles qui sont chargés de l’assurer sont de plus en plus déstabilisés, défaillants. Famille, école, entreprise, relations interhumaines mais aussi récréations, culture, valeurs morales épanouissantes sont en tourmente, remaniement. En « désordre » qui nuit au jeune.
Elles ne savent plus véritablement bien « faire grandir » nos juniors. Par rapport à l’enfant le jeune est plus libre, autonome mais il s’agit d’une « latitude sous surveillance ». Pour user d’une métaphore juridique l’enfant subissait un contrôle « préventif, a priori ». Le jeune « correctif, a posteriori ». L’enfant est contrôlé de façon « déconcentrée », l’adolescent sur le mode « décentralisé ». Or, dans les deux cas l’adulte « superviseur » demeure fort des plus « unitaires », jamais « fédéral ». Tel le Revizor saint-pétersbourgeois, (Comédie théâtrale russe, 1836), de l’écrivain N. Gogol. (Russie, 1809-1852)-407.
En réalité les jeunes sont plus que jamais « ghettoïsés » en tant que groupe néogénérationnel. Au sein même de leur propre société. Si peu encouragée, aidée par ses aînés à s’engager tôt en l’ensemble des arcanes de la responsabilité sociale, la jeunesse a tendance à se replier sur elle-même. En une sorte de « ghetto générationnel ». Pourtant elle ne souhaite plus telle ses devancières « détruire le système existant » pour en établir un autre. Son but est de s’insérer au mieux en sa société « ici et maintenant et telle qu’elle est ». Non plus de progresser socialement, crise oblige mais au minimum de ne pas « régresser, déroger », être déclassée.
Quitte à amender ce qui peut l’être encore de façon positive, valable, constructive. Déçus par l’univers adulte et ses défaillances les jeunes recherchent réconfort, harmonie auprès de leurs semblables. Crédités de plus de compréhension, d’idéal par similitude, mimétisme que les adultes. La société des pairs, l’amitié acquièrent aux yeux de tout jeune une vertu cardinale dispensatrice de compensations, sociabilité d’attente. Puisque l’aire adulte demeure pour longtemps inaccessible, des plus hostiles. Le danger d’une telle tentation est une déconnexion du réel, une « crispation irréductible ».
Un appauvrissement propre à tout communautarisme particulariste exacerbé. Le processus de maturité vers l’adultisme plein et entier risque d’être encore plus retardé, malaisé, incomplet, comme hypothétique. L’accès à la sagesse ne peut jamais s’accommoder de l’incapacité à l’ouverture totale sur le monde, la pleine coopération fructueuse entre tous ses membres. Les comparatifs internationaux de socialisation, d’intégration des jeunes occidentaux établissent un fait des plus majeurs. L’insertion sociale des juniors en Amérique et Europe du Nord et de l’Ouest demeure plus aisée qu’en Europe du Sud et de l’Est. Concernant tous les paramètres intégratifs afférents.
En dépit de rapprochements et d’uniformisations depuis quelques décennies. Les jeunes développent leur propre système de valeurs éthiques, morales. Ils existent par eux-mêmes sans inféodation fusionnelle ni mimétique aucune au groupe des pairs. Ils acceptent, vivent harmonieusement leur identité sexuelle masculine ou féminine. Ils sont fort à l’aise avec leur corps et son plein maniement. Redisons les cinq grands attributs fondamentaux sociaux qui contribuent à la réussite de la jeunesse. L’expérimentation par soi-même. Le renforcement de soi. La gratification de ses efforts, réussites.
Reconnaître les autres et l’être par autrui. L’amour de soi, celui donné aux autres, celui venant d’autrui. À l’issue de leurs études les jeunes ne trouvent pas illico un emploi stable et correspondant à leur qualification. Ils sont contraints de prolonger leur domiciliation parentale, familiale. Ils n’ont pas toujours forcément une vie de couple à proprement parler. Ils repoussent alors conséquemment leur paternité, maternité à plus tard, en moyenne autour de la trentaine. Sans compter les va-et-vient entre des situations de type adulte et non adulte et l’expérimentation des étapes de vie induites.
Celles que nous venons de décrire en un autre ordre. Par exemple l’on peut avoir un travail, continuer de vivre chez ses parents, être encore en études tout en ayant des enfants… La finalité des études, la viabilité du projet professionnel de chaque jeune, l’adéquation entre la formation et l’emploi peuvent être derechef reconsidérées. La part réservée au hasard, à l’improvisation, l’échec se doit d’être minorée. Toute formation peut être alors menée à bon escient et déboucher sur un vrai parcours professionnel stable mûrement préparé, réfléchi. L’avenir du jeune ne saurait se jouer au gré des circonstances. Cela est un non-sens.
Il est parfaitement indispensable que les jeunes qui le souhaitent occupent un emploi. Soient en mesure d’accéder à un logement autonome décent. Puissent avoir les moyens de fonder un foyer. Il est du devoir de la collectivité de favoriser l’autonomie d’habitat juvénile par des mesures adaptées. De même ceux qui voudront fonder une famille doivent y être aidés par la collectivité, des mesures fiscales idoines et des allocations plus adéquates. L’impératif d’une société ne saurait être de refouler sa jeunesse aux confins de son empire, l’exclure de la vie normale. Il est de l’intégrer à l’essentiel holiste de ce qui façonne, construit, enrichit.
Les jeunes ne peuvent plus être mis « en attente » indéfinie mais se voir proposer de vraies formations utiles. Des stages de qualification plus authentiques, de réels débouchés d’emploi. Sinon nulle réelle insertion sociale très solide ni durable n’est plus possible. Ainsi l’adultisme sera décalé dans le temps. Avant 1980 l’on pouvait qualifier les treize – dix-neuf ans d’adolescents, les vingt – vingt-cinq ans de jeunes adultes. Depuis lors, aujourd’hui les attributs de l’adultisme faisant défaut bien plus longtemps ce dernier n’existe véritablement qu’après vingt-cinq, surtout trente ans.
L’on qualifiera les treize – dix-huit ans d’adolescents, les dix-neuf – vingt-quatre de jeunes. Les jeunes adultes étant désormais les plus de vingt-cinq, surtout trente ans. Tout cela fait que la jeunesse n’a aucun statut significatif qui lui soit spécifique. Elle est enfermée en un morne entre-deux indéfini qui est celui des études, de la récréativité. C’est-à-dire rien de réellement consistant, à « rentabilité » certaine. Le junior est transparent, inexistant et invisible dans la société qui est pourtant la sienne. Les jeunes sont pourtant « heureux » de prolonger la relative insouciance de leur jeunesse par hédonisme.
Ils en souffrent également par sentiment d’abandon et d’inutilité. 73 pour cent des juniors jugent utile de proposer aujourd’hui une « Journée de l’Adolescent » qui leur soit consacrée. (Pfizer, France, 2008)-408. L’on ne peut plus enfermer le jeune en un « carcan » débilitant de nature si exclusivement consumériste, d’apprentissage. Il est naturel qu’il puisse avant tout recevoir pour « se construire ». Toutefois il peut aussi beaucoup donner si l’on lui en laisse l’occasion.
Il s’agit de le mettre en situation de le faire. Ainsi peut-il transmettre à plus jeunes que lui ou même à ses aînés car il maîtrise des « savoir-faire » propres fort utiles pour la collectivité. Les jeunes requièrent d’être mieux gratifiés, plus épanouis en leur état d’élèves ou d’étudiants. Leur statut de scolarisés se doit d’être élargi, mieux défini, reconnu. Il s’agit de revaloriser l’ensemble de la « condition collégienne, lycéenne, étudiante ». En élaborant un authentique « statut de l’usager du système d’enseignement national ». Lequel fait encore si cruellement défaut.
Les droits et devoirs des élèves requièrent d’être redéfinis. Les prérogatives subséquentes notablement élargies par justice, réalisme. La jeunesse mérite de se voir conférer un rôle, une place et un statut authentiques, accrus au sein de la société. Cette dernière attend du jeune de treize – vingt-quatre ans une capacité d’autonomie, aptitude de socialisation. La souveraineté juvénile sera d’abord cognitive, émotionnelle et comportementale. Les obsolètes dépendances affectives infantiles notamment aux parents laissent ensuite place à des attachements et sentiments propres plus indépendants.
À l’égard de nouvelles figures électives et librement choisies. Il y a distanciation, dissociation sentimentales. Les parents disparaissent à tout jamais du « champ de proximité, de vision » psychoaffectif immédiat, quotidien des jeunes. La plupart des juniors ont de bonnes relations avec leurs parents, ce lien harmonieux consolide l’indépendance émotionnelle. La capacité juvénile de décider à bon escient progresse au fur et à mesure du mûrissement des aptitudes cognitives. Tous les paramètres impliqués par un acte de décision sont mieux appréhendés. C’est à la jeunesse que la bonne coordination des pensées, émotions et actes commence pleinement à s’optimiser.
Entre treize et vingt-quatre ans les influences, le poids, comme l’acceptation des pressions des parents, des pairs néogénérationnels sur et par les jeunes décroît. Car l’autonomie décisionnaire, comportementale progresse peu à peu au gré de l’indépendance émotionnelle et d’identité juvénile. Le jeune est désormais souverain, s’affirme, impose ses choix quoi qu’il arrive. Quel que soit l’interlocuteur, le contradicteur, le compétiteur. Le respect de soi, sa volonté propre, sa vision de soi l’emportent chez la plupart des juniors sur l’impression que l’on veut donner de soi à autrui.
L’affirmation de soi et de ses actes se suffit à elle-même quels qu’en puissent être les effets subséquents. Notamment d’exclusion, de rétorsion en faisant fi d’eux. Parents et pairs restent influents mais le junior module et décide lui-même quant à l’étendue, la nature, l’impact de cette influence. Au cas par cas selon domaines et choses concernés. Le jeune plus apte à de bonnes compétences sociales est heureux de vivre. Libre, souverain. Ouvert sur le monde, autrui. A un bon relationnel. Est inséré. Agit et collabore en sa communauté. Respecte les autres. N’est pas isolé, ne se sent pas exclu.
Est très apprécié et recherché par ses pairs. Sait défendre sa personne, ses actes, choix, inclinations, désirs, besoins. Sait bien s’imposer, mieux se défendre. Peut être indifférent aux pressions. Manifester désapprobations, oppositions sans nuire. Dépasser ses déceptions. Résoudre des différends sans « heurts ». Être sensible aux malheurs d’autrui… Peterson, Leigh (1990) isolent trois grands vecteurs de compétences sociales des jeunes. Les capacités internes. La balance entre sociabilité et personnalité. Les pleins savoir-faire sociaux avec les semblables. Les ressorts intérieurs ont trait à l’estime de soi, à la bonne conscience de la performance individuelle.
À la cognition sociale, à l’aptitude à dépasser toutes les difficultés relationnelles. Sans estime de soi il n’y a pas de confiance en soi, d’affirmation de soi, de possibilité d’intégration sociale réussie avec autrui. Les garçons y parviennent mieux que les filles. L’idée de capacité propre permet la conviction de maîtrise de son destin, de réalisation des objectifs auto impartis. La cognition sociale est la compassion : être capable de souffrir avec l’autre de ce qui le blesse. L’empathie : pouvoir se mettre « en la position d’autrui ». Le comprendre, soutenir, consoler, encourager. De façon « inconditionnelle, comme oblative ».
La congruence : adéquation, spontanéité, simplicité. L’habileté interpersonnelle consiste à être ouvert aux aléas existentiels. Bien interpréter les écueils de son environnement. Détenir des solutions. Envisager des desseins. Anticiper les impacts induits. Maîtriser les tenants et aboutissants structurels et conjoncturels d’une situation sociale déterminée-409. Selon Shure (1981). L’équilibre entre sociabilité et individualité implique une réelle capacité relationnelle à autrui. Ainsi qu’une autonomie d’action sans être « à la remorque » de quiconque. Il y a alors totales harmonies entre le moi intérieur et les impératifs allogènes d’autrui.
Les compétences sociales avec les pairs impliquent de pouvoir appliquer les qualités personnelles, l’équilibre adéquat entre sociabilité et individualité. Dans les liens aux congénères juvéniles. Cette « transmutation » s’accomplit avec plus ou moins de bonheurs. En fonction des ressources propres du jeune, comme des attentes de ses semblables-410. En outre les critères, canons anatomiques, physiques entrent en jeu. Pour qualifier ou disqualifier socialement le junior à ses yeux, ceux d’autrui. Une plastique irréprochable attire, valorise, séduit, prédispose toujours des plus favorablement. (Cloutier et al., 2008, 2015).
Un physique désavantagé est plutôt répulsif. Chez les juniors ce critère purement matériel est encore plus important que chez les adultes. « Tel style est in, tel autre out ». Les jeunes lient apparences formelles et valeur, qualité intrinsèques de la personne. Estime, confiance, affirmation de soi en dépendent prioritairement au détriment de la valeur morale générale humaine. Avec tous les aléas ravageurs que cela comporte-411. De fait si l’adolescence est l’âge des ouvertures optimum d’esprit il s’agit tout autant aussi de celui des pires préjugés, intolérances, rejets.
À l’âge de l’originalité juvénile mais aussi de tous les conformismes, normativités, codes. Tout jeune sait qu’il a tout intérêt à répondre aux attentes de ses pairs et à « se couler dans le moule » des strictes lois d’observance de toute règle. Telle qu’établie par le groupe, l’usage dominants. Malheur au déviant dissident. Il sera sans pitié sanctionné, « mis au ban ». À l’inverse honneur et gloire au jeune populaire attractif qui sera fort adulé. La jeunesse est toute radicalité : « adoration ou détestation ». Entre les deux invariablement, impitoyablement : rien, « pas de quartier » !
– Adultisme Dominant, Votre Juvénile –
« Dés/Adaptation Sociétale »
En tant que « corps essentiel à la nation » au même titre que les autres autant voire plus vous, jeune, ne pouvez qu’être reconnu. Cela passe par des structures collégiales représentatives en tous domaines notamment économique. Par leur entremise vous pouvez véritablement être en mesure de faire entendre votre voix, d’agir en liberté. Pour assurer votre intégration sociétale vos traditionnels grands pôles de socialisation font désormais défaut. Votre famille devient évanescente et laisse nombre de ses enfants en déshérences.
L’école ne garantit plus grand-chose à ses élèves. Tout juste parvient-elle à inculquer un certain bagage de base or, « bien léger par traversée de gros temps ». L’emploi reste désespérément aux « abonnés absents » pour les juniors. La sphère des loisirs, culturelle, idéologique, morale perd de sa consistance, déçoit la néogénération par son affadissement. Depuis cinquante ans les jeunes bénéficient d’une plus grande sociabilité juvénile catégorielle. Au sein d’un petit monde qui leur est propre entre pairs, qui leur convient-412. En « microcosme junior ».
Ils sont plus que jamais par les aléas très difficiles du temps conditionnés, dépendants et subordonnés au bon vouloir de leurs aînés. Ces derniers détiennent le monopole des leviers de commande, ne condescendent qu’à l’octroi de l’insignifiant, du médiocre. Quand il s’agit de confier des responsabilités réelles, d’accorder une confiance le pragmatisme se doit de l’emporter. Il s’agit alors de rejeter les préjugés d’âge, d’expérience. Les qualités propres à la jeunesse de dynamisme, d’innovation peuvent être mieux valorisées, validées.
Le jeune pourra alors cesser d’inquiéter et de faire si peur pour être apprécié à sa plus juste valeur. Il possède en lui-même des trésors d’inventivité à activer en l’intérêt général de l’ensemble du corps social. Le système socioculturel et économique français se doit d’être moins rigide, en particulier pour les juniors. Il s’agit que tous ceux qui le souhaitent en aient les capacités, soient mis en mesure d’exprimer leurs atouts quels qu’ils soient. Sans autres freins, limites que le talent, la créativité, l’énergie. En France le jeune âge demeure bien trop discriminant.
Les aides publiques, privées seront plus adéquates. Le statut juridique de mineur ne peut en aucun cas constituer un obstacle pour réaliser, réussir. Tout jeune peut être moins coupé de la vie réelle par un système éducatif, social, économique moins étouffant. Celui-ci l’étrangle de toute part, l’empêche de se réaliser dès lors et quand il sera adulte. Il s’agit de développer des structures plus souples de type cogéré, autogéré comme le Lycée Autogéré de Paris (1982). Ce modèle de libre entreprise juvénile permet de mieux se responsabiliser, plus prospérer et s’épanouir en pleine initiative et autonomie.
Les jeunes se doivent de plus participer à leur société que la fuir. Ils méritent d’être gratifiés d’accueil, de compréhension pour ne pas s’enfermer en un ghetto uniforme. Il convient de décloisonner tous les clivages générationnels artificiels. Pour que les cadets puissent prendre toute leur part à l’édification du monde. Il appartient aux adultes d’aller à leur rencontre, de les encourager à s’exprimer et œuvrer à leur pleine mesure spécifique au bien et à l’idéal communs. En l’intérêt de tous.
Les bénéfices affectifs, amicaux que les jeunes retirent des liens noués avec leurs pairs au sein de leur cohorte d’appartenance participent à leur construction de maturité. Ils sont à favoriser, étendre très largement. Toutefois des rapports intergénérationnels plus riches et variés sont aussi tout particulièrement nécessaires à l’épanouissement, l’élaboration de la personnalité juvénile. Il importe de les développer tout autant en parfaites osmoses. Il s’agit de lutter contre l’hostilité, l’exclusion des juniors par le groupe social adulte dominant. Ils pourront ainsi avoir moins tendance à trop se replier sur leur pôle monogénérationnel. Ce moindre enfermement serait bien plus profitable au présent.
Il serait aussi moins porteur de germes d’inadaptation sociale délétère pour l’avenir du futur adulte. Les jeunes peuvent apprendre à bien cultiver très tôt une sociabilité d’apport polymorphe. Leur maturité future en dépend fort. Les relations intragénérationnelles entre juniors eux-mêmes sont tout à la fois empreintes d’ententes complices, de partages, de vraies générosités sans limites. Ainsi que d’hostilités, de rivalités, conflits d’intérêts des plus féroces. Entre eux les jeunes sont capables « du meilleur et du pire ». En vertu de la célèbre formulation de l’écrivain latin Plaute (254-184 av. J.-C.) :
« Homo homini lupus est : L’homme est un loup pour l’homme ».
(Plaute, Asinaria, L’Asinaire, La Comédie des ânes, comédie théâtrale, Rome, 212 av. J.-C.). Ainsi va l’ambivalence de l’être humain, la jeunesse-413. Les bandes de jeunes constituent un phénomène classique générationnel à but très ludique, convivial, de mobilité surtout entre garçons. Elles ne sont pas par elles-mêmes et en tant que telles génératrices de déviances même si de surcroît cela est fréquent-414. Le conformisme collectif l’emporte sur l’affirmation individuelle de l’originalité propre, soi-même. Les juniors se modèlent sur leurs semblables, le système adulte dominant.
Il s’agit non pas tant de s’affirmer par la dissemblance que se faire accepter par le groupe. Lui prouvant que l’on a adopté les canons qu’il tolère. La grand-peur est d’être rejeté si l’on est trop « différent ». Le jeune est donc très conformiste. Il s’agit de complaire à sa « bande », aux références majoritaires préétablies. Seules communément et collectivement admises par la toujours « fort grégaire, si catégorielle tribu juvénile ».
Toutefois le même junior est tout autant anticonformiste, rebelle car il s’agit aussi pour lui de se distinguer, s’affirmer. Il affiche abruptement ses divergences « particularistes », ce qui fait son « unicité ». À ce titre valorisé, valorisant, « désirable » aux yeux de ses pairs des deux sexes. Si notre société est extrêmement « permissive » elle n’en est pas pour autant « tolérante ». Notamment à l’égard de sa descendance ! Cela se vérifie tant chez les adultes que les jeunes.
Ces derniers préfèrent souvent « brider » leur vraie personnalité pour être intégrés, acceptés, aimés, « populaires ». Plutôt que conserver, cultiver, mettre en avant leur originalité, « déviance ». Au risque des pires exclusions, solitudes, mépris, iniques avanies. Ce qui est ressenti comme déchéance, indignité, humiliation, souffrance chez la plupart des juniors. Reniements, « apostasies » sont alors jugés préférables à la fidélité à des valeurs propres quoi qu’il puisse en coûter.
Le préadulte faute de maturité, vécu suffisants n’a pas vocation au « martyr sacrificiel », au renoncement. Au nom de seules éthiques supérieures se suffisant à elles-mêmes. Tout jeune par essence a en lui autant de ferments conformistes et pacifiques que de prédispositions à la rébellion armée. En contradictoires ambivalences. Rupture, conflit définitifs / adhésion, attachement inconditionnels : manichéisme pour grandir ! Les adultes ayant déjà tant de mal à y prétendre ne sauraient exiger des jeunes le « Graal de l’héroïsme suprême ».
Prenons bien garde toutefois à ce que l’uniformisation et le nivellement totalitaires, sectaires, grégaires, ataviques n’aboutissent finalement au « rapt des consciences », idéaux les mieux trempés ! Les compromis de « mauvais aloi » finissent toujours comme compromissions des plus toxiques ! La nouvelle génération privilégie aussi la récréativité entre pairs qui participe de sa construction, son épanouissement.
71 pour cent des adolescents se sentent concernés par les problèmes des jeunes, de leur entourage. 70 pour cent ont l’impression que leurs pairs se sentent concernés par leurs problèmes quand ils en ont rencontré. 80 pour cent ont déjà eu une demande d’aide. 83 pour cent des jeunes ayant rencontré des problèmes importants déclarent avoir requis du soutien. 80 pour cent des juniors disent avoir déjà aidé un autre jeune qui avait des « problèmes ». 91 pour cent des juniors ayant eu des problèmes déclarent avoir été secourus par des jeunes de leur entourage.
84 pour cent estiment que l’aide apportée soutenait « efficacement ». 78 pour cent considèrent que l’aide reçue est efficace. 67 pour cent des jeunes jugent qu’aider un jeune qui a des problèmes est difficile. L’aisance à aider d’autres juniors est évaluée à 34 pour cent en matière scolaire. 24 pour cent en matière familiale. 22 pour cent en matière sentimentale. 9 pour cent quant aux drogues. 7 pour cent pour le champ psychologique. La plupart des jeunes aident très solidairement et sont aidés surtout pour les difficultés familiales, sentimentales et scolaires.
En cas de problème un jeune se tourne d’abord vers ses pairs à 60 pour cent. Vers ses parents à 40 pour cent. Vers des adultes hors parents à 18 pour cent. Une association à 3 pour cent. Quelqu’un d’autre à 2 pour cent. La plupart des aidés ou aidants estiment cette aide très efficace notamment en matière scolaire. Les juniors demandent volontiers de l’aide à des jeunes de leur entourage pour des problèmes sentimentaux à 36 pour cent. Familiaux à 35 pour cent. Scolaires à 30 pour cent.
Addictifs, drogue, tabac, alcool à 9 pour cent. Psychologiques à 8 pour cent. 95 pour cent des juniors qui ont rencontré un problème et en ont parlé ont considéré être « écoutés ». 53 pour cent déclarent que sans ce précieux soutien bénéfique leur problème aurait été « plus grave ». 63 pour cent des jeunes disent à propos du dernier problème rencontré qu’ils en ont parlé à d’autres jeunes. 53 pour cent des juniors affirment avoir déjà eu des problèmes importants. (Pfizer, France, 2005)-415.
Les jeunes ont le réconfort de partages, solidarités extraordinaires avec leurs semblables. Également les forts tourments des pires rivalités, méchancetés entre congénères. Comme si un certain mal-être impliquait alors un antagonisme, une dureté entre pairs. Une volonté plus ou moins consciente de « compenser » des déboires. Accablant ses pairs de ses propres maux. Abaissant l’autre pour s’élever soi-même. Le « meilleur ami » du jeune, comme son « pire ennemi » est… le jeune !
Nous avons vu que les jeunes éprouvaient souvent le besoin de se regrouper entre homologues par « endophilie néogénérationnelle »-416. Si les juniors ont fort gagné en libertés, le rapport avec les adultes n’est toujours pas « assaini ». Car la défiance des aînés perdure encore. Opposer bien moins d’interdits n’implique jamais de faire véritablement confiance. Aujourd’hui, comme autrefois les adultes conservent leur suspicion pleine et entière à l’égard des cadets. En dépit de leur coupable complaisance à leur égard.
D’autant que la récession économique les fait considérer comme « des rivaux potentiels ». Incline moins à la « magnanime générosité » pour ce qui est notamment de l’emploi. Plus que jamais la jeunesse de ce pays demeure des plus « déconsidérées », « marginalisées » et « exclues ». Les conflits intergénérationnels sont moindres car les âges se sont séparés et ne vivent plus ensemble. À chacun son propre ghetto monogénérationnel en « splendide isolement » ! Chacun « campe sur ses positions ». Les jeunes sont refoulés aux confins de l’ « empire adulte ». Il est définitivement admis que l’adulte est en charge de ce qui est jugé comme important et essentiel.
Le junior « floué » est arbitrairement écarté de tout pouvoir alors que ses capacités pourraient souvent être des plus utiles. Cela ne repose que sur des préjugés discriminatoires et un conservatisme national conventionnel et malthusien. Lesquels ont trop cours en France. Il s’agit donc de totalement changer de paradigme, d’idiosyncrasie ! Les grandes nations libres promeuvent la jeunesse, les régimes totalitaires la gérontocratie. Le seul principe éducatif, axiologique, ontologique devant présider au lien adultes-jeunes est celui de la « force des arguments ». Jamais des « arguments de la force ».
Conviction, persuasion, exemplarité des aînés sont les seuls modes d’accomplissement de soi juvénile. De façon hautement subjective, très unilatérale le statut préétabli, le positionnement social dominant l’emportent sur les qualités avérées. Le jeune est alors indûment dépossédé de toute son influence représentative réelle. Même pour ce qui concerne et intéresse fort la jeunesse au premier chef les adultes se réservent un droit de regard, décision finale. Cela frustre, annihile l’esprit d’initiative, d’entreprise de nombreux jeunes qui veulent agir pour et par eux-mêmes. Le sentiment de révolte, d’injustice prévaut sur la dynamique constructive et positive de l’action favorable.
L’envie de se battre pour s’accomplir, réussir ne leur est pas donnée. Ils renoncent par découragement. Cette mise à l’écart de la nouvelle génération est symptomatique de la surestimation faite par l’adulte de ses propres capacités de maturité. Des minorations qu’il effectue de celles de ses cadets. Trop sûr de lui, il les empêche alors d’acquérir au plus tôt la notion de responsabilité. Pourtant si indispensable pour devenir à leur tour des humains accomplis. De fait un adolescent qui évolue mal, tardivement devient un sujet incertain des plus incomplets à l’adultisme. Comment de fait « faire fructifier l’inexistant ou le toxique » ?
La structuration psychomentale de l’individu jeune diverge de celle des sujets adultes. Les réalités vécues, les objectifs, l’état d’esprit sont en opposition. L’adulte est en une logique de pérennisation de ses seuls « avantages acquis ». Alors que tout jeune est en phase de consolidation de son moi, d’exigence. L’aîné est en position défensive face à un cadet des plus offensifs. Qui lui dispute son monopole hégémonique sans jamais rien avoir à perdre. La psychologie juvénile est tissée de doutes, remises en cause et conquêtes.
Il s’agit de se démarquer, faire autrement que l’adulte, différemment que par le passé. L’adulte quant à lui privilégie le statu quo de situations établies qu’il a lui-même voulues, comme installées en sa seule, faveur. Le jeune prétendant-demandeur fait face à un adulte parvenu-détenteur crispé sur ses belles in/certitudes toutes faites. L’avenir de tous en est compromis. Le junior est rassuré sur lui-même par l’investissement de nouveaux territoires. L’adulte est conforté par l’immutabilité de son propre empire, son emprise sur toute chose. La confrontation très brutale entre ces deux logiques antinomiques est douloureuse, dommageable pour tous-417.
L’ « impérialisme » adulte ne peut comprendre le besoin juvénile de parvenir sans attendre « la mort de ses pères ». Comme sous l’Ancien Régime français (1589-1789) tel que le décrit si bien le dramaturge français Molière (1622-1673) en son théâtre. La personne juvénile dérange, détonne par sa nature rebelle, non conventionnelle. L’adulte veut la conformer à son image, l’assujettir à son autorité. Lui imposer des objectifs et situations qui lui « conviennent ». Les cadets les refusent souvent car cela ne rejoint pas leurs réels intérêts.
Le mouvement naturel habituel de l’adulte suzerain est de « vassaliser » son féal adolescent. Ce qui ne va pas sans heurts néfastes pour le succès des entreprises de chacun. Les jeunes sont donc privés de toute confiance, considération, vraies libertés. Ils sont appréhendés comme un ferment de menace et sédition. Quoi qu’ils fassent, disent, soient leur simple qualité de cadets les fait tenir en suspicion. Ils doivent déployer des trésors de forte persuasion pour tenter de convaincre des esprits fermés et hostiles par principe. Or, un pays qui ne « mise » pas sur ses juniors se condamne au déclin, comme à la décadence irrémédiables-418.
Les adultes interrogés sans contact avec les adolescents de l’âge du lycée sont 42 pour cent. 57 pour cent des adultes disent être régulièrement en contact avec des jeunes. Les adultes régulièrement en contacts avec un ou des adolescents de quinze à dix-huit ans le sont à 38 pour cent dans la vie personnelle. 14 pour cent dans la vie professionnelle. 13 pour cent en tant que parents. Concernant les adultes en relations professionnelles avec les jeunes, ce contact est estimé faible à 51 pour cent. Indirect à 47 pour cent. Direct à 40 pour cent. Fort à 37 pour cent. Puis « sans interventions » à 12 pour cent.
5 pour cent de la population adulte des vingt-cinq ans et plus considèrent avoir un rôle « fort direct » auprès des jeunes. Alors que la part des enseignants dans cette population est d’environ 2 pour cent selon l’Insee. Les jeunes parlent aux membres de leur famille à 95 pour cent. Aux amis de la famille à 84 pour cent. À d’autres adultes de leur entourage à 84 pour cent. Aux parents de leurs amis à 76 pour cent. À des « professionnels des loisirs » à 63 pour cent. À des professionnels scolaires hors enseignants à 48 pour cent. Quand les adolescents parlent régulièrement avec les adultes ils éprouvent un sentiment accru de « bien-être ».
Quand il s’agit de membres de la famille ce bénéfice existe à 79 pour cent. Avec des amis de la famille à 49 pour cent. Avec d’autres adultes proches à 36 pour cent. Avec les parents des amis à 32 pour cent. (Pfizer, France, 2007)-419. À propos des discussions avec les adultes ès qualité les juniors alors interrogés disent qu’elles se passent bien à 92 pour cent. Qu’ils en sont fort satisfaits à 90 pour cent. Qu’elles sont bénéfiques pour eux à 76 pour cent. Que les adultes sont attentifs à ce qu’ils disent à 72 pour cent.
Qu’ils en ont suffisamment à 71 pour cent. Les sujets de conversation abordés plutôt régulièrement avec les adultes sont les projets d’avenir à 71 pour cent. Les activités et loisirs à 61 pour cent. Les relations avec les amis et camarades à 61 pour cent. Les résultats scolaires, la scolarité, l’orientation à 59 pour cent. L’actualité à 56 pour cent. Les discriminations à 52 pour cent. La consommation de tabac, de drogues et d’alcool à 51 pour cent. Les relations avec les parents et la famille à 49 pour cent. Les habitudes alimentaires les plus quotidiennes à 43 pour cent. Le moral à 42 pour cent. La sexualité, les moyens de contraception utilisés à 38 pour cent. La vie sentimentale à 35 pour cent. Les tentatives de suicide à 18 pour cent.
Les « sujets de conversation » que les jeunes aimeraient vraiment aborder plus régulièrement avec les adultes sont les discriminations à 30 pour cent. L’actualité à 29 pour cent. Le moral à 29 pour cent. Les tentatives de suicide à 25 pour cent. Les activités, les loisirs à 25 pour cent. Les relations avec les parents, comme avec la famille à 24 pour cent. Les projets d’avenir à 23 pour cent. Les habitudes alimentaires à 22 pour cent. La sexualité globale et les moyens de contraception utilisés à 22 pour cent. Les relations avec les amis et les camarades à 20 pour cent. La vie sentimentale à 18 pour cent. Les résultats scolaires et les scolarités ou l’orientation à 17 pour cent. La consommation de tabac, de drogues, d’alcool à 15 pour cent.
Les sujets que les jeunes n’aiment véritablement pas du tout aborder avec les adultes sont : les tentatives de suicide à 51 pour cent. Leur vie sentimentale propre et privée à 46 pour cent. La sexualité et tous moyens de contraceptions utilisés à 41 pour cent. Les consommations de tabac, de drogues et d’alcool à 33 pour cent. Les résultats scolaires, la scolarité générale, comme l’orientation à 28 pour cent. Les habitudes alimentaires à 27 pour cent. Le moral à 27 pour cent. Les relations avec les parents, la famille à 24 pour cent. Les discriminations à 18 pour cent. Les relations avec les amis et camarades à 16 pour cent. L’actualité à 15 pour cent. Les activités / loisirs à 11 pour cent. Puis les projets d’avenir à 11 pour cent. (Pfizer, France, 2008)-420.
La France est très loin d’être le pays occidental le mieux placé en matière de « promotion » de la jeunesse. Elle est même l’un de ceux qui favorisent le moins les réussites juvéniles précoces, les plus éclatantes. Les décourageant même plutôt. Contrairement aux nations protestantes du Nord. Toutefois par leurs mérite, talent, effort personnels exceptionnels certains jeunes français y parviennent malgré tout. Ainsi G. Benech, lycéen de dix-huit ans en 2018. Passionné de culture littéraire il devient à douze ans membre d’un jury de lecteurs.
Il crée un magazine culturel numérique, L’Petit Mardi, en partenariat avec des éditeurs prestigieux. À quatorze ans il fonde sa propre maison d’édition, L’Petit Mardi Éditions. Qualifié alors de « plus jeune entrepreneur de France ». Désormais L’Petit Mardi existe en version papier vendue en kiosques partout en France. Guillaume a aussi publié deux romans ensuite réunis en un seul chez un grand éditeur qui ont eu du succès. Il a été chroniqueur à la télévision, obtenu prix et distinctions. La valeur n’attend pas le nombre des ans même en pays de France !
L’interdit dans le respect des pleines libertés et de la personnalité juvéniles n’est jamais préjudiciable mais impératif et bénéfique pour bien grandir. Il s’agit de ne jamais confondre « censure » légitime et autoritarisme mutilant indu. Le jeune en « adultisation » a toujours besoin de « rencontrer son mur » ! Il est fort malheureux tant qu’il ne s’y « heurte » pas ! La vacuité du magistère adulte sans limite ni fin l’angoisse, le perturbe, fait régresser. Lui dire : « Tu fais comme tu le sens » est une « aberration antipédagogique » absolue. Ce net refus d’éducation mène aux pires infantilismes à vie. Ni la démagogie laxiste complaisante ni le « dressage » tyrannique outrageant conviennent. Seule la « troisième voie » médiane de la fermeté éducative compréhensive aide véritablement, respecte pleinement la totale intégrité morale du junior.
Le jeune attend de l’adulte certes libertés, soutiens et encouragements. Tout autant règles et principes, fermes exemplarités, structurations et éclairages. Il sait parfaitement en avoir le plus grand besoin comme « salvateur viatique ». Pour s’épanouir et se construire, apprendre, comprendre et devenir adulte. Se forgeant sa propre conception de l’existence. Il ne peut se nourrir que de l’existant, non du néant. Sinon il vivra le syndrome de l’ « enfant sauvage » ou « enfant-loup » qui ne peut avoir la pratique du langage, de la civilité sociale. Faute d’éducation saine et de socialisation réussie parmi tous les « semblables humains ». L’homme ne se bâtit qu’avec de claires limites-421 ! Une éducation, des principes, des règles, une éthique. Sans pour autant d’ « étouffement moralisateur autoritaire » !
Ni jamais totalement absente, libertaire ni vexatoire, coercitive, pas davantage attentive, bienfaisante, bienveillante pour sa jeunesse. Ainsi notre société se contente d’un « service minimum » fort inconsistant, si insignifiant, insatisfaisant pour tous. Cinq longues décennies après le grand tournant de Mai-68, de nombreux autres « soubresauts » juvéniles ultérieurs la nouvelle génération « campe » toujours aux limites de l’ « Empire » ! Notre vieille société « décadente, déchue » n’a-t-elle rien de mieux à offrir à sa descendance si déshéritée que cette douloureuse amertume ?
Puissions-nous méditer utilement, gravement là-dessus ! Les relations entre adultes et jeunes sont ambiguës. Elles ont certes gagné en rapprochements intergénérationnels et coexistence plus pacifiée. Quant aux fondamentaux ontologiques rien ou presque n’a véritablement changé. Les affrontements brutaux se font plus rares or, la suspicion anti-jeune demeure. La dominante est moins à la sévérité qu’aux laxismes. Quoi qu’il en soit les juniors n’ont pas bonne presse en notre pays, ne sont pas pris au sérieux. Nul humanisme éducatif ne prévaut. Tout n’est qu’illusoires purs rapports de force.
Les jeunes l’ont tellement intériorisé que certains d’entre eux croient pitoyablement que l’usage de la violence est le seul recours « efficace ». Pour faire entendre leur voix, aboutir leurs revendications. L’adulte peut fort changer la vision particulière qu’il a de la jeunesse. L’objectif ne peut qu’être l’entente, la coopération mutuelles constructives, non l’antagonisme défiant. Le junior ne peut plus être considéré en concurrent qui tend à la dépossession de l’adulte en place or, en vecteur d’apport positif. L’ « imperium adulte » ne saurait prévaloir d’office en tant que tel ! Seulement quand cela s’impose d’évidence par sa seule supériorité qualitative avérée.
Une société « civilisée » se doit de reposer sur un rapport de confiance entre tous ses membres. En une sorte de « contrat ou de pacte social » qui scelle un projet commun. Les jeunes au même titre que les autres ne peuvent pas en être exclus. Du seul fait de leur « différence particulière », leur état spécifique d’êtres en plein développement. La « jeunophobie » pas plus que la « jeunophilie » excessive ne sauraient prévaloir ! Un équilibre reste à inventer en l’attitude à observer vis-à-vis du junior entre favoritisme indu et discrimination illégitime. Abus d’avantages exorbitants et iniquités.
Il s’agit de le voir, l’accepter tel qu’il est, non tel que l’on voudrait commodément qu’il soit, que l’on peut le percevoir. Avec la déformation de la subjectivité. Cela aide à le juger plus objectivement, mieux le connaître, l’apprécier. Ne minorer ni grossir ses défauts, comme ses qualités réels ou supposés. L’adulte ne saurait confondre moralisme et morale, laxisme et souplesse. Il ne peut légitimement abdiquer son plein devoir d’exemplarité loyale à l’égard de l’adolescent. Jeunes et moins jeunes peuvent ensemble concourir à l’élaboration d’un monde meilleur à la lumière des leçons du passé.
Pour cela les adultes se doivent d’oublier leurs « préventions » les plus iniques à l’égard des cadets. De leur permettre d’apporter leur « pleine contribution » en acceptant leurs justes appréciations. La solidarité entre jeunes et adultes pour plus de justice humaine et sociale peut provenir d’un rapprochement de deux logiques propres antagoniques, antinomiques. Celle des adultes gagnera fort à être moins « mercantile et hégémonique », plus humaniste et morale. Pour rejoindre celle malgré tout souvent plus idéaliste, altruiste de juniors de plus en plus réalistes, des plus désabusés.
L’enrichissement vrai et les respects mutuels entre cohortes d’âge en seront accrus. Les parents des juniors peuvent se battre pour la « libération » de la jeunesse. Comme quand ils avaient l’âge de leurs enfants. Il s’agit de mieux les accueillir, non leur interdire tout accès à l’essentiel. Il convient d’en finir avec la déréliction, le sentiment de grande déshérence dont souffrent nos cadets. Il importe que les adultes prennent pleine conscience de leurs devoirs d’éducateurs et de « passeurs de vie ». Pour mieux épanouir, faire grandir leurs rejetons.
Adultes, jeunes peuvent apprendre à vivre ensemble. Non en ennemis héréditaires mais en partenaires qui s’enrichissent mutuellement pour réussir. Les intérêts des uns ne sauraient prévaloir sur ceux des autres. L’adulte ne peut plus se considérer en position de possédant assiégé ni le jeune en état de justicier conquérant. Les aînés peuvent pouvoir pleinement donner sans être spoliés. Les cadets librement recevoir sans assistanat ni gains abusifs. L’adulte défend la structure sociétale existante puisqu’il est à l’origine de sa conception, son édification. Pour autant le jeune a droit d’y prendre toute sa part et à sa pleine mesure-422.
La meilleure façon de prévenir, désamorcer les conflits qui ne peuvent manquer de surgir consiste à mieux organiser le renouvellement des générations aux postes de commande. Il importe aussi de réserver au jeune un réel champ d’action autonome qui lui soit propre. Sans être pour autant dévalué. Il est souhaitable d’instaurer des mécanismes de régulation spécialisés aptes à défendre les intérêts des jeunes. Quand ceux-ci sont compromis par un excès monopolistique d’abus de positions dominantes des adultes.
Cette médiation tendra à plus d’équité en la répartition de tous les pouvoirs. Entre les nouvelles générations et leurs aînés. Elle modérera les exigences excessives du jeune, le blocage protectionniste de l’adulte en l’intérêt commun. En dépit de la crise morale et socioéconomique les rapports entre les âges peuvent être moins crispés, exacerbés. Ils peuvent vivre moins séparés, plus de concert, se dire, partager l’essentiel. Toutes les solidarités intergénérationnelles peuvent être revivifiées, le dialogue retrouvé. Le junior a besoin des adultes pour s’affirmer, grandir-423.
Les aînés ne peuvent en rien prospérer sans l’apport novateur, dynamique de leurs cadets. Jeunes et adultes ne peuvent plus vivre en des circuits parallèles étanches en lesquels les possibilités de se retrouver sont plus rares, malaisées. Il importe de susciter des occasions, structures communes qui permettraient des échanges entre les âges fructueux pour tous. Ces liens interactifs permettraient à tous les protagonistes de beaucoup mieux se connaître et s’apprécier. Pour entreprendre ensemble dans l’ouverture vraie et la pleine coopération.
Les adultes ne peuvent plus se servir de leurs « prébendes » préétablies pour barrer la route aux juniors. Étendre plus encore leurs emprises plutôt que d’aider leurs cadets à parvenir. Il s’agit que la société adulte prenne bien conscience du caractère illégitime, suicidaire, déloyal d’un tel travers. Il est de son intérêt d’aider la jeunesse pour que celle-ci agisse de même pour l’aîné devenu âgé. Sinon la jeunesse « criera vengeance » pour rétablir tous ses droits. Nonobstant ces réalités si nombre de déloyautés entre générations existent notamment de la part des adultes à l’égard des jeunes, des solidarités fortes, actives unissent les âges-424.
Nous avons vu à quel point en ces temps de tempêtes socioéconomiques beaucoup de juniors échappent aux pires « rigueurs » de la précarisation matérielle, morale. Seulement grâce aux soutiens, sacrifices consentis par leur famille pour les aider à « tenir ». Le temps nécessaire pour « voler de leurs propres ailes » de manière autonome. L’aide des pouvoirs publics en cas de manque de ressources est le Revenu de Solidarité Active dit le Rsa. Il a remplacé le Rmi, Revenu Minimum d’Insertion. Il n’est « accessible » pour les moins de vingt-cinq ans que sur conditions restrictives. Même si le jeune arrive à exister aux yeux des adultes et de sa société, ce n’est pas en tant que tel au présent.
Plutôt tel « espoir » futur, « fruit prometteur » quand il deviendra à son tour adulte. Alors fort heureusement il existe certes maintes déloyautés des juniors à l’égard de leurs aînés. Plus encore sans doute de la part de ces derniers vis-à-vis des cadets. Toutefois de très nombreuses solidarités sont observables entre générations. Ainsi les jeunes sont souvent très serviables à l’égard de leurs devanciers adultes notamment ceux les plus âgés. En période de grande « difficulté » socioéconomique les juniors bénéficient de nombreuses aides matérielles, affectives de la part du monde adulte. En particulier familial : parental, comme aussi grand-parental surtout.
La jeunesse se trouve en un incertain temps de vie influençable, manipulable. Elle risque donc plus que les adultes encore d’être soumise aux dépendances, addictions de toutes sortes. Que ce soit à des personnes, des pratiques, des produits. Ce qui contribue encore un peu plus à sa désocialisation. Nous l’avons bien vu en matière de drogues, tabac, d’alcool, alimentation, de consommations d’objets de toutes sortes notamment culturels, high tech. Abordons ici deux grands domaines de possibles dépendances juvéniles.
Les technologies de l’information et de la communication, aussi les sectes. Deux domaines particulièrement sensibles en terme de manipulations des juniors. La cyberdépendance est une réalité néogénérationnelle croissante. Quand la vie n’est plus réelle mais se passe pour l’essentiel virtuellement par écran interposé. Le jeu vidéo de réseau en excès rend ainsi le jeune captif d’illusions. Ce dernier imagine être acteur alors qu’il se retrouve piégé par une pseudo-réalité qui le possède. En une existence parallèle et des jeux violents. (Mahler, 2004).
Par le biais des dialogues interactifs en direct ou chats, des forums de discussions, aussi les mauvaises rencontres avec de parfaits inconnus ne sont pas rares. La surconsommation commence au-delà de deux heures journalières d’écrans. Cela peut aller jusqu’à trois à dix heures quotidiennes. Si Internet permet de communiquer en ligne cela peut aussi obérer les vrais échanges humains de chaque jour qui se raréfient alors progressivement. Les garçons de quinze à trente ans seraient les plus accros. La Web pornographie peut également faire des ravages chez les jeunes dépendants.
De plus en plus de garçons de plus en plus jeunes en regardent en excès. Avec toutes les conséquences très nocives sur leur conception des femmes, leurs pratiques de la sexualité réelle actuelle, comme à venir. En outre il n’y a nul anonymat sur l’Internet puisque chaque usager est suivi à la trace. Par le biais de l’adresse informatique de son ordinateur, de son fournisseur d’accès, des serveurs de tous les sites visités. Comme de son système d’exploitation, du navigateur choisi. Le tout par d’insidieux mouchards systématiquement déposés à chaque visite, indiscrets espions appelés cookies.
Les données personnelles privées déposées partout sur l’Internet, comme sur Facebook sont aussi autant d’atteintes à l’intimité des individus. De même que par le biais des courriels indésirables, forcés de publicités dits spams ou pourriels. De plus en plus de services sont payants et onéreux. La facture peut très vite être exponentielle. Tout ce qui est déposé par l’internaute sur « la Toile » est intégralement mémorisé par tous les moteurs de recherche. Notamment le premier d’entre eux Google. Toutes les données des internautes sont donc répertoriées et visibles par tous. Attention alors à ce qui est confié au Web.
Beaucoup de jeunes sont également ultradépendants de leur téléphone mobile. D’autant que ces derniers, smartphones, iphones et autres tablettes multimédia tactiles incluent l’Internet mobile. Il y a l’addiction omniprésente à des appareils dont les ondes électromagnétiques propagées sont de surcroît nocives. Également des coûts induits de forfaits, services et communication de plus en plus prohibitifs. Pour un usage apportant en réalité bien peu de « valeur ajoutée », d’avantages réels en terme humain. Il s’agit donc du gadget juvénile non indispensable par excellence. Il faut bien que jeunesse hier, comme aujourd’hui et demain « se passe et trépasse » !
Les sectes de tout acabit sont particulièrement redoutables pour les jeunes. Génération fragile, tourmentée, perdue et en quête de sens, d’idéal, de générosité partagés. Ces sectes leur proposent mieux-être, meilleure vie, amitié, activités prisées par les juniors. Une fois la proie ferrée, sa liberté, personnalité, façon de penser, son argent sont captés au seul profit de la secte et de son gourou. Le capté est isolé de tout son entourage, de son milieu et ses pratiques de vie habituels. Décervelé, embrigadé il devient peu à peu le captif plein et entier de ses geôliers sectaires. Les juniors concernés sont alors privés d’études scolaires, voire sexuellement abusés. Il y a atteinte à l’intégrité physique notamment privations alimentaires et de sommeil, pratiques des plus asociales, économie parallèle… Il s’agit de mieux protéger la jeunesse notamment mineure contre toute emprise adulte abusive quelle qu’elle soit-425.
Le sociologue français contemporain O. Galland pose un « diagnostic ». En son analyse sociologique de la jeunesse française, comme de ses difficultés nationales spécifiques. (O. Galland, Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur ?, ouvrage sociologique, France, 2009). Il établit également des pistes d’avancées. Les jeunes de France ont peur par manque de foi en l’avenir, en ce qui leur est dit de la part des adultes, du fait des troubles particuliers de la jeunesse. Ils sont bien peu intégrés par un fort « repli culturel », une tendance individualiste et une culture politique protestataire. Cette génération paraît fort défavorisée, discriminée à cause d’un partage inégal de la flexibilité, d’un ascenseur social très rétif, d’une indépendance malaisée et incertaine.
Également par une « crise » des transmissions, une sous-représentation politique, un grand manque d’unité juvénile. La « méritocratie » est en panne car tout le système éducatif est fort peu productif, l’égalité un mythe, l’orientation en faillite, le statu quo la règle. Il s’agit alors de bien mieux « répartir » tous les risques, d’encadrer la transition vers l’adultisme. De mieux préserver tous les jeunes de la précarité économique. Refondre la mission éducative scolaire, celle de l’orientation, « professionnaliser » l’université. D’instaurer de nouveaux types de représentation et de participation des juniors à la vie publique, communautaire-426. Il est du plus haut intérêt du pays de ne pas s’en tenir aux constats et d’agir vite et bien. Sous peine d’une « émigration de masse des jeunes cerveaux » !
[ VOTRE HYPOTHÉTIQUE SOCIALISATION ]
NÉOGÉNÉRATIONNELLE CONDITIONNELLE
Vos aînés sont toujours prioritaires en tous domaines sur vous, cadet. Votre jeunesse sociale française est alors moralement autant que démographiquement minoritaire. Culturellement marginale. Cela explique le paradoxe suivant : votre juvénilité qui n’a qu’une seule ambition, obsession : s’insérer en votre société. Qui est obligée en votre déchéance de protester sans fin, sans cesse contre cette même société. À l’encontre du sort injuste et détestable qu’elle vous réserve, fait subir. Cela passe par une image de marque des plus dévaluées, dévalorisantes, désobligeantes. Dont le monde dit adulte « affuble votre jeunesse au point de la défigurer ». Ce qui aboutit au « bannissement » de votre nouvelle génération de toute « consistance sociale ».
Au printemps 1976 des jeunes fêtent la fin de leur scolarité lycéenne en une petite localité texane. Le début des vacances d’été est alors célébré à coup d’alcool, de tabagie, drogues, débordements endiablés en tous genres. Le point d’orgue sera une grande, folle soirée mémorable en laquelle les juniors donneront libre cours à leurs « fantaisies ». Divertissements, mise en avant de la personnalité, l’originalité de chacun-e, complicités les marqueront à jamais en ces agapes et festivités juvéniles. Sorte de rite initiatique, de passage vers une autre vie. Adieu aux armes, à un passé adolescent révolu. Annonce d’une maturité à venir, attendue, espérée. Autant chargée d’attraits étudiants, adultes que le passé lycéen est fort considéré comme caduc, répulsif.
Avec bizutages des nouveaux. D’où cette allégresse à communier en jubilatoire mue commune intranéogénérationnelle. Telle qu’elle apparaît dans la comédie dramatique cinématographique américaine Génération rebelle. (R. Linklater, 1993)-427. Depuis toujours, partout les jeunes ont besoin pour grandir, se construire de se socialiser entre semblables. Certes l’éducation par les parents, la formation par les enseignants donc par les adultes est impérative et capitale. Toutefois de nos jours encore plus la socialisation-sociabilité conviviale, festive, récréative entre pairs congénères est la marque de l’essence juvénile fondamentale. Pour le meilleur et le pire. La jeunesse est l’âge de la similarité-similitude et du mimétisme, ce qui rassure pour mûrir.
– Mise à l’Écart de Votre Jeunesse Sociologique –
Minoritaire, Marginalisée
Socialisation est un terme féminin de 1836. C’est le « fait de développer des relations sociales, de s’adapter, de s’intégrer à la vie sociale ».
(Dictionnaire de la langue française Robert, France, 2007)-428.
La première mission de tout jeune est de se construire en sa société. C’est-à-dire y arracher sa juste place en s’y faisant valoir. Or, cet objectif relève de moins en moins de la jeunesse mais de l’adultisme. Du fait du « marasme socioéconomique, moral » actuel. Trop souvent encore considérés comme des parias, intrus, « empêcheurs de tourner en rond » les juniors s’étiolent. Ils sont alors en mal d’enrichir leur société comme ils le pourraient, voudraient.
Sans les blocages psychiques de prévention que les adultes leur opposent de façon purement « réflexe autodéfensive ». Des jeunes frustrés qui doutent d’eux, désespèrent de leur société, engendrent un climat malsain, lourd de menaces pour l’avenir. La jeunesse est peu incitée, soutenue par ses aînés à rapidement souscrire à l’ensemble des obligations de la responsabilité sociale. Elle a alors tendance à fort se refermer sur elle-même en une espèce de « communautarisme purement catégoriel ».
Pourtant elle a renoncé contrairement aux nouvelles générations du passé aux révolutions et bouleversements « utopiques ». Son objectif est la pleine intégration sociale, plus de statu quo conservateur que même modestement réformiste. L’heure est au pragmatisme réaliste, prudent de protection, sécurité en conjoncture hostile défavorable. Trahis par l’univers adulte, ses déficiences les jeunes recherchent la plénitude auprès de leurs semblables. Crédités de plus de sollicitude, d’empathie ou de noblesse par partages, affinités, solidarités que les adultes.
La proximité générationnelle et l’amitié symbolisent aux yeux de l’adolescent une suprême valeur. Offrant de fortes gratifications, un « refuge consolatoire ». Car en outre le monde adulte demeure pour longtemps introuvable et des plus agressifs. Le danger d’une telle illusoire tendance est une « déréalisation-évasion », une fermeture « autistique ». Une régression propre à tout « identitarisme forcené ». Le processus de maturation risque d’en être d’autant plus difficile, défaillant, différé et compromis. Aux dépens des jeunes.
L’accès à la maturité ne peut s’accommoder de l’incapacité à la confiance sereine en autrui. Seulement de la seule entente fructueuse entre tous ses membres-429. La jeunesse n’est pas « reconnue » en tant que telle en ce sens qu’elle n’est jamais « créditée » de valeurs positives avérées au présent. Seulement de potentielles qualités hypothétiques supposées, espérées pour l’avenir, l’âge adulte étant arrivé. De façon très virtuelle, conditionnelle. Les jeunes souffrent fort de n’être « adoubés » qu’à l’exigence expresse de n’être plus… jeunes !
« La jeunesse ne serait-elle qu’un mot » ? (Les Jeunes et le premier emploi, France, 1978, Questions de sociologie, France, 1984). Selon l’expression d’étude qui fit tant « florès » du sociologue français P. Bourdieu (1930-2002)-430. L’appréhension morale de la jeunesse par le monde adulte est donc des plus nocives et erronées. Le junior est arbitrairement placé en phase d’attente. Sa compétence propre n’est toujours pas assez et pleinement admise.
Seule celle d’adulte a pleine autorité, abusivement certifiée par, pour elle-même en tant que telle. Il est admis qu’être jeune ne confère que peu de droits, d’avantages, de crédibilité. La parole du junior n’est pas réellement prise en compte. Il est toujours taxé d’immaturité, inexpérience, incapacité. L’occasion de « faire ses preuves » lui est même souvent refusée par préjugé défavorable, incompréhensif et hostile. La cause est désormais entendue : être jeune est un très mauvais « handicap » qui ne se résorbe lentement qu’avec le temps, l’âge. C’est-à-dire en moyenne vers la trentaine accomplie. Les juniors souffrent de cette discrimination fort injuste qui est très cruellement ressentie par eux.
Ils ne peuvent admettre qu’il leur faille toujours attendre un peu plus pour être acceptés. Répondre à exigences de plus en plus élevées. Non attendus, entendus en leur propre société les jeunes voient grandir leur mal-être existentiel. Les reports et l’élévation accrus des conditions d’accès à l’adultisme ne tendent qu’à leur pur et simple rejet prolongé. En un tel fort malveillant climat « fulminant anti-jeune » les mouvements les plus contestataires des juniors français se sont multipliés. En ce dernier tiers de siècle-431. Les choses ne pourront qu’empirer, les conditions de vie juvéniles se dégradant toujours et encore davantage.
Les « séditieuses jacqueries » juvéniles des décennies soixante, soixante-dix du siècle précédent étaient celles d’une jeunesse plutôt économiquement favorisée. Par son temps idéaliste en quête de libertés hédonistes accrues. Porteuse aussi d’exigences idéologiques. De volonté subversive anticonformiste « révolutionnaire » d’abolir le système collectif rigide existant. En lutte contre la domination adulte pour y substituer un autre. La rage collective des jeunes des décennies suivantes à partir du milieu des années quatre-vingt reflète le fort lancinant marasme matériel et moral d’une génération en crise.
Pragmatique, dépassionnée, désenchantée, dépolitisée, maltraitée par une conjoncture permissive bien moins favorable. Il ne s’agit plus de vouloir « changer le monde » mais s’en accommoder et d’exiger d’y être intégré. Les juniors ne se battent plus pour des changements mais contre les réformes. Non plus pour s’émanciper de tutelles mais pour que l’on s’occupe mieux d’eux. La jeunesse s’oppose, proteste, défend les causes qui lui paraissent justes notamment la sienne. Dès lors qu’elle s’estime menacée, opprimée en véritable posture de nature « tribunitienne »-432.
Après la grande fièvre de 1968 il y a des suites revendicatives plus ou moins importantes, chroniques dans les années 1970. (1971, 1973, 1974 à 1976 et 1979). En particulier les actives menées des mouvements libertaires lycéens tels les Cal : Comités d’Action Lycéens. Ses successeurs à partir de 1970 ou étudiants avec notamment l’Unef : L’Union Nationale des Étudiants de France (1907). Puis viennent quelques années de calme relatif. À partir de 1986 les jeunes français se soulèvent en nombre, principalement en moyenne tous les quatre ans. 1986, révolte contre les projets de réforme de l’enseignement supérieur du ministre des Universités A. Devaquet (1942-2018).
Sous le gouvernement de J. Chirac II (1986-1988). 1990, les lycéens sous le gouvernement de M. Rocard II (1988-1991) manifestent contre le défaut de moyens éducatifs du secondaire. 1994, rejet du Contrat d’Insertion Professionnelle du gouvernement d’É. Balladur (1993-1995). 1998, manifestations des étudiants contre les projets de réforme des Iut du ministère L. Jospin (1997-2002). 2002, bronca juvénile pour protester contre J.-M. Le Pen, sa présence au second tour de l’élection présidentielle. 2006, refus du Contrat Première Embauche du gouvernement D. de Villepin (2005-2007) et mouvement protestataire corollaire.
2010, poursuite des mouvements de lycéens. Rejet lycéen et étudiant de la réforme des retraites du gouvernement F. Fillon II (2007-2010). 2014, protestation contre la percée des extrémismes aux élections européennes. Également 2004, condamnation par les juniors du projet de loi concernant la « réforme des lycées » sous le gouvernement de J.-P. Raffarin III (2004-2005). 2005, violentes émeutes urbaines des banlieues. « Exaspération » des jeunes stagiaires contre leur « exploitation » jugée abusive. 2007, opposition résolue d’une partie des étudiants à la réforme Pécresse d’autonomie des universités. 2008, refus des lycéens de la réduction des personnels éducatifs et d’encadrement et de la réforme de la classe de seconde.
2009, soutien des étudiants aux grèves des enseignants et des chercheurs. 2016, colère lycéenne, étudiante contre le projet de réforme du Code du Travail du gouvernement de M. Valls II (2014-2016) assouplissant les conditions d’emploi. La jeunesse de France se sent tellement précarisée qu’elle prend peur de façon collective, irrationnelle. Chaque fois que le pouvoir politique prétend « changer quoi que ce soit », aussi peu que possible qui puisse directement la concerner. Elle préfère un « statu quo » qu’elle sait pourtant fort peu satisfaisant pour elle tant elle redoute que le changement ne soit pire encore.
Elle s’oppose d’autant plus « volontiers » que les autorités finissent toujours ou presque par s’incliner devant l’ire juvénile. Elles ne peuvent en tant qu’émanation démocratique prendre le risque de s’aliéner durablement les forces vives du pays en émeutes prolongées. Avec tous les risques que cela comporte notamment en morts violentes possibles. Depuis qu’en décembre 1986 un jeune de vingt-deux ans, M. Oussekine est mort sous les coups de la Police en marge des manifestations de l’époque. Ce traumatisme terrible est resté en tous les esprits-433.
Une éducation de la jeunesse à une socialisation active dynamique consiste à apprendre au junior à mieux s’intégrer. En osant décider, demander, agir. Évoluer, ne pas avoir peur des risques, des changements. S’assumer, se battre et s’imposer à la « force du poignet ». Nous l’avons dit, les enquêtes d’opinion démontrent que les jeunes ont toujours une appréciation bien plus indulgente et favorable à l’encontre des adultes que l’inverse ! Le préjugé adulte jeunophobe est donc plus fort et fréquent que celui adultophobe des juniors !
Les préjugés « anti-jeunes » de la part des adultes l’emportent donc sur les réserves « anti-adultes » des juniors. Les aînés ont toujours peur des éventuels « dérapages » incontrôlés, incontrôlables des jeunes. Ils préfèrent toujours en pavlovien réflexe d’autoprotection, de sécurité préventive « assurer leurs arrières, prendre les devants au cas où ». Le jeune est considéré comme un quasi « potentiel danger public permanent porteur de germes et miasmes malsains ». Incapable de se gouverner lui-même et à réduire. De la même façon qu’au dix-neuvième siècle les masses populaires laborieuses et la jeunesse étaient tenues pour classes dangereuses.
À contenir, surveiller, éduquer, punir et enfermer le cas échéant. Comme les aliénés des asiles, les pires criminels ou asociaux. Les maisons de correction et autres centres carcéraux de redressement véritables « bagnes » pour enfants, jeunes ont perduré en ce pays jusqu’aux années 1930 ! Le jeune est l’autre, l’étranger, le différent et le sulfureux subversif. Beaucoup de crasses ignorances, mauvaise foi, peurs irraisonnées, irrationnelles à son égard persistent. L’on comprend que les juniors se sentant peu appréciés et refoulés par le monde des adultes prisent en vérité si peu ce dernier.
Tant ils en mesurent les égoïstes travers si arrogants, si peu en accord avec leurs propres valeurs bien plus généreuses, humanistes, libertaires. En opposition à celles des adultes souvent jugées répulsives par les juniors. Notre « jeunesse sociale » est déconsidérée, marginalisée, rejetée. Les rapports entre les jeunes et « non-jeunes » ne sauraient tourner au pugilat, en « bataille des Thermopyles ». (Grèce, 480 av. J.-C.). La société adulte se construit, fonctionne selon des critères qui lui sont propres. Elle évalue toute chose à l’aune de son propre regard.
Les juniors sont considérés comme des « gêneurs » en puissance, séditieux, imprévisibles, incontrôlables. En cette seule optique si étroite la volonté et l’objectif adultes se doivent alors de systématiquement prévaloir, l’emportent de fait par principe. Les jeunes sont évalués comme « non crédibles » ni dignes de confiance, de considération car ils sont différents des adultes. Ils contestent l’ordre établi de ces derniers. Le droit d’agir, de penser différemment leur est bien souvent dénié, est décrié. Leur inachèvement même – mais n’est-on jamais achevé ? – fournit prétexte à les tenir fort injustement « en lisière de l’essentiel ».
Jusqu’au moment tardif jugé arbitrairement adéquat pour être enfin « admis au sérail ». La Machine à trier – Comment la France divise sa jeunesse. Titre significatif d’un ouvrage de sociologie traitant de l’exclusion des jeunes français discriminés. (Galland et al., France, 2011). Il y a deux jeunesses nationales. Favorisée et moyenne ou en échec. Les inégalités croissent. Entre jeunes et relativement aux adultes. L’importance du diplôme est exorbitante. Un gouffre s’instaure entre non diplômés et labellisés. Les juniors stigmatisent un système inégalitaire qui leur nuit fort.
Leur image est mauvaise. Faute d’insertion les frustrations grandissent. Les non diplômés sont marginalisés, aspirent à plus d’égalité. Ils fuient la politique, se radicalisent par défiance. Ils votent peu, protestent ou se replient. La sphère publique leur est barrée. La famille joue un rôle social reproducteur, de soutien, favorise l’inégalité des chances. Telle l’école. L’orientation, l’enseignement font plus échouer que réussir en « éliminant » surtout. L’emploi, la protection sociale du jeune sont d’abord précaires. Sa désinsertion s’aggrave-434.
La jeunesse se prépare à l’adultisme par la socialisation, l’insertion, l’intégration. Aujourd’hui les étapes nécessaires à cet effet sont différées, déconnectées les unes des autres dans le temps. Les jeunes sont bien moins autonomes que les adultes or, plus que les enfants. L’identité libérée du junior serait déjà quasi adulte. Son rôle et statut minorés encore quasi proches de ceux de l’enfance. Il y aurait alors autonomie sans indépendance, marque de la néogénération occidentale notamment française contemporaine. La jeunesse moderne naît après la Grande Guerre (1914-1918). La jeunesse populaire connaît des études courtes, une mise au travail précoce, une vie chez les parents, le célibat.
Puis le garçon fait son service militaire, quitte ses parents à jamais, se marie. Après le Second Conflit mondial (1939-1945) l’allongement accru des études synchronise chez les jeunes « populaires » la fin de la scolarité. Le début de la vie active, le départ du foyer parental, le mariage ou la vie de couple. Ce type classique est donc assez synchrone. Par rapport aux garçons les filles de ce modèle modeste observent en moyenne une précocité de deux ans. En ce système tout semble donc harmonieusement s’enchaîner, « aller de soi ». De façon successive, logique et cohérente. Soit intégrative. De surcroît nombre de filles malgré la fin des études ne travaillent pas.
Généralement elles optent pour un conjoint plus âgé, aussi du « meilleur statut social ». Tel était, reste encore partiellement le modèle populaire d’adultisme des jeunes notamment des garçons ouvriers et employés subalternes. Le type bourgeois estudiantin de socialisation adulte diffère fort. Il est reporté dans le temps mais reste autonome. Les études sont plus longues, l’entrée en l’emploi bien plus tardive. La « cohabitation » avec les parents se prolonge, la stabilisation sentimentale est retardée.
Cela concerne les classes sociales supérieures au dix-neuvième siècle, puis moyennes en la deuxième moitié du vingtième. Aujourd’hui cela a gagné à un degré moindre les milieux populaires supérieurs. Depuis la fin des Trente Glorieuses (1945-1975) ce schéma de socialisation adulte juvénile « mute ». Car la société, les mœurs et l’éducation, la situation économique, la culture, l’évolution des juniors eux-mêmes ont beaucoup varié. Les vecteurs d’adultisme sont repoussés dans le temps. En outre ils sont désynchronisés contrairement au passé. Nombre d’études se prolongeant « tant et plus ».
Ce qui retarde d’autant les autres étapes d’adultisme. Aujourd’hui les trois quarts des jeunes de quinze – vingt-quatre ans de l’Union Européenne sont en études. Près de la moitié des juniors de dix-huit à vingt-quatre ans de l’Union sont étudiants de l’enseignement supérieur y compris en France. Dans les pays européens du Nord des aides publiques importantes permettent une autonomie plus précoce qu’ailleurs malgré l’allongement des études. Car la vision qui y prévaut sur les jeunes est positive, les considère comme une richesse, une puissance créative précieuses. À encourager vers l’indépendance.
En Europe méridionale études et emploi sont séparés et se succèdent dans le temps. Peu d’étudiants ont un travail salarié. Cela progresse toutefois en France. En Europe septentrionale près de la moitié des jeunes de quinze – vingt-quatre ans en études travaillent aussi en même temps à temps partiel. Cela est aussi le cas des juniors britanniques mais à un degré moindre, un quart d’entre eux. Ils entrent bien plus tôt en moyenne dans la vie active que les autres jeunes d’Europe. Plus d’un tiers à dix-huit ans contre moins d’un cinquième en Europe. Les juniors scolarisés restent en moyenne plus longtemps chez leurs parents que les jeunes dits actifs.
Globalement l’allongement des études retarde l’accès à l’emploi à plein temps, le départ de chez les parents, l’autonomie de logement, la mise en couple. En tous les pays d’Europe méditerranéenne les jeunes sont les plus tardifs à quitter leurs parents. Surtout par forte incitation culturelle, religieuse, économique familiale et également manque d’aides publiques adéquates. De même à un moindre degré du fait d’un chômage élevé, de peu de logements vacants disponibles. Par de très larges libertés intrafamiliales qui rendent fort supportables les « cohabitations » domestiques intergénérationnelles.
En pays nordiques l’indépendance juvénile est la plus avancée car matériellement aidée par la collectivité pour y accéder. Du fait d’une culture de l’autonomie individuelle précoce pour tous les jeunes. L’Europe médiane continentale est entre ces deux modèles extrêmes. Avec des modes d’aide mixte, familial et étatique. Cela concerne par exemple la France ou l’Allemagne. Les jeunes français quittent leurs parents plus tôt que les juniors d’Europe du Sud. Les étudiants ont souvent un habitat autonome pour être sur les lieux mêmes de leurs études concentrées dans les métropoles régionales. Des aides au logement spécifiques le permettent alors pour de nombreux jeunes.
Contrairement aux juniors scandinaves cette autonomie est toutefois limitée, incertaine. La proximité affective, économique avec les parents reste forte. L’aide financière étatique à la jeunesse est plus grande qu’en Europe du Sud, moins qu’en Scandinavie. Quoi qu’il en soit pour l’ensemble de la néogénération occidentale y compris nord-américaine le temps juvénile de préparation moratoire entre enfance et adultisme s’allonge. Se complexifie. Les différentes étapes d’accès à la socialisation adulte sont coupées les unes des autres.
Le jeune peut achever ses études sans pour autant entrer de suite en la vie active. Il peut également le faire. Il peut quitter ses parents, trouver un logement indépendant sans pour autant se stabiliser affectivement. Il peut terminer ses études et / ou travailler sans pour autant quitter ses parents. Comme il peut le faire et vivre en son logement propre. La fin des études et l’emploi n’impliquent pas forcément une vie de couple. Cette dernière peut exister sans entrée en la vie active pour les scolarisés. Ces derniers peuvent ne pas former de couple affectif. Le jeune travailleur quel qu’il soit peut aussi vivre en couple.
Le couple est possible même quand le jeune vit toujours chez ses parents. Le junior peut être célibataire tout en vivant chez ses parents. Le jeune en logement autonome peut être en couple ou célibataire. Le junior peut travailler tout en poursuivant ses études, tout en ayant quitté ses parents. Ou en restant chez eux. En couple ou non. Il peut être étudiant tout en ayant un logement autonome ou vivre chez ses parents pendant ses études. Les jeunes qui ne sont ni en études ni en emploi existent aussi. Certains peuvent arrêter de travailler pour reprendre leurs études. Ou les interrompre pour entrer en activité.
Un junior travailleur peut aussi ne pas avoir fait d’études après la fin de l’obligation scolaire à seize ans. Le jeune peut n’être ni en études ni travailleur, vivre chez ses parents ou ailleurs en couple ou non… On le voit donc tous les cas de figures de socialisation juvénile sont désormais vécus, possibles. Selon les situations, les juniors. Les désirs et possibilités des uns et des autres également. De façon « concomitante et synchrone » ou alors « déphasée et disjointe »-435.
Le premier emploi, comme la stabilisation affective sont différés, ne sont plus liés. Le mode de socialisation adulte des deux sexes devient quasi similaire surtout pour les diplômés du supérieur. Quant à la naissance du premier enfant elle intervient désormais en moyenne à l’orée de la trentaine. Tout ceci est à relier aux fortes difficultés d’insertion de nos jeunes en l’emploi. Les adultes insérés en leur travail sont toujours mieux protégés et non les juniors entrants. Leur taux de chômage est toujours en France en moyenne le double de celui des aînés prioritaires et favorisés.
En outre les emplois les plus temporaires, précaires, déqualifiés, mal rémunérés, peu valorisants sont en ce pays l’apanage des jeunes. Même ceux diplômés de l’enseignement supérieur. Plus en France qu’ailleurs. Le Nord de l’Europe protège mieux l’emploi des juniors que le Sud. La globalisation de l’économie mondiale accentue encore les désavantages de la jeunesse dans l’emploi. Avec incertitude économique, concurrence accrue corrélées. La précarité est donc dévolue aux plus jeunes en toute priorité car ils ne présentent pas toutes les garanties des adultes. Les juniors qui s’en sortent le mieux sont les plus diplômés. Les autres les moins bien formés sont exclus. Le diplôme promeut moins mais protège encore.
De plus en plus d’entre eux connaissent la pauvreté. Un quart des jeunes européens serait en ce cas. Les « évolutions de carrière » sont bien plus malaisées, lentes. Les diplômés sont déclassés-436. Meilleure est la qualification, meilleure sera toute la carrière professionnelle. Les jeunes d’origines étrangères connaissent des conditions d’insertion socioprofessionnelle encore plus difficiles que les autres-437. La situation des juniors est des plus malaisées car les transmissions familiales d’insertion sont de plus en plus rares. Les jeunes doivent désormais apprendre et s’adapter, s’intégrer par eux-mêmes. Avec tous les aléas, incertitudes, risques, menaces que cela implique-438.
Contrairement au passé les juniors préfèrent « profiter » de leur jeunesse étudiante au maximum plutôt que d’intégrer plus tôt la vie adulte si répulsive à leurs yeux. Avant les années 1960 l’inverse prévalait. Quitter au plus vite une vie austère de scolarisé assujetti pour l’indépendance adulte plus douce, attirante. Aujourd’hui le développement et l’élaboration personnels de chaque jeune l’emportent sur les acquis transmis par les aînés. En tous les pays européens nordiques bien plus encore que méridionaux. L’Europe médiane continentale dont la France est en un « entre-deux modeste » incertain. (Galland, 2011, 2017)-439.
Il est révélateur que dans le débat télévisé du second tour des élections présidentielles françaises de 2012 nul des deux candidats n’aborde les questions de jeunesse. Ni le président sortant en exercice ni le candidat d’opposition ne se sont donnés la peine de livrer leur « vision » de la néogénération de France. Ni de faire des propositions concrètes en sa faveur. Ni de dire toute l’importance des juniors pour l’avenir du pays. De reconnaître leurs difficultés, les intégrer en un projet de société. Le préadulte est exclu de tout dessein national par choix. Cela demeurera car l’idée même de juvénilité est fort étrangère aux mentalités du pays.
Cela exige une « ouverture morale, une tolérance » auxquelles les esprits rétifs se refusent encore. Sous l’actuelle majorité politique gouvernante, comme auparavant la situation des jeunes de France surtout les plus défavorisés se dégrade. À tous points de vue. Ce qui est indigne de ce pays. La jeunesse aura été tout aussi absente des débats, comme de la campagne des élections présidentielles de 2017. Ce qui est très significatif de l’inexistence de la nouvelle génération au sein de la société française. Passée, présente et à venir comme il est fort à craindre ! Une fois de plus en 2018 la jeunesse de France manifeste. Contre les réformes du gouvernement d’É. Philippe II (2017-2020) qui ont trait à l’accès à l’université, la réorganisation du lycée et du baccalauréat généraux et technologiques.
– Votre « Grégarisme » Juvénile –
« Toujours Plus Protestataire qu’Intégratif » ?
Cette mauvaise appréhension de la différence d’autrui est due à des préjugés, ignorances. Elle suscite des blocages préjudiciables à tous. L’on oublie vos qualités de jeune pour ne retenir que vos défauts réels ou supposés. Vous, jeune, demeurez encore avant tout dans les esprits le marginal, le délinquant, le drogué, l’étranger, le libre penseur et le jouisseur. Le corollaire en est l’autoritarisme forcé ou le laxisme si coupable à votre égard. L’excès prévaut. Vous, junior, avez du mal à comprendre, admettre les travers et compromissions de la société adulte.
En la mesure où cette dernière a nette tendance à s’ériger en donneuse de leçons, modèle à suivre pour le jeune. Ce dernier se montre très sévère à l’égard de ses aînés, stigmatisant ce qu’il juge être de la vile duplicité. Il a pleinement conscience que le monde que l’on prétend lui léguer est des plus contestables et nocifs en ses principes. Les jeunes ressentent toujours plus leur environnement direct, comme ultraconcurrentiel, violent, injuste, hostile, très peu accueillant. Tout particulièrement à leur encontre de laissés pour compte.
Ils estiment à juste titre qu’il est totalement dépourvu d’idéal, comme de vraie générosité. Ils s’interrogent légitimement sur la pertinence, le fondement de l’organisation de la société, de l’univers. Leur idéal de paix, justice, d’harmonie s’accommode très mal du constat amer et désabusé qu’ils en font. La nouvelle génération considère la sphère adulte comme égoïste, démissionnaire à son égard. Elle en souffre cruellement. Les adultes n’assument pas leurs responsabilités vis-à-vis des jeunes. Ils se préoccupent avant tout de leurs propres intérêts.
Les parents, les grands-parents des jeunes d’aujourd’hui sont issus du temps ou de la mouvance de « Mai-68 ». Ils ont renié leurs idéaux juvéniles pour le pouvoir, le confort, le consumérisme. Les cadets rejettent la sordide imposture. Peu comprise, jamais encouragée, valorisée la jeunesse a tendance à opérer un repli stratégique sur elle-même. Découragée par l’ostracisme et le négativisme qu’elle subit en un tragique exil de l’intérieur. Elle se retire alors du champ social, se mure en son « narcissique particularisme néogénérationnel »-440.
En l’optique tristement compensatrice des seules petites autogratifications psychomatérielles du quotidien. Hédonisme, vacuités exacerbés. Sans joie aucune. Les jeunes sont aussi pour les mêmes raisons souvent tentés par le défi rageur, réactif du nihilisme le plus destructeur. Contre eux et autrui. Il s’agit pour eux-mêmes de marquer rancœur, désapprobation face aux défaillances adultes sur le mode frappeur. Plus ou moins in/consciemment comme des enfants blessés et vexés ils se « vengent » méchamment de leurs frustrations et déboires ou qu’ils croient tels.
Passive ou vindicative, retirée en elle-même ou en révolte ouverte la jeunesse « maltraitée » par la société adulte s’autoexclut alors à son tour. Elle en subit tout le préjudice en illusions, perte du sens des réalités. L’impasse est consommée, le retour à l’équilibre très difficile. La renonciation autistique tout comme la violence aveugle détruisent l’individu car elles ne laissent nulles places à la « vraie rédemption ». Que seules permettent l’ascèse de soi, l’introspection. La néogénération ne sera qu’hypothétique promesse pour autrui. Elle n’est pas considérée comme porteuse de sûres valeurs présentes intrinsèques-441.
Tout jeune quels que soient son âge, sa maturité, sa situation propre représente une vraie valeur humaine en soi bien actuelle. À part entière ! Il importe de cesser de ne le considérer qu’en fonction d’un nombre d’années donné. Ne le créditer que de qualités futures que l’on ne veut arbitrairement reconnaître qu’aux adultes. L’adolescent est utile à sa société tel qu’il est et au stade de maturation qui est le sien. Le mettre « en attente » n’a strictement aucun sens ! Les juniors ne peuvent plus être écartés de la marche du monde, tenus en tutelle. Il s’agit de leur donner l’occasion de mieux « faire valoir » leurs talents particuliers.
Ils peuvent psychiquement être pris en considération sous peine de souffrances inutiles. Le crédit que l’on porte ou non à leur « parole » ne saurait être proportionnel au nombre d’années atteint. Seule compte la pleine valeur de ce qu’ils expriment en fonction de toutes leurs richesses spécifiques, capacités propres. L’interdit qui frappe la jeunesse de France lui est préjudiciable. De même qu’à l’ensemble du corps social national alors privé d’un apport des plus essentiels. Il convient de le lever. Sous l’Ancien Régime monarchique français (1589-1789) l’adolescence est indifférenciée des adultes mais précocement intégrée.
Aujourd’hui elle est distinguée des aînés mais très marginalisée. Il est possible de trouver un équilibre en l’insérant bien plus rapidement. Avec le temps de progresser librement à son propre rythme vers le plein adultisme. Fragilisés par leur société les jeunes ont peur et sont dépourvus de toute confiance en eux-mêmes et leurs potentiels. Ceux de leur nation, leur gouvernement. L’immobilisme les « assassine » mais ils préfèrent encore le pourrissement qui les dessert aux risques éventuels de changements. Même prometteurs mais à la portée hypothétique en tant que tels. Il est vrai que la façon de procéder des gouvernants n’est pas toujours loin s’en faut des plus adéquates. Que le dialogue avec la jeunesse connaît encore maints ratés. L’éducation à une socialisation active dynamique lui apprend à mieux s’intégrer.
En osant décider, demander, agir. Évoluer, ne pas avoir peur des risques du changement. S’assumer, se battre, s’imposer à la pleine « force du jarret ». Ce n’est qu’à ces conditions impératives que nos juniors auront une « meilleure place » en leur propre société. Celles d’audace, d’action, de confiance, d’adaptabilité, de courage, personnalité, d’affirmation de soi. Elle ne leur sera pas offerte. À eux de la prendre ! La vision de ces jeunes de début de siècle est ambivalente car fort lucide, mature. Ils se doivent de croire en eux-mêmes, leur destin et avenir personnel. Tout en étant conscients de leurs limites, des travers du genre humain. Cela peut les blesser durement mais ils ne s’en posent pas moins pour autant en « filles et femmes, garçons et hommes de bonne volonté ». Ce qui est encourageant pour l’avenir.
Les adolescents disent de leur propre chef avoir beaucoup d’amis à 96 pour cent. Or, les adultes concernant ces mêmes jeunes le pensent à 84 pour cent. Les juniors affirment parler facilement avec leurs parents à 82 pour cent. Les adultes rétorquent à 50 pour cent. Les jeunes disent se sentir bien à l’école à 73 pour cent. Les adultes le croient à 47 pour cent. Les jeunes pensent être le plus souvent satisfaits de ce qui leur arrive à 72 pour cent. Les adultes affirment à 35 pour cent. Les juniors se sentent souvent sous pression à 39 pour cent. Les adultes disent à 81 pour cent. Les juniors ont des difficultés à aller vers autrui à 21 pour cent. Les adultes le pensent à 48 pour cent.
Les jeunes se sentent souvent mal dans leur peau à 19 pour cent. Les adultes le disent, l’estiment quant à eux à 72 pour cent. Les adultes ont donc une impression négative du bien-être des jeunes. Bien plus que les juniors sur eux-mêmes. 71 pour cent des adolescents interrogés pensent que les adultes ont d’eux une « mauvaise image ». 86 pour cent des adultes disent avoir une bonne image des juniors. 86 pour cent de ces jeunes ont une fort bonne image des adultes. 92 pour cent des parents ont une bonne image des adolescents. 88 pour cent des professionnels en contact avec eux. 78 pour cent des adultes sans contact. (Pfizer, France, 2007)-442.
Le junior continue de faire peur, d’indisposer. Non seulement pour ce qu’il est, représente en tant que tel « ès qualité ». Pour des défauts réels ou supposés qui lui seraient prêtés. Surtout pour la menace qu’il sera toujours censé être en l’imaginaire collectif. Le potentiel d’enrichissement du jeune est éludé. Ce dernier est surtout « jaugé » en tant que risque latent et subversif. Toujours prêt à « frapper » aux yeux des cohortes antérieures à lui-même. La jeunesse en tant que telle est « déconsidérée » car ce qu’elle est et représente est jugé négativement. De façon dépréciée et dépréciative. Elle est « marginalisée » car son apport, ses valeurs ne sont pas estimés recevables. Elle est « rejetée » car l’on ne croit pas assez en elle. Il est procédé à son isolement en deçà d’une sorte de « cordon sanitaire ».
Au cas où elle serait fort « contagieuse » pour tout le reste de la population. L’important est d’ « avoir la paix », de ne pas être importuné et incommodé. La société adulte se doit de savoir qu’elle a tout autant « besoin » de sa jeunesse pour progresser, se renouveler que réciproquement. Elle ne peut alors l’ostraciser. Pour lui redonner « confiance et espoir », la dissuader de déserter et partir ailleurs. Il importe donc de reconnaître ses valeurs, qualités d’apport.
Il convient de lui permettre de se réaliser comme elle l’entend. Tous les juniors ne peuvent qu’être en mesure de participer avec liberté et force à la marche du temps, de leur siècle. La violence exprimée contre eux-mêmes, comme autrui par nombre de jeunes, comme d’adultes peut véritablement baisser. En contrant le sentiment de « rejet » subi du fait surtout des adultes. Également de la part des congénères. L’acceptation mutuelle de soi et d’autrui vaut plénitude !
Cette force négative peut être orientée positivement en inversant la donne. Au lieu de laisser entendre au jeune qu’il ne vaut rien en tant que tel, qu’il ne réussira pas. L’on peut le valoriser. Il s’agit de lui redonner pleine confiance en lui disant qu’il est capable de l’essentiel, que l’on a besoin de lui et croit en lui. Le sentiment d’impuissance, d’inutilité ne peut plus alors offenser la dignité des jeunes. Les mener au danger, à l’impasse de la déréalisation. Le seul vrai moyen de juguler cet anéantissement, cette fuite vers nulle part consiste à les « ré/introduire dans le jeu social ».
Il s’agit de rappeler aux juniors qu’ils ne sont nullement condamnés à la paralysie, la dévaluation. Il convient de leur permettre de réaliser, se réaliser en leur en donnant les possibilités concrètes. Chaque être humain en particulier concernant les plus jeunes se doit d’être en mesure de pleinement opérer ses propres choix d’avenir. Assumer librement ce qui fonde sa destinée. Les juniors ont une personnalité, une existence, une volonté et des objectifs originaux qu’il importe de bien mieux respecter.
Les adultes n’ont pas à les réduire à l’aune de leurs propres réalités. Ni à les contraindre à des schémas qui leur sont étrangers. Le bon sens peut l’emporter pour construire ensemble. Aucun junior ne peut être coupable « ès qualité » d’être jeune. Cela n’est jamais en soi vertu, pas plus que vice congénital. Aucun adolescent ne saurait être tenu en défiance du seul fait de sa date de naissance jugée « trop récente ». Les adultes peuvent apprendre à faire taire leurs préventions par peur, refus de la différence. Vivre ensemble peut consister à mieux se respecter mutuellement en ses dissemblances même extrêmes. Pour avancer résolument avec détermination de concert.
Notre société peut moins vieillir démographiquement, moralement, perdre de son dynamisme. Par excessif enfermement en ses routines, conservatismes, immobilismes. Nos jeunes peuvent être plus nombreux, moins s’expatrier pour s’assurer un destin meilleur. Le seul moyen d’inverser la tendance est de leur accorder bien plus de « place » en leur société française, la conduite des affaires. Ils sauront alors bien mieux que leurs aînés accélérer la marche des décennies à venir-443. R. Barre, (Homme d’État, France, 1924-2007) a affirmé que « les Corses n’avaient qu’à prendre leur indépendance s’ils la souhaitaient » ! De même il revient aux juniors de « se saisir pleinement eux-mêmes de leur complète souveraine destinée ».
– Vos Image de Marque, Modalités –
Dépendances d’ « Assimilation » de Jeune
L’image médiatique : écrite, audiovisuelle, littéraire, cinématographique, artistique, culturelle de votre jeunesse n’est pas en reste. Généralement elle ne donne de vous qu’une vision partielle, partiale, négative, dévalorisante. Cette conception très erronée, limitative, injuste vous enferme, junior, en un rôle des plus manichéens, stéréotypés, répulsifs. Votre néogénération est victime de la représentation fort mauvaise, déformée qu’en donne la presse de tout genre. Trop d’information « tue » l’information. La surinformation aboutit à la « mal information ». À la désinformation la plus dommageable et délétère.
Les médias, Internet sont une formidable « caisse de résonance de tous les sanglots et les gémissements » du globe. Ils répandent auprès des jeunes les pires « délices et poisons » vénéneux de la société « désaxée et obscène ». Liturgie ritualisée de tous les drames planétaires amplifiés, vrais cynismes, plus abjectes perversions, insanités et superficialités. Matérialismes, artifices, fausses valeurs, pseudo-idoles, violences, quêtes de factices célébrités éphémères, sottises, futilités et laideurs… Désastre pour la jeunesse !
Ils font fallacieusement « rêver » les juniors, les dupent, manipulent. Cela déforme leur vision du monde. Les médias écrits, audiovisuels, Internet ont une responsabilité immense. Quant à l’ « odieuse réputation » faite à la jeunesse par les adultes et leurs complaisants relais complices. Les juniors ne sont dépeints que sous les jours les plus « noirs ». L’on n’exhibe volontiers comme autant de pathétiques « trophées » que les jeunes les plus marginaux. Minoritaires, à problèmes ou déviants, extrêmes, victimes et sources d’ « ennuis ». Jamais représentatifs de l’immense majorité d’entre eux.
Le jeune qui construit, partage, contribue à la richesse humaine est délibérément « oublié ». L’information ne parle que des juniors qui « dérapent » ou sont victimes d’accidents, de violences, manifestations, mal-être. Ainsi les médias de France sans exception ont-ils largement évoqué la mort accidentelle d’un jeune alcoolisé de vingt-et-un ans. Au « rassemblement apéro géant » organisé sur le réseau social Internet Facebook à Nantes. (France, mai 2010). La jeunesse est prioritairement présentée, stigmatisée comme véritable « bête curieuse de foire », quasi- « plaie vivante ».
Notre presse, nos médias classiques, Internet n’ont le plus souvent pas opéré le choix de retenir de la jeunesse l’apport positif de sa majorité représentative. Seule la « sombre face » d’une minorité marginale : accidents, déviances et imprudences, échecs, difficultés… Cela participe de la « noire légende » qui se forge de la néogénération de ce pays. Ce parti pris systématique de l’information, des articles, émissions, reportages, séries télévisées et films de cinéma… donne du jeune une image faussée. Menace, victime, fardeau. Contribue à sa mise à l’écart de sa propre société. Pour illustrer de façon saisissante notre propos nous avons retenu l’exemple significatif d’un journal de presse français d’information quotidienne de très grande diffusion. Direct Matin puis CNews. (Numéro 698 du lundi 14 juin 2010). Nous avons relevé pas moins de sept références aux jeunes toutes négatives. Que l’on en juge !
Cela commence par la simulation musclée d’enlèvement d’un jeune par ses amis, ce que la loi réprime, à l’occasion de son « enterrement de vie de garçon ». Suivie d’une interpellation par la Gendarmerie. (P. 2). Ensuite deux juniors de dix-neuf / vingt ans sont arrêtés par la Police nationale pour effraction avérée avec dégâts dans un collège, tentative de vol. (P. 6). Un junior de vingt-trois ans est retrouvé mort écrasé par son véhicule retourné dans un fossé. (P. 10).
Un garçon de dix-huit ans avoue avoir assassiné avec une arme blanche un adolescent de dix-sept ans. (P. 11). Puis un article précise que si les dix-huit – vingt-neuf ans représentent un tiers des « donneurs de sang » en France, cela est trop ponctuel, limité. Il s’agit donc d’inciter les jeunes à « mieux faire » et de les « fidéliser ». (P. 12). Deux jeunes gens de dix-sept et dix-huit ans reconnaissent le meurtre par arme blanche, le vol d’argent sur la personne d’un retraité de soixante-et-onze ans. (P. 12). Le journal évoque aussi la réédition de la bande dessinée conçue en 1956 par le couturier Y. Saint Laurent. (France, 1936-2008). Il s’agit de La vilaine Lulu, jeune fille qualifiée en l’article même de : « personnage décadent, irrévérencieux, totalement amoral ». (P. 24).
Résumons : hormis un seul article mentionnant un festival de « jeunes talents du rire », toutes les références aux juniors sont dévalorisantes et répulsives. Sur sept articles négatifs ayant trait aux jeunes quatre concernent des violences dont deux faits criminels ayant entraîné mort d’homme. L’un cite un accident mortel. Un autre fait appel à la « générosité » des juniors. Sous-entendant qu’en matière de don du sang elle est « irrégulière » donc « insuffisante ». Un dernier propos met en exergue un personnage de fiction juvénile dont l’on souligne les caractéristiques maléfiques et des plus douteuses ! (Journal quotidien d’information Direct Matin, France, 14 juin 2010).
Les médias français dont Internet contribuent à la stigmatisation de la jeunesse. Ils ne sont en cela que les purs « reflets » d’une société nationale qui n’aime pas, n’accepte pas, rejette sa propre descendance juvénile. Est-ce donc-là la vision que l’on veut donner de tout une génération ? Le crime, l’accident, l’inconduite notoire ? Où sont donc mentionnées les belles réalisations, les grandes vertus de nos cadets-444 ? Ce n’est pas en « dénaturant et défigurant » les jeunes, ce qu’ils sont, font, représentent qu’ils seront motivés à donner le meilleur d’eux-mêmes pour leur personne, société.
Bien au contraire cette injustice qui leur est faite ne peut que les mener à endosser plus encore un faux rôle d’ « enfants terribles ». Que l’on souhaite leur faire tous « jouer » et à tout prix ! « Amuseurs publics, fous du roi, trublions fantasques et fanatiques hors-la-loi ». Les juniors ne peuvent et ne veulent intégrer une communauté en laquelle aucune image ni place décentes, nul rôle essentiel ne leur sont accordés. Ne nous étonnons guère alors de les voir « déserter » un monde qui ne veut en aucun cas d’eux-445 ! N’ont-ils pas insuffisamment l’occasion de s’exprimer ? Qu’ils prennent résolument la parole !
Heureusement de plus en plus les jeunes se disent désormais par et pour eux-mêmes. Ils ont compris qu’il ne fallait jamais compter sur les adultes pour donner une juste, bonne image de leur génération. Aujourd’hui les médias écrits, audiovisuels et Internet faits par, avec les jeunes se développent. Ainsi, les journaux lycéens ou étudiants comme Le Petit Juriste, LPJ, journal étudiant sur l’actualité juridique. (lepetitjuriste.fr). Les radios de jeunes comme VL. (vl-media.fr).
Également les télévisions juniors comme MCE Tv : Ma Chaîne Étudiante. (mcetv.fr). Comme autant de moyens de libre expression de la génération Y des vingt – trente-neuf ans et Z des moins de vingt ans. Via des médias à base Internet. Cela reste toutefois fort timide en France par rapport aux expériences étrangères. Il s’agit pour les juniors de créer plus encore leurs propres médias écrits, radiophoniques, télévisuels, Internet pour « exister » !
Les journalistes seraient avisés de montrer les « belles choses » de cette génération dont l’on ne parle quasi jamais. Leurs engagements, réalisations et valeurs positives de courage, solidarité, générosité, d’humour, d’idéal. Ils se doivent d’ « enrichir » les jeunes, non de les « appauvrir ». Il s’agit pour les « médias jeunesse » de faire des efforts en ce sens car ils sont généralement trop peu exigeants et ambitieux à l’égard des jeunes. Ils sont encore trop rares, limités à la sphère ludique, des loisirs, culturelle, aux problèmes juvéniles. Ils font trop volontiers appel à la facilité de la pire médiocrité démagogique, non à l’exigence élevée.
Ils dévalorisent fort nos cadets par leur « conformisme pseudo jeuniste ». Les juniors peuvent pourtant apporter à la collectivité entière leurs valeurs d’ouverture altruiste, idéaux élevés, anticonformismes. À l’encontre de la « pensée unique », antidémocratique ambiante portons leurs envies de croire qu’un autre univers est possible ! Le jeune médiatisé reste avant tout celui qui « agit mal, est en une mauvaise passe ». Marginal, tourmenté, « torturé » même et soumis aux violences ou en causant. Beaucoup plus rarement celui qui rayonne, apporte sa pleine contribution des plus constructives. Le jeune français ne s’attire qu’arrogance, mépris.
Dans les œuvres de fiction certes la beauté extrême des amitiés juvéniles transparaît. Le malheur et le drame bien plus que les bonheurs aussi. L’on peut citer à nouveau en littérature le roman russe L’Adolescent (1875) de F. Dostoïevski, (écrivain, Russie, 1821-1881)-446, français, Le Grand Meaulnes (1913) d’A.-Fournier, (écrivain, France, 1886-1914)-447. Au cinéma les drames américains Ken Park (2002) de L. Clark, E. Lachman-448 ou Elephant (2003) de G. van Sant-449.
Les jeunes atypiques ou en situations extrêmes sont le plus souvent mis en avant. Au détriment de tous les autres pourtant bien plus représentatifs. L’ « imagerie classique spinalienne » de la jeunesse est dépeinte, déclinée de façon ultraconvenue. Même si l’intention se veut toujours louable comme en la comédie cinématographique française de F. Berthe, Nos 18 ans (2008)-450. Il est vrai que trop souvent les films d’ados ou teen movies regorgent de clichés caricaturaux, en réalité de fait plus anti-jeunes que véritablement favorables à la jeunesse.
Sans compter les séries télévisées comme Friends, (Comédie, sitcom, D. Crane, M. Kauffman et al., États-Unis, NBC, 1994-2004) ou autres. L’actualité mettant en scène des acteurs juvéniles n’est pas que répulsive. Elle peut être positive, constructive. Il appartient aux médias d’être bien plus « objectifs », de s’intéresser aux événements « valorisants ». Ceux que l’adolescence est bien plus souvent fort capable de générer. Les occurrences délictuelles ou accidentelles concernent des sujets très minoritaires.
L’immense majorité « s’exprime » tout autrement, il s’agit authentiquement d’en rendre meilleur compte. La jeunesse n’est pas une catégorie exotique, barbare et sulfureuse. Elle tend plus encore à son accomplissement, l’édification de sa société et l’avenir qu’à l’autodestruction, la sape subversive, nihiliste. Il serait beaucoup plus « honnête » en déontologie médiatique que les émissions, reportages ayant trait aux jeunes s’attachent à en décrire toutes les réalités tangibles. Y compris les plus positives. Non seulement systématiquement les moins représentatives et les plus négatives ou viles !
Il convient d’annihiler la perversion malsaine, mensongère qui dit au jeune que la réussite existentielle est aisée. Qu’elle repose sur une notoriété en réalité factice, de mauvais aloi. Il importe non d’exhiber de façon voyeuriste, comme indigne certains pour faire faussement « rêver » leurs semblables. Or, de leur donner authentiquement la parole. Ils sont aptes à véritablement s’exprimer sur le fond en pleine dignité, total accord de conscience. Tous les médias, l’information, la communication électroniques, numériques, informatiques constituent pour les juniors une formidable ouverture sur le monde. Ils constituent aussi pour eux un énorme « vecteur d’amplifications » des pires travers de l’univers.
L’excès de consumérisme d’images vidéo par les jeunes est « toxique ». Même quand il ne s’agit nullement de cyberdépendance. En ce sens qu’il installe profondément dans l’esprit des jeunes le « syndrome » de la virtualité la plus abstraite. Il y a confusion dangereuse entre la réalité et le pur imaginaire. En vidéo, jeux et films tout est possible contrairement à ce qui est dans la vie réelle. Le risque de la « déréalisation » comme en matière de certains jeux de rôle est de « déraper » vers l’irréversible en la « vraie vie ». Citons les exemples de ces jeunes qui prennent et font prendre à autrui les pires risques insensés, inconscients et irraisonnés-451.
Pour reproduire par mimétisme ce qu’ils ont vu par écrans interposés. Comme avec les émissions transgressives Jackass. (Téléréalité, J. Tremaine, MTV, États-Unis, 2000-2002). Outre ceux qui en viennent à tuer par « duplication ». Pour être extrêmes ces cas n’en sont pas moins révélateurs. La virtualité des écrans vidéo émousse fort la sensibilité aux souffrances et droits d’autrui. Elle flatte les ego, pulsions pernicieuses aux dépens de l’autre, de soi en réalité. À des âges immatures, sans recul. Il s’agit de briser le pessimisme médiatique récurrent qui accentue l’inquiétude exacerbée du jeune.
Il ne s’agit pas pour les médias de verser dans l’ « angélisme le plus lénifiant ». Il convient de « rééquilibrer » la tonalité générale de l’information et du discours médiatiques. En ne surprivilégiant pas la liturgie du drame ni de l’échec, la souffrance. Ces phobies macabres, morbides taraudent assez le jeune pour ne pas « surenchérir » de la façon la plus malsaine. La parole médiatique peut donner envie au jeune de s’engager dans le monde qui est le sien et d’ériger son propre univers futur.
Il ne s’agit pas de propager la peur, le dégoût, la renonciation aux normes de vie. Pour cela l’établissement d’une juste, saine hiérarchie des valeurs s’impose. La forte mise en exergue permanente des extrêmes les plus cruels laisse entendre aux juniors que tout est possible. Même le pire et peut se justifier dans le mensonge. La responsabilité morale des médias se doit d’être assumée. Ce sont eux qui contribuent à forger l’éthique philosophique du citoyen. En particulier juvénile, en lui présentant, expliquant le monde. Il est du devoir médiatique de recadrer la réalité en ne se contentant pas de dépeindre les syndromes pathogènes.
Il s’agit de démontrer aussi que solutions, espoirs raisonnables, réalisables existent toujours bel et bien pour tous sans exceptions. Pour des raisons d’identifications, de maturation les jeunes sont amenés à pouvoir s’exprimer ès qualité dans les médias. Y voir, lire, entendre leurs semblables. Les programmes radio, télédiffusés, Internet et écrits ponctuels, réguliers dans des médias classiques ou spécialisés qui leur sont réservés pourraient s’étoffer, s’enrichir, s’améliorer. De façon interactive l’adolescent pourrait en certaines émissions plus et mieux intervenir en plateau et par téléphone ou en « lieux de vie ». Les émissions pour, sur, avec les jeunes ne peuvent plus se limiter à des programmes radiodiffusés leur donnant la parole.
Sur la bande Fm, qui fidélisent leur auditorat juvénile en diffusant ses musiques favorites. Certaines émissions de libre parole sont d’un niveau fort médiocre à amender. La présence médiatique des jeunes peut être renforcée en nombre, qualité. En un but d’élévation morale, non de « racolage ». Leur image publique est à redéfinir. Le monde adulte peut bien moins foncièrement ignorer les réalités de la jeunesse. Les médias peuvent la présenter plus et mieux. Les jeunes sont amenés à pouvoir s’y dire plus souvent.
Quand ils s’y expriment ou que l’on s’adresse à eux il ne s’agit pas de flatter de façon démagogique leurs travers naturels ou supposés tels les plus dégradants. Il convient de faire prévaloir l’exigence la plus rigoureuse pour éduquer, épanouir. Non pour avilir par seul lucre. Les médias recherchent la modernité juvénile avant-gardiste. Or, ils se défient de la libre-pensée « non autorisée » des juniors. En réalité en la société entière les jeunes eux-mêmes ne sont pas prisés ni valorisés. Seul l’est l’idéal d’être, de paraître et faire « jeune, beau, en bonne santé »-452.
Concernant les juniors ès qualité nous avons dit et redit qu’ils suscitent rarement des réactions équilibrées. Tantôt adulés et cajolés ou détestés et maltraités ils ne sont que trop peu appréciés pour, en eux-mêmes. Un jeune « bien intégré » en sa société sait développer maturité psychoaffective, autonomie matérielle, relationnelle, responsabilité personnelle. Il ne se complaît plus dans les enfantillages si inconséquents du passé. Il sait assumer les risques calculés de l’autonomie. Pour ne compter avant tout que sur lui-même, ses propres forces. Par l’effort, non sur autrui. Il prend ses responsabilités pour faire face aux obligations de la vie qui lui incombent fort.
Sans lâchement se réfugier dans les fuites en avant ni les protections tutélaires dépassées. Son modèle est la liberté, la lutte active et la réussite finale. Jamais la dépendance infantile, l’assistanat passif, le laisser-aller, le marasme, l’échec-453. La jeunesse peut constituer un modèle identificatoire bénéfique, non toujours un repoussoir négatif. Ainsi Tintin, (Belgique, 1929-1986) est-il un héros adolescent positif, valeureux, valorisant et valorisé. Dans les célèbres bandes dessinées d’aventure Les Aventures de Tintin de son auteur belge Hergé, (G. Remi, 1907-1983), les films cinématographiques dérivés. Porteur d’espoir et de grand courage pour l’ensemble de sa génération.
Bien loin des très ternes clichés habituels d’une classe d’âge « parasite et inutile ». Voire malfaisante pour elle-même et sa société. Médias, littérature, cinéma et paroles musicales, représentations artistiques et culturelles se font les reflets de ce « très triste malentendu ». Complaisamment, délibérément entretenu. Donnant de la jeunesse une image de menace potentielle et négative, répulsive et marginale. Non représentative de la majorité. Globalement des efforts immenses restent à accomplir par les supports médiatiques. En la façon dont est présentée la juvénilité, dont l’on s’adresse à elle.
Trop peu de programmes adaptés au public juvénile et « de qualité », leur donnant la parole sur l’essentiel, non seulement quant à leurs « problèmes de jeunes » existent. L’on ne prend quasiment jamais la peine de les interroger sur leur « vision du monde » et la marche de ce dernier. Pourtant ils auraient « tant à dire » ! L’impact sur ces juniors est trop souvent encore délétère. Un excès d’images vidéo subies sans recul ni réflexion aboutie aucuns rend le jeune passif, apathique, agressif, énervé ou fatigué. Par conformation spécifique des lobes de son cerveau en pleine construction.
Surstimulation, saturation de stimuli plus ou moins perturbants. Les images subliminales les plus violentes ne peuvent le laisser indemne, induisent une habituation au pire. Les médias adulent la « modernité » juvénile mais « ignorent » les jeunes. Par métier ces médias s’attachent à l’événement d’actualité qui est souvent de type plutôt dramatique. Les juniors évoqués sont avant tout associés à des faits divers négatifs. Cela contribue à amalgamer dans l’opinion jeunes et menaces, déviances répulsives. L’information grossit démesurément, déforme le trait à sa guise. Le personnage décrit est à jamais campé.
Il sera le « méchant » stigmatisé à réduire dont il faut se prémunir. Les médias d’investigation, de reportages « société » ne s’intéressent systématiquement qu’à l’adolescence minoritaire la plus marginale, spectaculaire, en crise. Au détriment de la vraie majorité représentative. Cela fausse, dégrade l’image des jeunes, aggrave le rejet dont ils sont déjà victimes. L’audience se fait au détriment de la réalité habituelle car elle exige la surenchère du baroque le plus extravagant. Pour frapper les esprits mais non l’intelligence. À l’opposé ce qui est tout aussi délétère et artificiel la sphère médiatique met en avant comme modèles certains juniors.
À la notoriété tout aussi éclatante que soudaine, artificielle ou souvent éphémère. Nombre de jeunes perdus confondent vraie réussite de vie et « starisation » superficielle. Devenir célèbre devient un grand objectif existentiel. La manipulation sans fard de type Secret Story, (Téléréalité, TF1, NT1 / TFX, M. Manganaro et al., France, 2007-2017 et depuis 2024) en est la manifestation typique. La personnalité du junior est perturbée par la difficulté à être, mûrir. Les médias ne font qu’ajouter à sa « névrose » par l’amplification formidable qu’ils opèrent des « malheurs » du monde.
L’inquiétude naturelle du jeune se mue alors en angoisse morbide déstabilisante. Obsessions, désespérances le rongent très profondément puisque la vraie « légitimité ontologique » en toute plénitude fait problème. En un tel contexte totalitaire de mort et d’échec. Le rejet du monde adulte par le junior s’en trouve radicalisé. Car la réalité avérée ou supposée et véhiculée par les médias est souvent de tonalité perverse, malsaine et violente. L’accent n’est pas à l’espérance, au constructif mais plutôt à la stigmatisation, la noirceur, la douleur même. La duperie la plus insidieuse consiste à laisser entendre à l’adolescent que « rien ne vaut puisque tout vaut ».
L’échelle des vraies valeurs en est hautement brouillée. Les jeunes se trouvent empêchés de « grandir » par la conviction sans cesse martelée implicitement que « la vie ne vaut pas la peine d’être vécue ». Tant la déchéance de l’Homme y apparaît chaque jour un peu plus irrémédiable. Découragée et abattue par avance la jeunesse est tentée par le défaitisme total, l’extrémisme pernicieux. Qui ne peuvent la mener qu’à une délétère impasse de type suicidaire dont elle est la victime. Les juniors sont absents des médias qui les écartent, ne leur donnent pas la parole. L’enfant est plus privilégié.
Les émissions authentiquement faites pour, par, avec eux sont quasi inexistantes. Car ils inquiètent toujours par leur imprévisibilité, insaisissabilité, liberté de ton. Le jeune n’est pas jugé convenable par sa façon d’être et de penser. Sa parole est dénuée d’intérêt, de poids car il est tout à la fois « trop vieux et trop jeune » pour rassurer les « bonnes âmes bien-pensantes ». La participation médiatique de la jeunesse est non seulement rare mais aussi « décalée ». Le plus souvent les médias font appel à des sujets atypiques, en marge, non représentatifs de la plupart d’entre eux et de leurs préoccupations et vécus réels. Une « médiacratie » d’artifice ne peut voir l’essentiel !
Ce leurre brouille encore un peu plus l’image des jeunes. Ils sont alors irrationnellement tout à la fois objets de fascination-repoussoirs, « mi-anges, mi-démons », tour à tour des plus adulés, détestés ou incompris-454. La quasi-absence médiatique de notre jeunesse, sa si mauvaise représentation accentuent la désinformation à son égard-455. Cela obscurcit encore plus ses liens avec la société adulte. Ignorances, préjugés, malveillances à son encontre sont renforcés par le divorce entre ses représentants et les grands moyens de communication. L’adolescent ne maîtrise jamais en rien la gestion de sa propre image qui est ainsi faussée pour son plus grand dommage.
De même aussi hypocrisie, pharisaïsme suprêmes les « adultes-Philistins » cultivent l’idée de « jeunesse éternelle ». En une sorte de « syndrome » Peter Pan. (J. M. Barrie, écrivain écossais, 1860-1937, Peter and Wendy / Peter Pan, roman pour enfants, Royaume-Uni, 1911). Dorian Gray. (O. Wilde, écrivain irlandais, 1854-1900, Le Portrait de Dorian Gray, roman philosophique, États-Unis, 1890). Ils veulent « rester et vivre jeunes » le plus longtemps possible-456. Or, ils n’apprécient que fort peu les « vrais juniors » eux-mêmes. L’on aime l’état de juvénilité sans les jeunes, contre eux. Non pour les juniors eux-mêmes !
Adultes « durs » ou adultes « mous » à l’égard des jeunes sont légion. Les vrais adultes « justes » beaucoup moins. Qu’est-ce qu’un junior « bien intégré qui fait son chemin, s’en sort » en sa société ? Il a la maturité psychoaffective. L’autonomie matérielle et relationnelle. La responsabilité personnelle. Permises par le monde adulte par la confiance, l’exemplarité et l’accueil des jeunes. Ces « vertus » sont toujours indispensables à la fort bonne insertion psychosociale juvénile. Un junior en cheminement adulte « qui compte veut prendre toute sa place », a l’impératif de s’inscrire en une logique de ténacité, persévérance.
D’effort, de patience et sacrifice constant pour parvenir. Mérites, récompenses, devoirs, droits, courage, plénitude, ascèse et dépassement de soi sont les « pleins viatiques » d’une « juvénilité en marche »-457 ! Cette jeunesse française ne parvient pas à exister, réussir, s’épanouir car sa société elle-même est « malade » à tous points de vue. Son pays en marasme, délitement croissants ! Or, seule une nation tonique, dynamique, ouverte peut « porter au zénith » une génération nouvelle.
Les jeunes français ont plutôt confiance en eux or, non en leur société. 69 pour cent se disent « confiants en leur avenir ». Or, ce chiffre a fort nettement baissé par rapport à l’année précédente. L’adhésion au pays a aussi décru ! Presque la moitié des juniors pensent qu’ils vivront moins bien que leurs parents. Contre un cinquième seulement qui estiment quant à eux qu’ils vivront mieux. Ils sont pessimistes et malheureux quant à la place mineure qui leur semble octroyée en leur nation. Ils se jugent eux-mêmes plutôt réalistes et aussi inquiets. Les quatre cinquièmes se disent désabusés et autant sont convaincus que leur société française a une image négative d’eux en tant que jeunes.
Ils se pensent délaissés. 69 pour cent croient que la jeunesse n’est pas une priorité du gouvernement. Internet et l’égalité ou la solidarité recueillent le plus d’adhésions positives chez eux. Les juniors sont lucides quant au travail, au succès professionnel. Presque la moitié des sondés de moins de trente ans privilégient l’emploi, la carrière par rapport au reste. Jusqu’à plus de 60 pour cent des moins de vingt ans. Bien avant la vie privée, des loisirs ou sociale. Seuls les plus de vingt-cinq ans accordent à leur future famille autant de poids qu’à leur travail. Quasi quatre cinquièmes des sondés envisagent l’emploi comme impératif financier, non tel vecteur de plénitude personnelle. Presque la moitié lient pourtant métier réussi et appétence bien avant l’avantage d’un revenu élevé.
96 pour cent des jeunes accordent un crédit fort positif à l’Internet. 89 pour cent à l’idée de responsabilité. 86 pour cent à la solidarité. 85 pour cent à l’égalité. 84 pour cent à la laïcité. 81 pour cent au changement. 80 pour cent au travail. 75 pour cent à la nation. 71 pour cent à la France. 68 pour cent à l’ « identité nationale ». 66 pour cent à l’Union Européenne. 62 pour cent aux services publics. 62 pour cent au libéralisme. 61 pour cent à l’autorité. 59 pour cent au socialisme.
57 pour cent à la mondialisation. 53 pour cent au profit. 53 pour cent aux réformes. 69 pour cent des juniors de seize-trente ans se disent confiants en leur avenir personnel. Pour 63 pour cent des seize – dix-neuf ans, 68 pour cent des vingt – vingt-quatre ans, 73 pour cent des vingt-cinq – trente ans. 31 pour cent des seize-trente ans s’affirment confiants en l’avenir de la société française. Contre 23 pour cent des seize – dix-neuf ans, 30 pour cent des vingt – vingt-quatre ans, 36 pour cent des vingt-cinq – trente ans.
Les jeunes se disent réalistes à 40 pour cent. Inquiets à 34 pour cent. Ambitieux à 27 pour cent. Responsables à 21 pour cent. Blasés à 21 pour cent. Optimistes à 19 pour cent. Puis révoltés à 16 pour cent. Sereins à 9 pour cent. Engagés à 7 pour cent. Idéalistes à 6 pour cent. 21 pour cent des juniors de seize-trente ans pensent qu’ils vivront mieux que leurs parents. Pour 26 pour cent des seize – dix-neuf ans et 22 pour cent des vingt – vingt-quatre ans. 18 pour cent des vingt-cinq – trente ans. 33 pour cent de jeunes de seize à trente ans pensent qu’ils vivront aussi bien que leurs parents.
Pour 34 pour cent des seize – dix-neuf ans, 36 pour cent des vingt – vingt-quatre ans et 30 pour cent des vingt-cinq – trente ans. 46 pour cent de juniors de seize-trente ans pensent qu’ils vivront moins bien que leurs parents. Pour 40 pour cent des seize – dix-neuf ans et 42 pour cent des vingt – vingt-quatre ans ou 52 pour cent des vingt-cinq – trente ans. 47 pour cent de jeunes de seize-trente ans accordent le plus d’importance à leur avenir professionnel, leur carrière. Pour 61 pour cent des seize – dix-neuf ans, 53 pour cent des vingt – vingt-quatre ans et 36 pour cent des vingt-cinq – trente ans.
30 pour cent des juniors de seize-trente ans accordent le plus d’importance à leurs loisirs, vie sociale. Pour 31 pour cent des seize – dix-neuf ans, 34 pour cent des vingt – vingt-quatre ans, aussi 28 pour cent des vingt-cinq – trente ans. 23 pour cent des jeunes de seize-trente ans accordent le plus d’importance au fait de fonder une famille. Pour 8 pour cent des seize – dix-neuf ans, 13 pour cent des vingt – vingt-quatre ans, 36 pour cent de jeunes de vingt-cinq – trente ans. 77 pour cent de juniors de seize-trente ans pensent que le travail est avant tout une nécessité pour gagner sa vie, s’intégrer. 23 pour cent estiment qu’il est d’abord une authentique source d’épanouissement.
66 pour cent des seize-trente ans déjà jeunes diplômés disent que leurs études ont ou ont eu un objectif premier d’acquérir une formation en un domaine leur convenant. 34 pour cent affirment que l’objet de leurs études est / était d’abord de se former pour pouvoir trouver rapidement un emploi. Pour 45 pour cent des jeunes de seize-trente ans réussir sa vie professionnelle est avant tout avoir un emploi qui leur plait. Pour 20 pour cent avoir des revenus « confortables ». Pour 14 pour cent avoir un emploi qui laisse du temps suffisant pour une vie personnelle bénéfique. Pour 14 pour cent avoir un emploi stable. Pour 4 pour cent avoir un poste à responsabilité. Pour 3 pour cent être son propre patron.
64 pour cent des juniors actifs pensent que leur emploi correspond à leur niveau d’études, comme de qualifications. 39 pour cent des jeunes en études ou au chômage pensent qu’ils trouveront plutôt facilement un emploi. 61 pour cent difficilement. 73 pour cent des juniors en études ou au chômage pensent que leur futur emploi correspondra à leur réel niveau d’études, de qualifications d’alors. 81 pour cent des seize-trente ans pensent que « la jeunesse française est désabusée » concernant sa place en son pays ! 55 pour cent estiment que le thème Jeunesse occupera une « place centrale » dans les élections de 2012. 31 pour cent croient que l’ « avenir de la néogénération » est une priorité du gouvernement. 21 pour cent seulement sont convaincus que la société française a une « bonne image » des juniors. Ils ont donc conscience de leur sort national « déchu » ! (Ifop, France, 2012)-458.
Un exemple symbolique de cette « panne hexagonale » dont souffre notre descendance : le projet dit « Grand Louvre ». En 1980 le musée parisien est un palais très délabré, mal géré, organisé, en perte de vitesse et complètement obsolète en terme de muséologie moderne. Quarante ans plus tard en 2020 il attire les foules du monde entier. Dans les années 1980 le président Mitterrand, (France, 1916-1996), le ministre de la Culture J. Lang ont eu les « pires difficultés du monde » à imposer la rénovation complète des lieux. Face au vaste tollé suscité alors.
Le départ du ministère de l’Économie et des Finances, l’extension, les réorganisations muséographiques et la pyramide de I. M. Pei. (Architecte sino-américain, 1917-2019). Tous les conservatismes à la française se sont alors ligués contre cette belle « résurrection » si indispensable. Aujourd’hui tous reconnaissent la formidable réussite de plus de trois décennies de métamorphoses pharaoniques ! De nouveaux grands travaux de modernisation sont à venir. Une société « anti-mouvement » ne peut aimer ni favoriser une jeunesse qui par définition n’est que mutation très rapide-459 !
Prenons alors garde à la « fuite de nos meilleurs cerveaux » à l’étranger. Ainsi une tribune du journal français Libération titrera-t-elle fort justement : Jeunes de France votre salut est ailleurs : barrez-vous ! (3 septembre 2012). Au vu d’une « nation figée » tout particulièrement pour ses juniors. Sachons les retenir ! Nous avons dit que les jeunes français souffrent d’une image sociale, médiatique des plus négatives, désastreuses. Ils en ont conscience, demandent une représentation plus juste, positive de leur génération.
Cela s’illustre début 2017 avec l’affaire des disparus d’Orvault près de Nantes. Une famille entière se volatilise : les parents, un garçon de vingt-et-un ans, Sébastien, sa sœur de dix-huit, Charlotte. Sous prétexte qu’adolescent le jeune homme a connu des difficultés psychiques les médias l’ont présenté tel premier suspect, meurtrier possible des siens. Or, son oncle avouera l’assassinat des quatre personnes. Sébastien, innocent était injustement incriminé car jeune homme ! Rendons hommage et pleine justice à ce jeune martyr non pas coupable mais victime !
[ VOTRE JEUNESSE « ABÎMÉE » ]
MALTRAITÉE, HANDICAPÉE, PRÉCAIRE, DÉVIANTE
Si votre jeunesse en son ensemble est globalement « discriminée » par rapport au reste de la population notamment adulte, sa part défavorisée l’est encore plus. Il s’agit de vous, jeune victime de graves maltraitances de toutes sortes. Souffrant de lourds handicaps physiques, psychiatriques et intellectuels. En difficultés socioéconomiques. Pénalement déviant.
1960, un camp scout est en vallée de Chamonix, l’une des patrouilles, les Aigles réunit des garçons de douze à seize ans. Pour jeux dangereux, le chef de camp les punit d’une ascension à 2500 mètres qui finit mal. Histoire vraie : Les Aiguilles rouges. (Drame de cinéma français de J.-F. Davy, 2006)-460. Yannick est un jeune athlète devenu aveugle par accident. Il ne peut pratiquer que la course à pied. Leïla est son guide-entraîneur pour la compétition. Il apprend à se reconstruire et dépasser son handicap par l’ascèse. Trame de La Ligne droite. (Drame cinématographique français de R. Wargnier, 2011)-461.
En plein hiver glacial une jeune fille errante seule avec sa faim, la soif est retrouvée morte de froid, épuisée. Comment en est-elle arrivée-là, qui était-elle, pourquoi ne l’a-t-on sauvée ? Énigmes sans réponses. Inique absurdité amorale dépeinte par Sans toit ni loi. (Drame de cinéma français d’A. Varda, 1985)-462. Printemps 1999, des lycéens du Colorado vaquent à leurs tâches usuelles. Sans se douter du drame à venir. Deux jeunes éternels maltraités se vengent atrocement. Ils tuent par balles douze jeunes, un enseignant. Carnage du lycée de Columbine repris par Elephant.(Drame cinématographique américain de G. Van Sant, 2003)-463.
Les Aiguilles rouges évoquent la maltraitance faite aux adolescents. La punition subie est des plus excessives, cause des souffrances indues, met la vie en péril. La Ligne droite démontre fort bien que le handicap physique d’un junior peut être fort transcendé, sublimé même dans les grands enjeux et défis de vie. Sans toit ni loi révèle que la jeunesse peut vivre fort précocement de très grandes incertitudes au prix des dénuements mortifères les plus extrêmes. Elephant rappelle que l’adolescence demeure « le temps de tous les dangers, fragilités, failles et doutes » qui peuvent mener les jeunes aux pires des déviances.
Concluons en évoquant un indigne scandale dont la France « a le secret ». Énièmes iniquité, outrage, ignominie des plus écœurants qui soient. Frappant une fois de plus les jeunes de ce pays. Qui sait que dans nombre d’hôpitaux français les étudiants en santé sont régulièrement maltraités de la pire façon ? Par des praticiens médicaux violant en infamie leur propre serment d’Hippocrate !
– Dur Sort de Votre Nouvelle Génération –
Vulnérable, « Blessée de la Vie »
Difficulté est un terme du treizième siècle issu du « latin difficultas. Caractère de ce qui est difficile ; ce qui rend quelque chose difficile. En difficulté : en une situation difficile ». Difficile est un adjectif de 1330, lequel vient du « latin difficilis. Qui n’est pas facile ; qui ne se fait qu’avec effort, qu’avec peine. Qui donne du tourment ».
(Dictionnaire de la langue française Robert, France, 2007)-464.
Vous, junior en difficulté, êtes celui qui est confronté à des réalités, aléas et épreuves très douloureux. Lesquels vous sont contraires, comme sont de nature à vous faire souffrir. Ce sont des facteurs discriminants notamment à l’égard des autres jeunes non concernés.
Un jeune sur deux, 53 pour cent déclare avoir déjà rencontré un « problème » d’une nature importante. Les difficultés des drogues comme des toxicomanies sont perçues comme parmi les plus « graves » à 53 pour cent. Les difficultés familiales à 28 pour cent. Psychologiques à 11 pour cent. Scolaires à 6 pour cent. Sentimentales à 2 pour cent. Dans la réalité du quotidien les problèmes les plus fréquemment rencontrés par les jeunes sont multiples par ordre décroissant. Les blocages familiaux à 57 pour cent. Scolaires à 35 pour cent. Sentimentaux à 30 pour cent. Addictifs comme psychologiques à égalité, respectivement 12 pour cent. (Pfizer, France, 2005)-465.
Les juniors en grandes difficultés sont la « mauvaise conscience, la honte » de notre pays. Les adolescents en danger, maltraités ne sont pas assez « pris au sérieux ». Il y a comme une propension à minorer la parole, le témoignage du jeune. Qui n’est pas reconnu comme étant suffisamment « grand », crédible pour pleinement prendre en compte ce qu’il exprime. De même les juniors handicapés et souffrant de psychopathologies lourdes ne sont pas toujours pris en charge de façon adéquate. Pour leurs soins et tous les aspects de leur vie la plus courante, ordinaire et quotidienne-466. Tous ces jeunes « blessés de la vie » sont prioritaires ! Hélas en ère anémiée et troublée ce sont les plus faibles qui souffrent le plus, jeunes en tête. Tout particulièrement les juniors les plus vulnérables.
Les jeunes en grande détresse sociale, économique sont marginalisés comme étant « non conformes ». Ils éprouvent les plus grandes difficultés à « rebondir ». Ils sont stigmatisés par leur « déchéance », ont tendance à s’y enfoncer plus qu’ils ne sont véritablement aidés à en sortir. Quant aux jeunes violents et délinquants la société oscille perpétuellement entre laxismes et sévérité. Prévention et punition. Accompagnement social et abandonnisme. Le problème n’est toujours pas « résolu » de nos jours. Prévention et dissuasion, sanction et réhabilitation peuvent trouver un équilibre.
Les juniors en graves difficultés connaissent des blocages structurels et conjoncturels potentiels. Malgré certaines mobilisations fermes trop d’inertie demeure encore quand il s’agit de venir en aide à ces jeunes « à la dérive ». Une moyenne statistique communément admise dit que quatre-vingt-cinq pour cent des juniors « ne vont pas trop mal ou plutôt bien ». Quinze pour cent sont en cas contraire. Pour tout jeune les vecteurs potentiellement porteurs de risques, de « difficultés de vie » sont de trois natures. Il y a ceux relatifs au junior lui-même. Citons surtout la pathologie somatique et psychique, cognitive de naissance et postnatale. Aussi les séparations maternelles précoces.
Il y a les causes familiales. Notamment les conflits, les ruptures parentaux, les violences, addictions, le trouble physique, psychique d’un ascendant, la monoparentalité. La déficience éducative maternelle, l’absence paternelle, les séparations, les recompositions familiales, le décès d’un proche notamment ascendant. Aussi les raisons sociales, comme de milieu. En particulier la déliquescence socioéconomique, le chômage parental, la médiocrité, comme la promiscuité de l’habitat. L’immigration, la solitude, le placement, les changements fréquents de résidences et aussi d’écoles, la guerre et les catastrophes…
A contrario certains facteurs conditionnent un bon équilibre de vie du jeune. De façon personnelle de bonnes aptitudes intellectuelles, une solide estime de soi, des facilités relationnelles, une bonne composition de caractère. Une assurance de sécurité, un code de valeurs, un système de protection et d’adaptation, de résolution des difficultés, de résilience efficace. Dans le cadre familial une éducation équilibrée et l’harmonie avec deux parents qui s’entendent bien, justes, efficaces et aimants. Un soutien de toute la famille et également d’éducateurs adéquats et dévoués.
Aussi en matière d’aide socioculturelle des liens enrichissants avec des adultes hors famille ainsi que des groupes humains collectifs. Des études scolaires enrichissantes et réussies. Pour s’en sortir le jeune peut user de mécanismes de défenses plus ou moins adaptés, efficaces. Citons l’intellectualisation, le déni, la sublimation, le clivage, l’humour, l’imaginaire, l’activisme, le refoulement et le déplacement. Également la projection, l’identification ou la conversion, la régression, l’isolement, la rationalisation, l’annulation rétroactive-467.
Parmi les juniors en marasmes lourds nous pouvons donc distinguer quatre grandes principales catégories « à risques menacées ». Les jeunes « victimes » de maltraitances, violences et en dangers. Les jeunes différents car en graves handicaps physiques ou concernés par la psychopathologie, « inadaptés ». Les juniors parmi les plus « défavorisés » d’un point de vue socioéconomique, culturel. Les jeunes « déviants » entrés en délinquance. Les juniors en altérations psychiques plus légères ou atteints de maladies somatiques ont quant à eux déjà été plus précisément évoqués, détaillés. Au chapitre spécifique concernant la santé.
Les critères différentiels en matière de difficultés juvéniles permettent d’affiner l’analyse. De distinguer les garçons et filles, âges, milieux d’origine, parcours, personnalités, études et localisations géographiques des juniors. Afin d’étudier l’influence induite sur les « ratés » du jeune. « Victimes », « handicapés », « défavorisés », « déviants » les réalités comparatives internationales des juniors en détresse sont instructives. Pour corriger certains retards, dysfonctionnements en la matière. En France notamment les jeunes en carences sont encore trop souvent soumis à l’incompréhension, la discrimination, la solitude.
Pourquoi venir en aide aux juniors en détresse ? Il s’agit de soulager les épreuves des jeunes les plus vulnérables. D’assurer toujours plus et mieux l’égalité des droits, des chances entre tous les juniors. De permettre au pays de bénéficier des atouts de l’ensemble de sa jeunesse. Qu’est-ce qu’un jeune capable de bien « dépasser ses ennuis » ? Il y faut du courage physique, comme moral. De la relativisation face à l’épreuve. Une certaine ascèse exigeante et constante. Avec l’aide précieuse des adultes et de ses pairs néogénérationnels.
Les points d’achoppement sont liés à des réalités de conceptions des choses. Également à des circonstances factuelles, des distorsions porteuses. Annonciatrices en elles-mêmes de possibles ou probables crises à venir plus délétères encore. Si les interventions adéquates font défaut. Il y a la maltraitance, les violences, le danger. Aussi l’inadaptation physique et psychiatrique. La précarisation et la vulnérabilité de subsistance. Les déviances des jeunes. Causes, manifestations et conséquences sont à la fois organisationnelles, événementielles et prospectives. À l’échelle du corps social, des sujets concernés eux-mêmes.
Un effort tout particulier s’impose pour aider tous les juniors en fragilité. Car nous avons maints retards à combler par rapport aux situations en cours en d’autres pays comparables au nôtre. Bien souvent la prévention fait défaut ce qui « dispenserait » ensuite de mesures correctives fort lourdes, aléatoires. Globalement les jeunes en détresse subissent de l’incompréhension car ils se distinguent beaucoup des autres. Ce qui suscite de l’intolérance, l’opprobre, au mieux de l’indifférence. Ces juniors sont discriminés car l’attention, les gratifications premières se portent toujours en priorité vers les jeunes jugés « conformes » et plus « méritants » donc.
Les jeunes en difficulté souffrent aussi de solitudes car ils sont rejetés, laissés pour compte. En une société qui n’admet que la « perfection », comme la performance de ceux qui sont parfaitement « dans le moule ». Ce qui n’est pas leur cas. La « maltraitance ordinaire » insidieuse au quotidien frappe de nombreux jeunes. Tant de la part de leurs pairs que des adultes notamment parents, éducateurs. Cela nous est très fréquemment rapporté en notre pratique consultative par les jeunes. Il y a certes toutes les incivilités des juniors à l’égard de leurs semblables, des adultes.
N’oublions pas pour autant les « atteintes » fréquentes des adultes à l’égard des jeunes. Comme autant d’abus de pouvoirs, d’avanies, de rejets, de mensonges, d’injustices à leur encontre. Ainsi ce lycéen nommément raillé et parodié devant une tout autre classe que la sienne par l’un de ses enseignants de façon gratuite, méchante, ironique. La cause ? Un simple enrouement de voix du jeune ! Citons aussi cet élève heurté avec force par maints projectiles par ses condisciples pour son anniversaire ! Ce père qui empoigne violemment son fils au point même de lui déchirer son vêtement !
Notre jeunesse est plus souvent « victime que bourreau », que l’on se le dise ! En 2007 le rapport thématique annuel de la défenseure des Enfants est consacré aux « adolescents en souffrance ». Les « grandes lignes » de cette terrible étude qui nous alerte fort sont des plus capitales d’enseignements indispensables. Les juniors ainsi anéantis n’ont même plus les ressources d’une rédemptrice consolation.
« Lui a été meurtri pour nos iniquités, persécuté pour le rachat de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix repose sur Lui et en Ses stigmates nous trouvons la guérison ».
(Isaïe, prophète, VIIIe s. av. J.-C., Ancien Testament, LIII, 4-6, La Bible, Moyen-Orient, VIIIe-IIe s. av. J.-C.)-468. Les jeunes sont vulnérables. Leur souffrance psychique est délicate à appréhender. Cela est aggravé par les bouleversements inouïs de la société occidentale, comme mondiale de ces dernières décennies. Avec de plus en plus d’implosions sociales par précarisation, exclusion des familles, adultes et jeunes. La famille organe de stabilité fondamentale a elle-même « volé en éclats ». Outre les liens affectifs qui lui sont propres. Les adolescents relevant de la « protection des mineurs » souffrent moralement bien plus que leurs pairs non concernés. La scolarisation est devenue universelle pour tous les jeunes.
80 pour cent d’une génération sont titulaires du baccalauréat. 85 pour cent fréquentent la dernière année de lycée. Pour autant l’école demeure inadaptée pour nombre de juniors. Le dixième d’une classe d’âge interrompt toutes ses études avant le baccalauréat. La pression extrême pour réussir détruit de nombreux jeunes. Ces jeunes de onze – dix-huit ans sont six millions en France. Collégiens et lycéens sont cinq millions et demi. Ce mal-être dégénère en pensées, tentatives suicidaires et suicides. Chez les filles de moins de vingt-cinq ans il y a un décès pour cent soixante tentatives.
Pour les homologues garçons un décès pour cinq tentatives. Un tiers des jeunes suicidants récidivent. Les jeunes homos sont plus touchés que les autres. Un quart des tentatives de suicide des garçons de quinze – vingt-quatre ans pour un dixième de celles des jeunes filles seraient corrélées à leur seule orientation affective minoritaire. Les polyaddictions galopantes aux toxiques d’évasion que sont le tabac, l’alcool, le cannabis ne sont pas des facteurs favorables pour les juniors. Plus d’un tiers d’entre eux sont concernés de façon toujours plus accrue. Filles, comme garçons. Surtout pour l’alcool.
Il y a interdiction légale des boissons illimitées sur paiements forfaitaires uniques d’entrée. Notamment dans les soirées étudiantes. Cela « n’y change rien ». La suralcoolisation aiguë s’accroît. Le but est l’écroulement total et fort rapide dit « binge drinking ». Les pires ivresses juvéniles se répandent. Un tiers des lycéens sont ivres plusieurs fois par an. Avec toutes les pires dérives accidentelles notamment routières et sexuelles que cela implique alors. Les dépenses financières mensuelles des jeunes pour les achats d’alcool sont en hausses exponentielles.
Le cannabis est désormais un produit d’usage aussi courant que la cigarette pour les jeunes. Il s’agit du produit illicite le plus répandu. La majorité des juniors français de moins de vingt-cinq ans l’ont expérimenté, l’un des taux les plus élevés d’Occident. Les abus sont dangereux. Avec tous les risques afférents en matière de troubles mentaux comme la psychose schizophrénique, les bouffées délirantes. Isolements, accidents routiers, troubles des études s’ensuivent. L’usage d’autres drogues psychotropes n’est pas négligeable, est d’autant plus toxique. En revanche le tabac recule enfin de nos jours chez les juniors.
De plus en plus de jeunes consomment des médicaments psychotropes de façon sauvage en pure automédication. Tranquillisants antistress et barbituriques somnifères prolifèrent. Un dixième des adolescents en consomment. Les troubles du sommeil sont fréquents chez eux. Un quart d’entre eux sont insomniaques notamment les filles. Un tiers sont très stressés, anxieux ou déprimés. Le cannabis peut aussi servir de somnifère. Les excitations vespérales plurisensorielles altèrent la vitesse d’endormissement, la qualité du sommeil, comme le repos nocturne.
La consommation d’images pornographiques touche une forte majorité de jeunes. Notamment garçons à qui cela plaît particulièrement. Les violences notamment sexuelles de nombreux juniors en découlent. Les troubles du comportement alimentaire se développent notamment chez les filles. Cela concernerait même un dixième des jeunes en mode non pathologique aigu. Les juniors qui ont des difficultés passagères générales avec la nutrition sont presque le double. Il s’agit de pratiques alimentaires très inappropriées. L’obésité, la surcharge pondérale gagnent. Le décrochage et l’absentéisme scolaires progressent dans le secondaire et même le supérieur. D’autant plus que la « rentabilité » des diplômes baisse fort.
Échec, autodévalorisation, démotivation en sont les causes premières. Il s’agit de protester contre un mal-être scolaire et existentiel. Les violences et incivilités juvéniles de toutes sortes à l’image de celles des adultes de notre société grandissent, s’enracinent. Contre soi et autrui. Il s’agit d’une réponse inadéquate de renforcement intérieur pour compenser un mal de vivre. Face à un monde extérieur jugé hostile, injuste, incompréhensif. Plus d’un dixième des jeunes provoquent et / ou subissent des violences directes et aiguës. Les jeux violents, dangereux se répandent en objectif de sensations fortes, comme agressives.
Les cyberdépendances notamment ludiques deviennent un lancinant fléau juvénile de société. L’illusoire virtualité compense en apparence les frustrations, le mal-être de la vie réelle. Le danger de l’excès est la rupture du lien social, la déscolarisation. Nombre de juniors ont des blogs personnels sur Internet notamment sur Skyrock.com. De plus en plus le réseau social Facebook plus simple, interactif, souple en fait nouvel office. L’adolescent y exprime souvent ses « désarrois ». Les actions publiques en faveur des jeunes s’accroissent. Nulle politique publique française globale de la Jeunesse n’existe pourtant. De façon dommageable.
Les actions publiques de prévention du suicide juvénile ont porté des fruits. Puisque l’on est passé en une vingtaine d’années de près de mille morts par année chez les quinze – vingt-quatre ans à cinq cents aujourd’hui. Soit une diminution de quasi-moitié. Toutefois le suicide junior en France reste l’un des plus élevés d’Occident. L’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur accordent bien plus d’attention à la souffrance psychique des collégiens, lycéens ou étudiants. Il existe désormais un réseau national d’espaces d’accueil, d’écoute pour les jeunes.
Depuis 2002 s’est bâti le réseau national des Points Accueil / Écoute Jeunes, Paéj. Il s’agit d’un dispositif d’accueil, de soutien direct aux douze – vingt-cinq ans. Désormais il existe de surcroît presque une Maison des Adolescents par département. L’objectif est de s’occuper au mieux des juniors en prenant en compte l’ensemble de leurs réalités, besoins ou attentes. D’un point de vue sanitaire, social, éducatif, comme juridique. Les tout premiers adultes à pouvoir bien repérer les souffrances du jeune sont ses parents. Puis les amis. Également le milieu scolaire. Notamment l’équipe soignante et éducative en son ensemble.
Au premier rang d’entre eux les conseillers principaux d’éducation puis les enseignants dans la « mesure du possible ». Il y a aussi l’équipe médicosociale. Infirmières scolaires et assistants de service social ou médecins scolaires. Tous les médecins généralistes, comme spécialistes ont aussi leur rôle à jouer en matière de santé physique, psychique, sociale des jeunes. De même que les pharmaciens par leurs conseils. Les magistrats sont également amenés à s’occuper de cas afférents aux adolescents.
Notamment procureurs, juges des enfants, juges aux affaires familiales. Leur formation en matière de mineurs, de minorité a été sensiblement améliorée. En terme de psychosociologie juvénile elle reste lacunaire. Les travailleurs sociaux aident également tous ces juniors en difficulté. Il s’agit désormais de développer des lignes d’écoutes pour jeunes ouvertes jour et nuit toute l’année. Citons Fil Santé Jeunes au 0800 235 236. Également sur Internet filsantejeunes.com. L’ado est donc fort incité à y faire appel pour tout ce qui concerne sa santé sociopsychosomatique.
Psychiatrie, santé médicosociale, médicopsychologique, médicopsychopédagogique pour jeunes sont saturées. Un sauvetage d’urgence s’impose ! Les demandes d’aide sont en croissance exponentielle, nombre d’entre elles ne trouvent pas réponse faute d’équipements et places disponibles-469. Il en va de même pour les structures d’hospitalisation psychiatrique pour seuls jeunes souvent inexistantes, défaillantes, insuffisantes-470. Trop souvent ce sont les urgences hospitalières générales qui prennent en charge les juniors « en crise » de façon inadaptée. Plus largement les services hospitaliers pluridisciplinaires jeunologiques sont encore trop rares-471 !
Tout ceci est très révélateur d’un pays qui en tout et pour tout se révèle incapable de bien connaître, comprendre, gérer, accueillir sa jeunesse. La nation fort démunie « ne sait quoi faire » de sa propre descendance. Laquelle « ne sait donc où aller ». Paradoxe incompréhensible d’une France qui a jouit d’une des plus fortes natalités d’Occident ! Cette vitalité ne servira le pays que si la jeunesse qui en découle est « optimisée », insérée. Évoquons aussi le drame des centaines de disparitions de mineurs jugées inquiétantes chaque année en l’Hexagone. Or, le pays est l’un des rares d’Occident à ne pas disposer de fichier national des mineurs disparus. Ce qui est incompréhensible et scandaleux.
N. Kampusch est une jeune fille autrichienne dont l’affaire a défrayé la chronique médiatique des années 2000. Elle symbolise par excellence la maltraitance, l’agression sur mineurs. En 1998, à l’âge de dix ans Natascha est enlevée et séquestrée par un homme chez lui. En 2006, après huit années de confinement, privations, mauvais traitements elle parvient à s’enfuir, âgée de dix-huit ans. Elle a donc passé toute son adolescence enfermée et battue. Elle est parvenue à se reconstruire avec courage, détermination depuis la fin de ses épreuves. Son agresseur s’est enfui et suicidé dès l’évasion de sa victime. En 2020, à trente-deux ans Natascha vit une vie normale et travaille comme nombre de jeunes de son âge. Elle est un excellent exemple de « résilience » psychique selon les mécanismes bien observés et décrits notamment par le psychiatre français B. Cyrulnik-472.
Comme en physique des matériaux la psychologie humaine abîmée, particulièrement adolescente peut retrouver toute sa « bonne forme » antérieure à l’état de « déformation ». Sans altérations irrémédiables. Avec l’aide extérieure adéquate et par soi-même. En puisant en ses ressources mentales propres. Ces dernières ne sont jamais annihilées du fait des atteintes subies. Il en va des psychismes comme des corps physiques. La psychologie humaine « sécrète » ses propres remèdes et ses nouvelles connexions neuronales réparatrices. Aussi sûrement que tout cerveau produit ses propres endorphines chimiques anesthésiant la douleur physique devenue trop intense-473.
Un exemple célèbre de jeune lourdement handicapé physique est celui de J. Merrick (1862-1890). Britannique connu sous l’appellation de « Elephant Man », « homme éléphant » il souffre de difformités corporelles très sévères. Il se produit comme phénomène de foire puis finit sa vie à l’hôpital de Londres, The London Hospital Medical College (1785). Lequel le prend en charge, le considère comme un authentique « cas médical ». À l’instigation humanitaire d’un chirurgien qui y exerce alors, le Dr F. Treves. (Royaume-Uni, 1853-1923). Il y meurt âgé de vingt-sept ans. Son mal est le syndrome de Protée, maladie génétique dégénérative affectant les tissus. En 1923, en ses mémoires : L’Homme Éléphant et autres souvenirs (Royaume-Uni) le Dr Treves évoque alors le cas.
Causant de graves, handicapantes, spectaculaires, incurables déformations anatomiques conjonctives, épidermiques et osseuses. Son squelette difforme est conservé à ce jour. En 1980, le réalisateur américain D. Lynch fait connaître au grand public la vie de Merrick en produisant son formidable Elephant Man. (Drame cinématographique américano-britannique). Exemple de courage, de persévérance, d’espérance d’un jeune à qui pourtant le sort avait réservé le pire ! Qui saura faire preuve de grande sensibilité, finesse, d’intelligence et de qualités de cœur. Appréciées alors par la plus haute société victorienne de son temps. Démontrant toutes les générosités juvéniles pour autrui et de gratitude en dépit d’un passé, présent et avenir si douloureux, assombris- 474.
Citons en illustration du thème de la jeunesse en difficulté socioéconomique l’exemple d’un personnage de fiction bien connu. David Copperfield, (Roman éponyme d’apprentissage, 1850) est une célèbre œuvre et un grand classique de la littérature britannique universelle. L’écrivain anglais C. Dickens (1812-1870) y relate la vie des plus tourmentées d’un adolescent puis jeune homme. Très défavorisé d’un point de vue social et économique. Ce garçon connaîtra une évolution favorable des plus remarquables. À force de ténacité, d’efforts, de sacrifices et d’abnégation. Il deviendra même un écrivain accompli. Ce témoignage littéraire démontre combien la force mentale d’un individu a fortiori très jeune peut l’emporter sur la réalité de vie. Aussi désespérée en apparence soit-elle.
Pourvu qu’on le veuille, que l’on y croie, que l’on se batte. Il s’agit de bien comprendre que la puissance de l’esprit positif est un pouvoir illimité sur la matière. Qui dépasse alors toutes conjonctures défavorables, même les plus rationnelles et désespérées en apparence. Alors qui s’en est « pénétré » est par ce fait en mesure de transcender en réalité le destin le plus probablement compromis-475. Notre société française actuelle n’est nullement dépourvue de juniors talentueux, valeureux, courageux et créatifs, entreprenants, prêts à s’investir. Or, elle ne leur fait pas assez confiance et ne leur permet pas assez de se réaliser en innovant, prenant des risques, créant. Avec audaces et déterminations. Nos jeunes sont trop nombreux à devoir s’exiler pour réussir ou rester pour végéter. Quand de surcroît le pays peine à attirer à lui la jeunesse d’Occident, du monde !
Bonnie et Clyde restent à ce jour parmi les jeunes criminels américains les plus célèbres ! B. Parker (1910-1934) et C. Barrow (1909-1934) multiplient les attaques à main armée, les meurtres. Dans le Sud-Ouest des États-Unis pendant la Grande Dépression de l’Entre-deux-guerres. (Années 1930). Ils sont abattus par la Police en 1934. Ils avaient vingt-trois et vingt-cinq ans-476. En France, l’on peut citer la mémorable affaire V. Nozière (1915-1966). En 1933, cette jeune fille de dix-huit ans encore mineure tente d’assassiner ses parents par empoisonnement. Le père meurt mais la mère en réchappe. Violette voulait fuir l’autorité de ses ascendants. Un quotidien ressenti comme étriqué, étouffant.
Avoir plus d’argent en s’appropriant tous les biens familiaux. Convaincue d’homicide parricide elle est condamnée à mort. Toutefois en prison elle s’amende. Sa peine est alors commuée en travaux forcés à perpétuité puis à douze années d’enfermement. Libérée en 1945, elle est réhabilitée en 1963. Cas unique pour un meurtrier condamné de droit commun à la peine capitale-477. Le premier cas illustre des jeunes qui ont désiré rester ancrés en leur déviance extrême. Sans qu’il leur soit peut-être également laissé le temps, la possibilité réelle de s’en défaire. En revanche V. Nozière démontre toute la transcendance, comme la rédemption possibles. Qui que l’on soit, quoi que l’on ait fait car l’homme est toujours moralement, infiniment plus grand que ses pires fautes et turpitudes !
Toutes les enquêtes et études démontrent que bien plus que les adultes les jeunes sont victimes d’agressions et aussi de difficultés socioéconomiques. En outre les déviances juvéniles ne constituent pas la majorité ni même généralement les plus graves des délinquances notamment criminelles. Les handicaps juvéniles sont également trop souvent sous-estimés, insuffisamment pris en charge ou inadéquatement. Il est capital de rétablir ces indéniables vérités de discrimination de la jeunesse par ses pairs et aînés. De combattre les préjugés et mensonges afférents. À ce sujet comme à d’autres :
« L’on peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps. Or, l’on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps » !
(A. Lincoln, homme d’État, États-Unis, 1809-1865)-478. Apprenons à la jeunesse que vérité même contraire à ses intérêts vaut mieux que duperie.
– Vous, Jeune Menacé, en Danger –
Victime d’Autrui / Vous, Junior Invalide
La maltraitance, les violences, la mise en danger subies ne concernent pas que les enfants mais également vous, jeune. Non seulement fille mais aussi garçon. De la part d’autres jeunes ou d’adultes-479. D’où l’importance du « repérage préventif » des occurrences traumatiques. Avant qu’elles ne prennent une ampleur qui peut être dramatique. Une bonne protection, un soutien complet adapté, une prévention efficace contre les menaces dirigées notamment contre vous, mineur, est nécessaire. Ainsi qu’une forte répression sans failles des attentats contre votre intégrité physique, psychique ou morale de jeune.
Cela concerne les attaques physiques, sexuelles y compris incestueuses, psychologiques contre des juniors du fait des adultes ou d’autres jeunes. Les atteintes sexuelles sur les mineurs de moins de quinze ou de dix-huit ans selon les cas, même « consentants » de la part des majeurs. Les fugues, l’emprise multiforme des sectes, mouvements extrémistes. L’influence délétère de certaines sources « culturelles » des plus toxiques, perverses, malsaines : écrites, audiovisuelles, Internet…
Il s’agit aussi d’éduquer préventivement, de sanctionner de façon protectrice, répressive les atteintes, discriminations sexistes, racistes, antisémites, homophobes… Contre les juniors souffrant de handicaps physiques ou psychiques, au physique « hors norme ». Celles aussi qui frappent certains jeunes « différents » plus fragiles que d’autres. Notre monde en dérive voit nombre de juniors maltraités physiquement, sexuellement, moralement. Par des adultes désaxés, sans scrupules qui abusent de leur faiblesse. Par leurs semblables perturbés qui s’assurent un ascendant facile et pervers sur plus fragiles qu’eux.
Ces jeunes ont des conditions de vie précaires, ne peuvent espérer surmonter leurs souffrances seuls, sans nul, appui, en l’abandon. Or, leur nombre croît. La notion de danger encouru par un jeune est polymorphe, pas toujours facile à évaluer ni qualifier. Le danger peut être physique ou moral. Citons les parents qui n’assument pas leurs devoirs d’éducateurs et de soutien de famille. Traitent leur adolescent comme « quantité négligeable », en désinvolture.
Il y a aussi l’amoralité perverse, pernicieuse de publications imprimées, diffusées d’œuvres cinématographiques. De comportements d’adultes cyniques à l’égard des mineurs les plus fragiles surtout-480. En un monde transitionnel troublé, les juniors qui sont vulnérables par leur inexpérience constituent des proies toutes désignées. Pour d’autres jeunes ou des adultes peu scrupuleux, voire pervers-481. D’où l’importance du repérage, des mises en danger, violences et maltraitances subies par ces jeunes.
Aux fins d’interventions de neutralisation. L’on pense aux dysfonctionnements de la sphère familiale, l’école, du monde du travail, des loisirs. Aux mauvais comportements des pairs comme l’extorsion, le chantage, les menaces. Préserver l’intégrité de la jeunesse menacée, la soutenir est un devoir fondamental de la collectivité. Il peut s’agir d’agressions physiques notamment entre juniors ou sexuelles de la part d’adultes, comme aussi d’autres jeunes. Ce qui est devenu si affligeantes récurrences.
Notamment de garçons sur les filles ou psychologiques dans les cas de pressions morales. Pour manipuler, tourmenter et extorquer par coercition. Notons aussi ce que l’ancien Code pénal qualifiait jadis de « détournement de mineur ». Il s’agit actuellement des « atteintes sexuelles » sur mineur de quinze ans, âge de la majorité sexuelle même consentant par un majeur. Sur tout mineur de dix-huit ans même « consentant » par un majeur si le majeur a « autorité » sur le junior concerné. S’il est un ascendant biologique ou adoptif. Il s’agit de protéger les mineurs réputés trop jeunes, influençables, vulnérables pour accorder un plein consentement valable avant l’âge de quinze ans.
De même pour les juniors entre quinze et dix-huit ans si l’adulte a autorité ou une parenté. Ce qui est susceptible de faire pression sur le jeune. Prévenir, réprimer ces déviances est tâche ardue. Car pour nombre de jeunes, d’adultes la frontière entre le licite et l’interdit se fait de plus en plus floue, ténue, extensible à l’infini. L’objectif est d’inculquer dès l’enfance à la jeunesse le respect et la tolérance de toutes les différences. Le rejet des discriminations illégitimes, attentatoires à toute dignité. Notre temps est bien plus permissif que tolérant. Nos juniors en sont les premières victimes. En mode « barbare » en lequel le pire est permis, le meilleur non toléré de façon perverse.
Il en va donc ainsi du racisme et de l’antisémitisme, du sexisme et de l’homophobie… Des atteintes dues à des spécificités et liées à la personne comme l’aspect physique, l’origine sociale, l’état psychique… Trop de juniors en sont encore régulièrement victimes notamment de la part d’autres jeunes avec trop souvent encore d’impunité. Il ne saurait être aisé de s’en prendre à des êtres plus fragiles, vulnérables que soi même en temps difficiles. Les juniors doivent être de moins en moins des victimes désignées, voire quasi consentantes. Une campagne nationale de prévention pourrait permettre une bonne prise de conscience du phénomène. Pour mieux le résorber.
Les jeunes eux-mêmes peuvent être alertés pour mieux se défendre. Les victimes peuvent être mieux « prises en charge », écoutées, aidées avec respect. Les adultes ne peuvent plus tant négliger leur devoir d’exemplarité, d’éducation, de protection morale de la jeunesse. Celle-ci ne peut plus guère être soumise à aucune distorsion morale, perverse, inacceptable. Les pouvoirs publics ont à redoubler de vigilance à cet égard. Il s’agit de créer une instance nationale consultative de veille spécialisée chargée de proposer des mesures de sauvegarde plus efficaces. D’alerter l’opinion, d’enquêter, de rendre compte.
La protection des mineurs des deux sexes sur Internet est capitale. Notamment quant aux méfaits de « prédateurs sexuels majeurs »-482. La maltraitance sur la personne d’un jeune notamment mineur concerne les atteintes sexuelles, inceste, agressions sexuelles. Il s’agit aussi des sévices psychiques, abandons, maltraitances psychologiques. Viennent enfin les sévices corporels, violences physiques et meurtres. L’inceste est une relation sexuelle illicite entre consanguins, parents ou alliés à un degré légalement interdit pour tout mariage civil.
Toutes les familles peuvent être concernées notamment les familles rigides et totalitaires à forte dominance paternelle. Les familles fusionnelles et à grandes interactions réciproques bilatérales et multipolaires. En lesquelles le père s’investit de façon excessive aux dépens de la mère et des enfants. Les familles chaotiques, instables, insécurisées. Dans la plupart des cas l’abuseur est masculin notamment le père ou le frère et l’abusé féminin surtout la fille ou la sœur. Ce qui illustre encore de façon navrante tout le pouvoir abusif de la force.
Le jeune agressé peut connaître un état de « stress post-traumatique », des troubles du comportement. Des troubles psychiques peuvent même perdurer à l’âge adulte. Le mineur lors des faits victime d’agression sexuelle peut porter plainte jusqu’à trente ans à partir de sa majorité. Il y a aggravation pénale si la victime est un mineur notamment de moins de quinze ans. Si l’agresseur a autorité sur le jeune mineur même de plus de quinze ans comme le père sur son enfant. Le jeune maltraité sexuellement peut être agressé sans ou avec peu de violence physique ce qui est le plus courant.
Il peut subir un assaut avec violence. Il peut être sexuellement exploité à effet commercial pour le bénéfice d’adultes. Un jeune peut être abusé par un adulte ou un autre jeune. L’acte est imposé physiquement ou moralement par pénétration génitale, anale ou orale. Les filles sont trois fois plus agressées que les garçons. Une jeune fille sur dix serait victime d’attentat sexuel de toutes sortes ou de tentatives. L’abus sexuel peut aussi concerner tout type de prostitution. Sexualité de mineur avec adultes ou mineurs plus âgés contre rétribution d’argent, biens divers, stupéfiants.
La pornographie filmée, photographiée peut impliquer des acteurs adolescents des deux sexes à des fins lucratives. La majorité sexuelle française est fixée à quinze ans révolus. La pédophilie ou pédocriminalité est la sexualité illicite entre un mineur de moins de quinze ans réputé à ce titre non consentant et tout mineur de plus de quinze ans ou un majeur. La sexualité consentie entre mineurs de plus de quinze ans est licite. Entre un majeur et un mineur âgé de plus de quinze ans cela est permis sauf si le majeur est ascendant ou a autorité. Souvent l’adulte agresseur représente pour le mineur une pleine autorité morale : cercle familial ou proche enseignant…
Ce qui limite les plaintes des victimes et l’agresseur fait pression en évoquant des rétorsions s’il est dénoncé. Afin de prendre en charge les mineurs abusés et que justice soit faite il est procédé à un examen clinique complet. Entretien médico-psychologique et examen somatique médico-légal. Car les agressions sexuelles sur mineur ont des effets très lourds sur le jeune. Lésions somatiques, infections et maladies sexuellement transmissibles, grossesse, atteintes psychiques, sociales, scolaires plus ou moins aiguës. Citons notamment les névroses et les stress post-traumatiques ou traumatiques. Toujours très dommageables.
Selon que l’agression sexuelle a comporté ou non des violences physiques. Le mineur sera aidé à titre somatique, comme psychologique notamment psychothérapeutique pour bien se reconstruire, se réparer. La famille sera également prise en charge. Naturellement aussi la prévention reste toujours fondamentale pour sensibiliser le public adulte, les gouvernants, législateurs et professionnels concernés. Les juniors eux-mêmes. Les sévices psychiques sur mineurs sont d’abord constitués de l’abandon du jeune par ses deux parents ou par l’un d’entre eux.
Avec les troubles psychiques personnels que cela peut impliquer. Le jeune délaissé sera accueilli en internat, famille d’accueil sous l’égide de l’Aide Sociale à l’Enfance ou adopté. Sont adoptables les mineurs pour lesquels les parents ou le conseil de famille ont légalement donné leur plein accord. Les pupilles de l’État, comme les mineurs déclarés judiciairement abandonnés. L’adoption juridique peut être simple ou plénière. En la première hypothèse l’adopté mineur garde tous ses droits familiaux d’origine. L’adoptant a l’autorité parentale. L’adopté a toujours les mêmes droits de succession qu’un descendant biologique.
L’adopté simple porte alors le double nom de ses parents biologiques et adoptants. Dans l’adoption plénière l’adopté porte le nom de l’adoptant. Il a les mêmes droits et devoirs qu’un enfant biologique. Cette adoption est définitive. Les maltraitances psychologiques sur mineur sont des agressions psychiques dommageables de tous ordres. Par adultes ayant autorité le plus souvent membres de la famille. En 1987, les psychologues américains Hart et Brassard distinguent six types de « mauvais traitements psychologiques » infligés. Le dénigrement. L’isolement, le confinement. Le terrorisme. La corruption. L’indifférence à laquelle l’on peut aussi assimiler la négligence éducative. Le rejet.
Les facteurs favorisants sont les pathologies psychiatriques et des aléas sociaux, économiques, culturels et de milieux. Notamment les plus « défavorisés ». Non à titre exclusif. Les conséquences psychoaffectives peuvent être naturellement désastreuses pour tout jeune victime. Autodépréciations et manque de confiance en soi, dépression, dépendances affectives, troubles cognitifs, émotionnels et du comportement. Angoisses, phobies, stress, émotivité excessive, solitude, détresse, culpabilité, pessimisme, défaitisme et tristesse…
La violence psychique peut être bien plus « nocive » encore que les atteintes physiques. L’intensité, la fréquence, la durée des attaques, la personnalité, l’âge de l’adolescent ont un fort grand rôle quant aux effets des agressions. Pour aider les jeunes atteints il s’agit d’évaluer la maltraitance ce qui est fort délicat en raison des risques de sous-estimation ou surestimation. Puis une psychothérapie individuelle et / ou familiale adaptée peut s’imposer.
Des actions socioéducatives notamment l’Action Éducative en Milieu Ouvert, l’Aemo. Elle peut être ordonnée par le juge des enfants pour protéger, soutenir tout mineur en danger, renforcer sa famille défaillante. Le jeune reste en sa famille mais aidé par des éducateurs spécialisés. L’adolescent maltraité peut aussi être placé hors de sa famille pour sa propre sauvegarde. Cela est décidé par le procureur de la République ou le juge des enfants. Se fait en institution spécialisée ou famille d’accueil. Pour aider, « mettre à l’abri » la victime.
Les sévices corporels sur mineurs sont constitués par toutes violences physiques. Celles-ci sont volontaires ou dues au défaut délibéré de soins suscitant des atteintes corporelles. Du fait des parents ou adultes en charge des mineurs concernés. Il y a les agressions gratuites et les châtiments abusifs de fautes imaginaires ou avérées. Les filles sont autant touchées que les garçons. Un adolescent sur cinq ou sur six pourrait en être atteint. Tous les milieux sociaux sont alors concernés.
Les maltraitances physiques occasionnent des lésions de la peau. Ecchymoses, plaies, morsures ou brûlures. Il s’agit aussi de fractures, traumatismes crâniens, de lésions viscérales, lésions des yeux. De maltraitance passive par carences et manques de soins, d’entretien. L’adolescent physiquement maltraité peut être judiciairement placé par le juge des enfants ou par le procureur de la République. Voire par le président du Conseil départemental en plein accord avec les parents. Quand le milieu habituel de vie est déclaré nocif. La mesure ne peut dépasser les six mois. Le maintien du mineur chez lui reste la règle habituelle. Le placement se fait en établissements spécialisés ou en famille d’accueil.
Le traitement du mineur victime est somatique, comme psychologique. Par psychothérapie individuelle, familiale, de groupe. La prévention là encore capitale s’adresse aux décideurs professionnels, au public. Elle a trait au développement de structures spécialisées adéquates-483. L’adolescent peut également être victime d’homicides volontaires : meurtre ou d’assassinat prémédité. Les jeunes sont souvent tués par leur père lui-même affectivement carencé à l’enfance, maltraité en milieu défavorisé. Le plus souvent il est fait usage d’une arme en état d’alcoolisation avancée.
Les adolescentes sont souvent tuées par un tiers étranger à la famille lors d’enlèvement, de viol. Protégeons notre jeunesse contre les violences de toutes sortes individuelles, comme collectives. Elle en est encore trop souvent victime bien plus qu’auteur. Comme l’effroyable tuerie des environs d’Oslo à l’été 2011 en a été une nouvelle illustration si dramatique. Des dizaines de juniors parmi les participants à un camp de jeunes militants norvégiens sauvagement abattus, immolés, tués. Par armes à feu par un extrémiste fanatique adulte avec autant de blessés. En « tragique holocauste » ! (Bourcet et al., 2001)-484.
Le jeune peut être également mis en danger par d’autres facteurs. Citons les fugues et errances. La déscolarisation, comme les déviances scolaires. L’enfermement des sectes. Les « jeux dangereux ». Les autoaltérations corporelles. La fugue est une fuite impulsive de chez soi ponctuelle et sans objectif d’un jeune en marasme relationnel. En France il y a au minimum cent mille fugues par an dont un tiers signalées. Les deux tiers des fugues durent moins de deux jours. Les trois quarts des fugueurs signalés sont des jeunes garçons autour de quinze ans. Généralement les juniors concernés cumulent les pratiques à risque. Ils ont plus de difficultés scolaires, sociales, psychiques, familiales, relationnelles que d’autres.
La fugue est une volonté d’indépendance affective et / ou matérielle. Il s’agit aussi de se faire désirer par l’absence et mieux traiter au retour. Par pression vive sur les parents pour qu’ils changent à l’égard du jeune. Il y a aussi le danger du « syndrome du sans domicile fixe » qui se clochardise, vit à la rue, se marginalise. Parfois à vie. Cela concerne surtout les juniors de milieux défavorisés, sans formation, exclus par leur famille ou volontairement. Avec tous les risques de mendicité, de déviance que cela comporte par manque de ressources légales. Les difficultés scolaires peuvent mener à l’absentéisme, au décrochage, à la déscolarisation, l’échec académique. Avec son corollaire, le ratage socioprofessionnel personnel.
Les jeunes concernés sont plutôt des garçons issus de familles défavorisées notamment d’origine étrangère. Les parents sont non ou peu investis dans la scolarité de leurs enfants. Les violences scolaires quant à elles sont constituées de crimes et délits, d’incivilités, d’un sentiment d’insécurité issu des déviances. L’incivilité est un rejet de toutes règles scolaires. L’indiscipline, la transgression recherchées consistent alors en maints dérapages verbaux, physiques, matériels. Voire en des violences caractérisées. Les faits incriminés sont surtout causés entre juniors plus que contre les adultes. Par des garçons mineurs de treize – dix-sept ans collégiens, lycéens.
L’école restant encore relativement protégée par rapport au monde extérieur. Il y a les intrusions délictuelles extérieures au sein des établissements, les violences scolaires et les attitudes antiscolaires. Ce sont les importations de dérèglements extrascolaires. Les manifestations de rejet des contraintes académiques. L’attaque contre le système scolaire, ses personnels et institutions par des jeunes en échec. Lesquels alors le compensent par un nihilisme vengeur d’autovalorisation. Les juniors concernés ont souvent un vécu familial difficile. Ils ne sont plus en rien capables de supporter l’effort. (Coslin, 2003)-485.
L’enrôlement sectaire peut tenter nombre de jeunes en mal de repères, de valorisation, d’insertion-reconnaissance. Sécurité, bonheur, espoirs en sont les « leurres-appâts ». À la recherche d’un monde bien meilleur, d’un idéal transcendé le junior fuit un monde externe répulsif. Pour se retrouver prisonnier d’un envoûtement réducteur plus dangereux encore. Voulant être plus libre l’adolescent est dépendant d’un système très totalitaire qui l’isole, le conditionne, l’asservit. À des intérêts qui ne sont pas les siens. La secte promet le meilleur.
Sous l’emprise d’un chef et / ou d’une superstructure ultrarigide. Elle impose une idéologie unique d’angoisse. Selon une vision propre et exclusive. En ruptures, isolements complets d’autrui et du parcours, des repères personnels, spatio-temporels, d’action. En uniformisation, dépendance des individus. L’adolescent est capté sous couvert pseudo thérapeutique et / ou spirituel. Également développemental, idéaliste, culturel, social, caritatif et éducatif… Les jeunes sont approchés à l’école, en lieux publics et par Internet. Le sectarisme est addictif.
Les « jeux d’agression » sont de plus en plus dangereux, répandus chez les jeunes. Ils peuvent être intentionnels ou encore contraints. Notamment les jeux d’évanouissement qui consistent en une privation du cerveau en oxygène. Par simples blocages strangulatoires ou suffocatoires des respirations. Citons notamment le jeu du foulard. Il y a aussi le phénomène Jackass, c’est-à-dire crétin. Il s’agit d’éprouver ses capacités de résistance à la violence, la souffrance. Le tout est filmé, diffusé à la télévision et sur Internet.
Les juniors concernés manifestent ainsi leur malaise, quête de sensations, une mise à l’épreuve par la douleur, le danger. Le risque est pour eux de triple nature : physique, psychique, social. L’objet est le rite initiatique, l’ordalie en un monde qui ne comporte plus de protocoles de passage pour les jeunes. Il y a aussi le phénomène des skins parties. Il s’agit de soirées sans limites ni tabous avec orgies d’alcool, de tabagie, drogue, sexe à multipartenariat. En outre de plus en plus d’ados filment leurs ébats, les diffusent sur téléphones mobiles, Internet.
Le happy slapping ou joyeuses claques consiste quant à lui à gifler, frapper, cogner une personne de façon inopinée. Cela est filmé par téléphone mobile, est diffusé sur portable, Internet. De façon générale le Web mondial présente un risque de dérives de toutes sortes immense. Les jeunes en sont les premières victimes dépendantes et inconscientes. Il s’agit notamment de cyberdépendance particulièrement aux jeux vidéo. Les juniors peuvent aussi marquer leur corps. Tatouages, piercings, scarifications, brûlures, abrasions, marquages et implants se multiplient. Il s’agit de se singulariser, d’être « reconnu ».
Ce qui n’est pas sans risque pour la santé. L’on peut aussi parler de narcissisme, d’identité, de rites initiatiques. Le corps agressé est aussi celui des jeunes prostitués mineurs, majeurs des deux sexes. En crise sociale le phénomène progresse. Citons également les régimes alimentaires abusifs, nocifs. La raison peut être philosophique. Le plus souvent cela vise un fort désir de minceur féminine. Tant la tyrannie du paraître, de la beauté, de la minceur font des ravages. Jusqu’à la mort parfois. Toutes ces pratiques révèlent une jeunesse profondément souffrante. Du fait d’une société occidentale, mondiale moralement malade, perverse, malsaine. (Coslin, 2010)-486.
La définition du bizutage est donnée par l’article 14 de la loi du 17 juin 1998. Il s’agit du « fait pour une personne d’amener autrui contre son gré ou non à subir ou commettre des actes humiliants ou dégradants. Lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaires et socioéducatifs. » Le Code pénal punit les auteurs de ce délit de peines d’amendes, de prison. Ainsi en novembre 2011 un tout jeune étudiant de première année à l’Université de gestion Paris Dauphine porte-t-il plainte.
Pour scarifications particulièrement répugnantes, mutilantes. Bien que désormais interdites, sanctionnées ces pratiques « d’un autre âge » perdurent. Sous la pression, l’intimidation, la menace de rétorsions. Elles mènent à bafouer chaque année par la pure force et la violence la dignité, l’intégrité physiques, sexuelles et morales de très nombreux juniors scolarisés. Garçons, comme filles. Notamment en Grandes écoles de commerce, d’ingénieur, militaires et facultés de santé ou classes préparatoires…
L’objectif affiché est de permettre aux nouveaux étudiants de s’intégrer, se fédérer autour de pseudo-valeurs communes. Avec l’ « aide » illusoire des élèves plus avancés en leur cursus. En réalité cela ne consiste qu’à assouvir les penchants, instincts violents les plus bas des juniors aînés aux dépens de leurs cadets. Avec tous les traumatismes afférents possibles. Ces actes barbares sont à proscrire, leurs auteurs doivent être impitoyablement poursuivis pour ce qu’ils sont. De vils agresseurs délinquants. Pour l’exemple. Il ne s’agit nullement en l’espèce d’inoffensifs « rites de passages » bénéfiques. Plutôt de pures et simples brimades gratuites.
Sans nulles justifications ni gratifications. L’école française ne peut tolérer de telles dérives perverses et malsaines qui la déshonorent. Nul jeune ne peut en tirer profit puisqu’il est victime d’abus et ses bourreaux livrés à leurs seules sadiques pulsions les plus basses ! Protégeons la jeunesse même contre elle-même quand sa dignité, son intégrité physique, morale, sa vie même sont potentiellement menacées-487. Fort heureusement de plus en plus le barbare, l’inutile bizutage traditionnel est remplacé par de fructueux temps d’intégration. Ces authentiques « processus d’accueil et d’insertion » des nouveaux venus servent quant à eux à élever et promouvoir. Non à dégrader, humilier, outrager parfois jusqu’au crime !
Ce que l’on nomme « inadaptations » chez le jeune recouvre certaines réalités en fonction des sujets, affections-488. Il s’agit essentiellement des psychopathologies lourdes comme le « mongolisme » ou trisomie vingt-et-un. Des déficiences intellectuelles comme la débilité mentale. De handicaps physiques : sensoriels, moteurs et instrumentaux. Les juniors inadaptés peuvent souffrir de très lourds handicaps physiques. Sensoriels comme la cécité. Moteurs comme la paraplégie ou tétraplégie. Instrumentaux comme les troubles du langage oral et écrit. D’anomalies psychiques. Les retards et atteintes du développement intellectuel.
Les altérations de la construction personnelle comme les états réactionnels, par exemple les cauchemars. Également les autres troubles très graves comme les névroses, psychoses, schizophrénies, Toc : troubles obsessionnels compulsifs. Les états limites, états bipolaires ex-maniaco-dépressifs, troubles de la personnalité comme la schizoïdie… juvéniles. Ces juniors sont défavorisés par leur « infirmité » même. En outre par la solitude, l’ostracisme dont ils peuvent être atteints. De la part des adultes, de leurs pairs par un état hors norme qui les différencie, discrimine. À un âge où « être conforme » compte tant !
Ces atteintes graves de l’esprit, du corps requièrent des interventions élaborées spécifiques. À accroître par la prévention, la recherche ou les soins adéquats. Les dispositifs publics en faveur des jeunes handicapés sont amenés à se développer, mieux s’adapter aux nouvelles réalités des juniors concernés-489. Sans aide le jeune handicapé physique, psychique, mental ne peut être un junior « comme les autres ». Vivre pleinement sa jeunesse autant que faire ce peut-490. La psychopathologie, les déficiences intellectuelles ou troubles de la construction personnelle enferment l’adolescent concerné.
En son « monde du silence, de l’impuissance et de la solitude ». Le coupent de ses pairs. Les handicaps physiques : sensoriels, moteurs, instrumentaux font douter les juniors en cause. Quant à leur « aptitude au bonheur » à un âge déjà bien incertain. Ce qui aboutit souvent à une exclusion de fait ressentie comme très injuste et douloureuse. Une vraie « double peine » en sus du handicap déjà si punitif ! Sans compter les atteintes purement crapuleuses que leur état de vulnérabilité peut hélas susciter. Tel ce jeune handicapé mental martyrisé par d’ex-camarades en France fin 2017.
L’effort à consentir à cette jeunesse très défavorisée par le sort sera de triple nature. La prévention en particulier en matière d’accidents de la circulation dont sont particulièrement victimes les jeunes. Qui sont source première de handicaps durables ou définitifs graves de toutes sortes. Également la recherche fondamentale, comme appliquée qui est capitale pour prévenir et guérir. Par exemple en matière de maladies génétiques comme les myopathies. Elle connaît des avancées notables grâce notamment aux dons du public en fin de chaque année avec le Téléthon. Les soins aussi avec des appareillages, prothèses de plus en plus sophistiqués, de meilleures rééducations, des opérations chirurgicales encore plus pointues.
De bien meilleurs traitements anti-douleurs, des psychothérapies toujours mieux adaptées, chimiothérapies, psychotropes et neurotropes de nouvelle génération. Notre société ne peut pas imposer de tyrannie de la norme unique. Celle-ci ne peut plus reposer sur le critère de la réussite à tout prix, la perfection physique et mentale. Les juniors inaptes, inadaptés à cette pseudo-loi drastique ne seront alors plus autant rejetés. Cette injustice ne saurait prévaloir. Il s’agit de tout mettre en œuvre pour aider ces jeunes, leur famille à réduire au minimum le handicap, ses néfastes effets-491. Éviter les autodévalorisations subséquentes !
À la mort de sa fille Anne (1928-1948) le général de Gaulle, (Homme d’État, France, 1890-1970) dira : « Maintenant elle est comme les autres » ! Elle était handicapée mentale et déficiente intellectuelle du fait d’une « trisomie 21 ». Disparue à vingt ans d’une broncho-pneumonie foudroyante. Ces paroles d’un père aimant signifiaient Ô combien le handicap surtout chez le jeune est vecteur d’isolement, d’ostracismes, de différenciations, souffrances.
La Fondation Anne-de-Gaulle, (France, 1945), institution pour jeunes filles handicapées mentales défavorisées perpétue la mémoire d’Anne. Fait œuvre utile généreuse pour ses « sœurs d’infortune ». « Accueillir, accompagner, respecter, aimer des personnes atteintes d’un handicap mental leur interdisant toute activité extérieure. Pour qu’elles vivent dignement en un lieu familial protégé ». (Statuts écrits par la fondatrice Y. de Gaulle, 1900-1979, France, 1946)-492. Très belle formulation idoine ! Cela permet de compenser un peu la défaveur qui les affecte par rapport aux autres jeunes.
L’insertion des jeunes en handicap physique, intellectuel, psychopathologique est capitale pour leur devenir, leur épanouissement, leur réussite de vie. Au même titre que tout junior valide. Le handicap physique peut être congénital, néonatal, périnatal comme les infirmités motrices, cérébrales. Il peut être acquis par certaines affections telles les poliomyélites. Il peut aussi être issu d’accidents comme les paralysies, par exemple paraplégies ou tétraplégies. Les handicaps sensoriels concernent les atteintes visuelles et auditives innées et acquises. Les handicaps intellectuels sont génétiques, biologiques, psychiques ou aussi sociaux.
Il y a déficience mesurée par le quotient intellectuel et une désadaptation sociale et au milieu de vie. Les atteintes intellectuelles et psychiques sont différentes. Le handicap psychique est le résultat direct de la pathologie mentale d’un point de vue adaptatif, d’autonomie comme la schizophrénie notamment. Il y a aussi certaines maladies invalidantes en terme d’insertion sociale, d’autonomie. Citons les épilepsies, les insuffisances respiratoires, les allergies, les affections cardiovasculaires et les insuffisances rénales. Ajoutons les cancers, le Sida et les atteintes neurodégénératives de toutes sortes. Toutes affections des plus « incapacitantes ».
Les jeunes concernés ont moins de vingt-cinq ans. Ils sont élèves du secondaire ou du supérieur, jeunes travailleurs, inactifs ou en institution. Il est fondamental que tout junior en handicap soit correctement scolarisé. Gage pour lui d’avenir, de bon métier professionnel, d’insertion décente. Il s’agit aussi de lui « garantir » une réelle autonomie de vie aussi large que possible. L’accès libre, entier aux loisirs, comme aux sports s’impose pour bien mieux assurer l’épanouissement, la santé. Le handicap du jeune décide de la structure d’accueil la mieux adaptée.
Les anciennes commissions départementales de l’Éducation spécialisée évaluaient les taux d’invalidités en vue du placement le plus « adéquat ». Outre le handicap comptent les difficultés familiales : situation, ressources, comme l’état psychique. Ainsi que les places vacantes. Il y a insertions personnelles en classes ordinaires avec ou sans appui médicoéducatif. Collectives en classes spécialisées, en milieu ordinaire. Il s’agit des Unités Pédagogiques d’Intégration pour l’Enseignement Secondaire ou en centres spécialisés-493.
Tous les deux ans un nouveau bilan avait lieu avec réorientations éventuelles. La gestion d’ensemble était plus administrative qu’humaine, bien trop lacunaire. De fort nombreux autres organismes intervenaient. Les services d’éducation spéciale, enseignants, auxiliaires de vie, centres spécialisés, associations, handiscol, la Cotorep. Depuis 2006 il y a unification dans les Maisons Départementales des Personnes Handicapées. Avec une Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées. Citons également Pôle Emploi, les Missions Locales, Centres d’Information et d’Orientation.
Cohésion, concertations d’ensemble sont à parfaire. Trop peu de structures spécialisées pour jeunes handicapés existent déjà en établissements scolaires. Quelles que soient les filières d’études envisagées. Y compris celles en alternance, en apprentissage. En outre les centres spécialisés réservés à ces juniors font bien trop souvent défaut. Les personnels sont trop insuffisamment formés. La France est également très en retard en matière d’aides à l’autonomie des jeunes handicapés. Services publics, information, loisirs, transports, accessibilités… Différentes aides financières existent.
Les bourses rectorales d’appoint d’enseignement, d’adaptation. Une exonération des frais de pensions en « Établissements Régionaux d’Enseignement Adapté ». Une prise en charge des frais d’hébergement, de traitements par l’Assurance Maladie ou au titre de l’Aide Sociale s’il y a scolarisation faite à distance. La prise en charge des frais de transport scolaire… Concernant les sports il existe la Fédération Française Handisport pour les handicapés moteurs ou visuels. La Fédération Française du Sport Adapté pour les handicapés mentaux. Globalement il manque fort des structures et personnels adéquats, des moyens financiers, d’organisation, d’accueil, de coordination.
En matière de loisirs se posera trop souvent le problème de l’accessibilité effective, pratique des locaux. L’école demeure capitale pour la préparation professionnelle du jeune handicapé. En outre la scolarisation en établissement ordinaire permet une insertion accrue, une « banalisation » du handicap chez les juniors valides. Il s’agit alors de parfaire la formation adéquate des enseignants. L’information des acteurs scolaires. Le développement des Unités Pédagogiques d’Intégration. Puis la pleine continuité et la totale complémentarité des études en écoles « ordinaires » ou spécialisées.
L’autonomie de chaque junior handicapé peut être facilitée en une optique plus intégrative. Il s’agit de compenser le handicap qui fait obstacle à l’accès à tout service, accès garant d’un bon équilibre de vie sociale. Les contraintes du quotidien issues des handicaps peuvent être compensées. Notamment en matière d’accessibilités. S’impose aussi un meilleur accès à la formation, au marché de l’emploi. Est nécessaire l’optimisation des structures d’information, de représentation adéquates fort utiles pour tous les jeunes handicapés.
Le sport leur est également fort bénéfique et se doit de leur être plus accessible. Mixité valides / handicapés, formation et coordination en sont les bons garants. Pour la santé, l’intégration, la tolérance, l’épanouissement. Il en va de même pour les loisirs, la culture, les vacances et le tourisme pour un mieux vivre ensemble. Agissons pour que les juniors en handicap soient – presque – comme leurs camarades générationnels valides. En situation d’accomplissement personnel, de dépassement de soi. Pour que la personne de chacun-e compte bien plus que son état de santé, mobilité, d’habileté physique-494. Cela est délicat à un âge de rejet des différences !
Delphine a quinze ans. Elle rencontre un jeune homme, Laurent qui devient l’élu de son cœur. Or, le garçon est préoccupé par l’argent, les plaisirs faciles, non par sa copine. Sans scrupules, manipulateur, pervers, malsain. Non sentimental, droit, attentionné. Adepte du principe crapuleux selon lequel « la fin justifie les moyens ». Quoi qu’il en coûte aux autres et à leur détriment. Laurent livre Delphine à d’autres de façon sordide contre rémunération. Elle accepte cet ignoble marché de prostitution par proxénète par amour pour lui pour ne pas le perdre. Tel est le drame de cinéma français Mauvaises Fréquentations. (J.-P. Améris, 1999).
Une jeunesse à l’aune de sa société. En une barbare logique non civilisée de jamais moins de violences, profits, plaisirs. Toujours plus de désamours, méchancetés et d’indifférences-495. En toxiques, malsaines perversions très largement diffusées du fait d’un monde ultramédiatisé. Quand le jeune Théo, vingt-deux ans est outragé à Aulnay-sous-Bois début 2017 de la pire des façons tout une jeunesse solidaire se manifeste. L’émotion est grande au travers du pays. À tel point que le président de la République française F. Hollande prend la peine de se déplacer lui-même au chevet du jeune gravement blessé. Par un agent des forces de l’ordre dévoyé, indigne des devoirs de sa charge. Les juniors agresseurs sont à juste titre stigmatisés. Défendons aussi les jeunes victimes, non les adultes avilis qui les attaquent !
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